
Littérature québécoise 
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| Auteur |
Perrine Leblanc
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| Éditeur |
Le Quartanier
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| Parution |
2010 |
| Nombre de pages |
184 |
| Note |
8.5 / 10 |
Cette critique est aussi publiée sur La Recrue du mois, webzine qui, tous les 15 du mois, fait découvrir le premier roman d'un auteur québécois, et encore plus!
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Commentaire
Rien ne m'attirait, à priori, vers la Russie, ou encore les arts du cirque. J'aurais peut-être même refusé un billet pour Moscou... jusqu'à
L'homme Blanc. La force de l'écriture de Perrine Leblanc, qui tient en grande partie en son habileté à faire surgir des images et des atmosphères presque matérielles, a dès les premières pages commencé à susciter en moi un intérêt particulier pour le pays et son art fétiche. Rapidement, j'ai été absorbé par l'histoire proposée et la vie singulière de Kolia, qui, après avoir connu les camps de travail soviétiques, surmonte la misère en devenant mime – ou homme blanc.
« Kolia s'entraîna devant le miroir pendant des semaines avant de la trouver, sa grimace indescriptible, complète, composée de tout ce que le visage avait de mobile, et d'une laideur totale. […] La première fois qu'il la présenta aux spectateurs, au début de l'entrée sur le thé, deux enfants au front se mirent à pleurer si fort qu'il les entendit. Ioulia, formée pour faire rire, décrocha un instant. […] Le but d'une entrée est de faire oublier au spectateur mort de rire qu'il a eu peur, au début, et c'est en voyant les deux petits sourires, au moment du salut final, que Ioulia comprit l'essence de son art, ce qui ne peut s'enseigner à l'école des arts du cirque mais qui se vit, ou s'éprouve, sur piste, quand ton nom est à l'affiche, et qu'on pourrait nommer, avec toute la banalité du monde, la magie.»
À mon sens, cet extrait démontre exactement cette faculté qu'a Perrine Leblanc d'utiliser les mots pour en faire surgir des images claires et foisonnantes. S'il exprime ici de façon admirable ce qui compose l'âme du cirque, il fait de même en décrivant la vie de son personnage principal sous l'Union soviétique. Toute la rigidité et l'opacité de ce monde et de cette époque nous sont transmises en un style tantôt descriptif tantôt plus lyrique, mais toujours par l'entremise de lieux, d'évènements et de personnages si bien dépeints qu'on s'étonne chaque fois qu'ils soient racontés ou imaginés par un québécois.
Vous comprendrez que j'ai adoré ce premier roman, en particulier sa première partie, dans laquelle l'auteur explore le thème de la liberté et de ce qu'on en fait lorsque l'on n'y a jamais été habitué et que l'on se la voit offrir. Le thème du deuil aussi, de l'impossibilité de certains deuils, présent en filigrane tout au long du roman, mène à une fin touchante et parfaite. Parfaite, parce que je me suis dit en refermant
L'homme blanc qu'il n'y aurait pu y avoir meilleure fin à son histoire.
Le roman de Perrine Leblanc se distingue en étant complètement en dehors de ce à quoi la littérature québécoise m'a habitué jusqu'à maintenant. Les recherches de l'auteur sur l'URSS et l'univers du cirque couplés à son talent indéniable pour l'écriture ont créé chez moi un intérêt véritable pour ces deux sujets, un intérêt qui perdurera au-delà du roman. Rares sont les récits qui ont eu un tel effet sur moi. Et pour cela, je remercie chaleureusement l'auteur.
Quatrième de couverture
L'homme blanc, c'est Kolia, né dans les monts K. en Sibérie orientale, élevé dans les prisons de Staline. Là-bas, enfant encore illettré s'habituant à la faim et au froid, il fait la rencontre de Iossif, un prisonnier originaire d'Europe de l'Ouest qui le prend en charge et lui donnera le goût de l'art, du français, du monde libre. Relâché des camps à la fin de l'adolescence, Kolia découvrira l'URSS des années cinquante pour bientôt intégrer un cirque à Moscou et devenir clown. Mais le souvenir de Iossif, disparu dans des circonstances inconnues, le hante, l'accompagne, comme tout son passé qui marque sa drôle de gueule et que recouvrira la blancheur du clown muet.
Dans un style où se conjuguent sens du rythme et art du détail, Perrine Leblanc déploie ici un imaginaire riche, nourri par une passion de longue date pour la culture russe, et recrée le mouvement d'une vie qui fait parler les silences et les gestes.