Littérature québécoise 
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| Auteur |
Daniel Rondeau
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| Éditeur |
Les éditions du Septentrion, coll. Hamac
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| Parution |
2010 |
| Nombre de pages |
203 |
| Note |
8 / 10 |
| Cette critique est aussi publiée sur La Recrue du mois, blogue qui, tous les 15 du mois, fait découvrir le premier roman d'un auteur québécois! Allez y lire les autres critiques de ce livre! |
Présentation de l'auteur
Daniel Rondeau aime manier les mots de la langue française comme d'autres aiment savourer le chocolat. Détenteur d'une maîtrise en linguistique appliquée, il tente de propager sa passion à ses étudiants durant ses cours de français et de linguistique. Certains d'entre eux ne lui en tiennent pas rigueur. L'auteur a publié des textes ici et là. Il a remporté le prix Paulette-Chevrier 2006 pour sa nouvelle intitulée Graine de sésame. J'écris parce que je chante mal est son premier recueil de nouvelles.
Commentaire
Dans
J’écris parce que je chante mal, on rencontre des couples, un ou deux suicidaires, des dizaines de barmans, au moins un cadavre, plus si on compte les vivants, un motocycliste, des voyageurs, des pères, des vieux, des jeunes, une professeure, un fou sympathique en cavale, des voisins pas toujours commodes, des hôtesses de l’air, une lofteuse, un petit gars qui confond sa grand-mère avec une boîte aux lettres, un monstre … On le fait par l’entremise de nouvelles drôles –
«[…] j’avais volé un grille-pain tout chromé à la quincaillerie. Pour rien. Parce qu’une voix comme celle du nain de Fantasy Island m’a soufflé à l’oreille : " Le toasteur! Le toasteur! " » – , brutales –
«[…] dans sa main s’attiédit un pistolet lourd comme un soupir, cruel outil à creuser des trous de mémoire, des trous par où les souvenirs coulent lentement vers l’oubli. À cause de la gravité.» –, belles –
« Dans le corridor, une serpillière essuie les traces de pas que laisse la vie qui passe. » –, touchantes, crues, saisissantes, vraies… Et là je passe quelques qualificatifs et personnages, car c’est près d’une centaine de textes que l’auteur nous propose!
Bien entendu, pour présenter autant d’histoires sur le double de pages, il faut s’attendre à de très courtes nouvelles. J’ai bien apprécié la diversité ainsi offerte, changer de lieu, de personnalités et de contexte aussi rapidement ne m’a pas du tout déplu. Mais ce qui est important selon moi dans un recueil où les textes sont aussi courts, ce sont les finales. Et celles de Daniel Rondeau passent le test avec brio, la plupart ont du punch, il y a toujours un fil à suivre, toujours une raison à l’histoire. Ce ne sont pas des histoires pour l’histoire. Et si par pur hasard ça l’est, alors c’est aussi pour la beauté des mots et des images.
Les thèmes abordés sont, en majeure partie, très intéressants et bien touchés. L’amour, l’amitié, les peines, les coups de poings. Les illusions, beaucoup, les déceptions. La recherche du bonheur. Un seul hic, le thème de l’alcool et l’environnement des bars qui prennent un peu trop de place à mon goût. Simple question d’intérêt, j’avais parfois envie de sauter ces pages là. Des thèmes actuels aussi, je pense en particulier à
Tirer la ligne, un texte en lien avec la tuerie de Dawson. Mes préférés, pour m’avoir fait rire à pleurer :
Delete,
Isolement et
Loft-moi. « […] des filles p’is des gars du sexe opposé dans un appartement avec plein d’objectifs fixés sur nous autres. »
Je n’ai pas détesté, bien franchement. Si Daniel Rondeau écrit vraiment parce qu’il chante mal et bien on est bien heureux de la piètre qualité de ses performances vocales. Et on lui souhaite de continuer de chanter aussi mal, pour qu’il continue à écrire aussi bien. Et nous à le lire.
Quatrième de couverture
Dans son recueil, Daniel Rondeau nous amène à la rencontre de personnages esseulés, qui, pour la plupart, ont abandonné la partie et se laissent porter par un courant de fond qui suffira parfois à les rendre sincèrement heureux. Derrière leur constat d'échec, sous cette épaisse couverture où ils s'isolent, se dessinent parfois des êtres dont la volonté de vivre dépasse des blessures aussi cruelles que banales.
Au travers de ces rencontres, se révèlent également les amours à la fois tranquilles et tumultueuses d'un narrateur que la dive bouteille finit par consoler, jusqu'à ce que le soleil se lève à nouveau.
Malgré le tragique des thèmes abordés, l'univers de l'auteur n'est jamais lourd. Son écriture est portée par une belle et grande sensibilité toute masculine. J'écris parce que je chante mal est un recueil de nouvelles saisissant, à la fois touchant et drôle.
«Le bonheur est une invention du diable pour que les gens se rendent compte qu’ils sont malheureux.»
«Je me dis parfois que les monstres sous les lits ne disparaissent jamais vraiment, qu’ils nous suivent comme une tache de naissance, et nous écoutent, nous épient, nous voient devenir adultes. Et qu’un jour, à force de nous observer, redoutant à leur tour le monstre qu’est devenu celui qui ronfle sur l’oreiller au-dessus d’eux, ce sont eux qui s’endorment inquiets dans ce petit espace au centre du lit. »
«Kevin la trouvait vachement belle à travers ses cheveux en bataille. Martine le trouvait vachement mal habillé avec ses chaussures sales. […] Comme quoi le bonheur peut vous filer sous le nez quand on s’attend à ce qu’il soit bien sapé même les samedis matin.»
«Montréal a le nord à l’ouest. C’est peut-être pour ça que les gens sont parfois si déboussolés.»
«Ailleurs, c’est comme ici, mais ailleurs.»
«Éric tuait du temps à mains nues en regardant des voies ferrées faire semblant de se rejoindre à l’horizon. Les rails font des promesses qu’ils ne savent tenir.»
«Alors que je courais d’un flocon à l’autre, j’ai aperçu au loin la petite forme arrondie de ma grand-mère dans son manteau écarlate. À quatre pieds huit pouces, la couleur de son manteau était pour elle la seule façon de revenir de ses promenades sans avoir été happée par la souffleuse. »
« Dans le corridor, une serpillière essuie les traces de pas que laisse la vie qui passe. »