
Et là je parle de Mud avec un grand M. Mud qui veut dire boue, mais ne le traduisons pas, parce que
Barnacre's Mud, ça n'a rien à voir avec la bouette du Québec, oh ça non! Mais je vais trop vite. Commençons par le début, voulez-vous? Ce billet est le premier d'une
série qui portera sur le voyage en Europe duquel je suis revenu il y a un mois.
Notre premier arrêt :
Barnacre, en Angleterre. Ni une ville, ni un village, à peine une rue, mais surtout un coin de paradis tout près de Liverpool. Et c'est Dominique qui m'y a amené, pleine de souvenirs et impatiente de partager son amour pour l'endroit et sa famille, les Keenans, avec moi. Sauf qu'il lui a fallu attendre, parce qu'après six heures d'avion pour nous rendre à Paris, c'en est plusieurs autres de car (autobus) qui nous attendaient pour nous rendre à destination. Même si nous avons quand même eu le temps d'admirer la capitale française, nous prélassant sous le soleil qui frappait la colline du Sacré-Cœur de Montmartre, nous avions encore Paris-Londres à faire de nuit, puis Londres-Liverpool, pour finir par prendre un train de Liverpool vers Meols, où Russell, notre hôte, venait nous chercher. Ça c'est en oubliant le bout où nous avons manqué le traversier de la Manche – parce que quelqu'un que je ne qualifierai pas d'intelligent avait oublié son passeport -, ce qui nous a pratiquement fait rater notre liaison vers Liverpool.

Donc, le premier mois, nous l'avons passé à Barnacre. J'ai écrit que c'est un coin de paradis, et je le pense vraiment. D'abord, petite
mise en contexte, question de ne pas vous perdre. Barnacre est à la fois le lieu de résidence des Keenans, notre merveilleuse famille-hôte, et le lieu où leur projet est en train de naitre. Un projet de mode de vie écologique – on parle ici de production d'électricité par éolienne, de récupération d'eau de pluie, de filtrage naturel des eaux usées, etc. – pour eux, mais aussi pour des vacanciers par l'entremise de cottages verts. Ça, c'est la surface. Mais c'est beaucoup plus que ça et c'est là que nous entrons en action. Barnacre c'est aussi et surtout une petite communauté de volontaires – les helpers – qui, accueillis, nourris et logés par la famille Keenan, travaillent ensemble aux diverses tâches nécessaires à la maintenance et au développement du site. Et c'est majestueux, parce que ça marche.

La
famille Keenan y est pour beaucoup. Si accueillante, ouverte, aimante… ils font tout pour le bonheur de leurs helpers. Je me suis senti beaucoup plus que leur invité, en fait, nous faisions partie de leur famille. Et c'est ce qui me pousse à tous vous les présenter, parce qu'ils sont fabuleux. Helen, la mère, qui nous préparait les meilleurs plats au monde – je rêve encore à son curry et à son Mac' and Cheese – et s'assurait toujours que nous allions bien. La gentillesse en personne. Russell, le rêveur, – Barnacre c'est son projet – qui supervisait les travaux et essayait tant bien que mal de nous expliquer chacune des tâches… mais Russell, on comprend rien, soit clair et articule! ;-) Les enfants, Sam, Paul, Tommy et Grace, âgés de moins de 12 ans. Et bien sûr les animaux, Rex le chat, Amber le chien, Perdy l'âne, et une multitude de chèvres, dont Rose l'aventurière qui devait sauter par dessus la clôture trois fois par jour et que nous devions toujours remettre dans l'enclos. Ma famille anglaise que j'adore.

Outre les Keenans, il y a une autre famille que je ne pourrais oublier, celle des
helpers. Notre nombre variait, mais nous avons été jusqu'à onze helpers à la fois – Russell étant si bon organisateur qu'il ne s'était pas rendu compte qu'il avait accepté autant de gens en même temps. Parmi nous, des Français, des Anglais, des Allemands, des Américains, un Espagnol et une Australienne, avec qui nous vivions 24 heures sur 24. Je ne vous les présenterai pas tous, mais je garde de bons souvenirs de chacun d'entre eux. Je pense en particulier à Joanna que nous sommes allés visiter en France avant mon retour, ou encore à Joel, Karen, Claire, Emily… comme ils me manquent!

Vous vous demandez surement pourquoi alors je présente Barnacre comme une survivance à la boue dans le titre de mon billet. Qu'est-ce que
the Mud – lire avec un son de film d'horreur – vient faire là-dedans? Et bien s'il y a une chose que j'ai apprise de Barnacre, c'est que ça ne sert à rien de vouloir rester propre. Inévitablement, à la fin de la journée, vos vêtements, vos mains, vos cheveux seront recouverts d'une substance quelconque, que ce soit du plâtre, de l'huile ou toutes autres substances dont je tairai les noms afin que vous gardiez votre dernier repas dans votre estomac. Mais plus que tout, il est impossible d'échapper à la boue. The Mud is everywhere. La quasi-totalité du terrain en est recouverte et les rares endroits secs sont comme des oasis en plein désert. Il faut dire qu'il pleut énormément, c'est l'Angleterre quoi. Nous passions nos moments libres dans
quatre bâtiments distincts : le cottage où la famille Keenan habite en partie et où nous mangions tous ensemble – lorsque nous n'étions pas onze –, le tipi où nous dormions – oui vous avez bien lu, et c'était fantastique –, la caravane des helpers, où nous pouvions mettre nos sacs, écouter la télévision, manger, etc. et finalement le Lake House, une petite cabane près du lac où nous pouvions aller aux toilettes, prendre notre douche, et petit-déjeuner. Pour passer de l'un à l'autre, nous devions impérativement affronter the Mud. Ce qui fait qu'à un moment je ne me séparais plus de mes bottes. Pas question de sortir sans elles, encore moins de sortir en souliers, sauf si je voulais avoir de la boue jusqu'aux genoux. Peut-être comprenez-vous maintenant pourquoi the Mud est à mes yeux et aux yeux de plusieurs autres helpers l'icône de Barnacre.

Maintenant, à part tenter de ne pas mourir sous dix pieds de cette boue, nous faisions aussi autre chose. En temps normal, nous
travaillions de neuf à cinq heures et soupions – je devrais dire que nous avions un tea time – vers sept heures. Nous avions une pause en avant-midi, le tea time – oui encore – et nous dinions pendant un nombre astronomique d'heures. Ce que nous faisions pendant nos heures de travail variait beaucoup d'une journée à l'autre : ménage et préparation des cottages pour les futurs arrivants, lime washing – enduire un mur extérieur de chaux –, plâtrage, arrachage de quenouilles, préparation du dîner, lavage de vaisselle… mais la majeure partie du travail s'effectuait sur la maison en construction des Keenans, principalement sur le toit – quand nous ne cherchions pas nos outils pendant trois heures dans ce grand chaos qu'est Barnacre. J'ai fait une overdose de triage, perçage et de taillage de tuiles d'ardoises, tellement que je ne peux plus supporter la vue d'une maison au toit d'ardoise. Je jure que je ne toucherai plus jamais à une seule de ces tuiles.

Environ deux fois par semaine, nous avions l'opportunité de fuir the Mud grâce aux
day off. Nous pouvions prendre un vélo – dans le meilleur des cas, le siège prenait des angles pas possibles, dans la plupart des cas, la chaine débarquait à tous les cinq mètres – pour aller à la plage, se promener ou bien manger la meilleure crème glacée du Royaume-Uni chez Nicholls. À pied, nous pouvions aller à Moreton pour faire du charity shopping ou manger un délicieux fish ‘n' chips – je vous laisse deviner où j'étais toujours rendu. En une heure, nous étions à Liverpool. Nous avons fait des folies extraordinaires, un crepe party – qui consiste uniquement à se bourrer la face en mangeant plein de crêpes – et sommes même allés voir
Harry Potter and the Half-Blood Prince au cinéma avec notre ami du Québec Marc-Antoine qui faisait un stage à l'hôpital où Russell travaille.
J'aurais des centaines d'anecdotes à vous raconter.

Barnacre a été une
expérience inoubliable pour moi. Bien sûr, au début, je me suis demandé ce que j'y faisais, moi qui suis si peu porté au travail manuel. Mais Barnacre est le genre d'endroit qui vous donne rapidement l'impression d'y être depuis toujours, chez vous.
J'ai envie de terminer par cette constatation : Barnacre est un endroit construit de et par l'amitié et l'amour qui unit la famille Keenan et les centaines de helpers qu'ils ont vu passer. Quelque chose d'à peine croyable, mais que j'ai vu de mes yeux vu, et ressenti aussi. Oui ressenti et vécu à fond. Il est clair dans mon esprit qu'un jour j'y retournerai. La maison sera terminée, les enfants seront grands, tout aura changé, mais je sais que là-bas moi et tous les helpers seront toujours les bienvenus. Je sais que j'y retrouverai cette même énergie qui m'a nourri, abondante et précieuse, pendant plus de quatre semaines qui m'en ont paru qu'une seule.
Vous n'êtes pas là pour le voir, mais présentement, je souris à cette seule pensée.
En images
(1) La maison des Keenans en construction. Tous les matériaux ont été choisis pour qu'elle soit le plus écologique possible.
(2) Traversée de la Manche.
(3) Plage anglaise près de Barnacre.
(4) Sam et son poulet!
(5) Liverpool.
(6) Barnacre, c'est ça! Au fond le cottage et la maison en construction.
(7) Russell et Domi.
(8) On soupe en famille, la famille des helpers.
(9) Notre belle caravane flottante. Quand je vous disais pour the Mud!
(10) On travail sur le toit! (Sauf moi, je prends une photo, mouhaha)
(11) Petite balade en vélo avec Joanna.
(12) Notre tipi!!!!! À côté, Joel et Karen qui "chop" du bois.