Il y a plus d'un mois
Venise a écrit "Si on y croit pas, qui va y croire ! Oui, comme tu dis, et si on y était à cette croisée des chemins. " à propos du billet Printemps en automne.


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vendredi 10 août 2007 Jour 15 - Village et monastère
Distance parcourue : 24 km
Trajet : De Belorado à San Juan de Ortega

La preuve que tout est relatif : alors qu'hier et aujourd'hui je devais marcher le même nombre de kilomètres, la marche d'hier m'a semblé beaucoup plus longue que celle d'aujourd'hui.  Les villages, la dénivellation changeante – plus particulièrement la montée d'une haute montagne -, les paysages divers et le froid m'ont aidés à marcher le chemin sans trop m'ennuyer. J'ai atteint San Juan de Ortega à midi, à ma grande surprise, car le village n'est visible qu'à la dernière minute en sortant de la forêt. Cette forêt qui d'ailleurs a rendu la deuxième moitié du chemin fort longue, de part son environnement monotone n'apportant rien de nouveau.

San Juan de Ortega n'est qu'un petit village, un amas de maisons entourant un monastère dans lequel on retrouve l'auberge de pèlerins. Bien que ce bâtiment religieux soit sublime, San Juan et son refuge n'apporte pas grand-chose. Dans la ville, pas d'épicerie, pas de restaurant, pas de pharmacie, uniquement 4 ou 5 maisons, le monastère, un bar et le refuge. Dans le refuge, pas de salle de lavage – il faut laver son linge dans la fontaine du village -, pas d'eau chaude pour la douche – la galère, car l'eau n'est pas juste froide, elle est gelée – et n'offrant aucun repas pour combler l'absence de restaurant ou d'alimentacion. Résultat : je mange un sandwich et des biscuits achetés au bar pour souper, et demain matin je mangerai la banane et les arachides que je me suis forcé à ne pas manger ce midi, car normalement ces deux choses faisaient parti de mon dîner. J'espère que demain il y aura une épicerie ouverte à Atapuerca, un village sur ma route, sinon j'aurai du mal à dîner.

Heureusement, j'ai rencontré ici l' « ami » américain de Méli, James, et j'ai retrouvé un Canadien de Yellowknife, ex-québécois, a qui nous avions parlé il y a quelques étapes. J'ai également fait la rencontre d'un nouveau français, qui trouvait cela très impressionnant que nous faisions le chemin à notre âge. Je ne suis donc pas réellement seul. D'ailleurs la solitude n'est pas si lourde que je l'aurais pensé, malgré le fait qu'après avoir jouer aux cartes, vaquer à mes tâches quotidiennes et lu – car j'ai trouvé un livre français, Liberty, dans un meuble de chevet au refuge -, je ne sais plus trop quoi faire. Il reste que j'ai hâte de retrouver Méli demain à Burgos, ma dernière destination sur le chemin, et d'avoir accompli mon défi déjà presque terminé.

Il est 6h45, je vais me coucher à 8h00. D'ici là, je vais probablement lire, même si je sais que je ne vais jamais finir le livre, puisqu'il est trop gros pour que je l'amène avec moi. Mais avant de serrer ma plume, je veux écrire que je suis fier et fort heureux d'avoir décidé de continuer et de finir le chemin, mon chemin, seul.

Et non, je n'avais pas terminé d'écrire, je veux rajouter quelque chose avant de me coucher, car de nouveaux évènements se sont produits. Après la messe, le refuge a servi, dans la salle commune, une soupe à l'ail à tous les pèlerins. C'était magique comme moment, car tous les pèlerins se sont réunis autour d'une longue table. L'hôte nous a fait un discours en espagnol - sur les raisons amenant à faire le chemin – ce qui a donner lieu à quelques rires entre les français, dont moi, car nous ne comprenions rien du tout. Puis, après les applaudissements, nous sommes allez chercher une deuxième part de soupe. Je n'oublierai jamais ce moment qui, à mon avant-dernière étape, m'aura rempli de joie. J'ai hâte à demain.

Avec du recul

Cette journée fut fabuleuse, je me souviens très bien à quel point je me sentais bien, assis à l'extérieur en train d'écrire dans mon cahier. Ce fut l'une des plus belles journées.

En photos

Dans l'ordre de présentation :
(1) Sur le chemin.
(2) Une partie du monastère, là où se trouve le refuge.
(3) Après la soupe à l'ail, certains restent pour discuter.

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jeudi 09 août 2007 Jour 14 - Petit refuge, grandes décisions

Distance parcourue : 23 km
Trajet : De Santo Domingo de la Calzada à Belorado

La marche d'aujourd'hui était ordinaire. Heureusement qu'il y avait souvent des villes, car sinon je me serais ennuyé. J'ai quand même pensé à mettre une roche pour chaque personne de ma famille, ainsi que pour certains amis comme Méli, Mélissa Jetté et Marc-Antoine, lorsque je rencontrais un de ces amas de pierres situés sur les « totems » signalisant le chemin. C'était très significatif pour moi que le chemin leur apporte quelques choses à eux aussi.

Demain, Méli ne peut pas me suivre en autobus à San Juan de Ortega, car il n'y a pas de ligne qui s'y rend. Ce qui m'a demandé de prendre une décision :

1° Soit je marche les deux prochaines étapes seul. Je serais donc 2 jours complètements seul, même à l'auberge.

2° Soit je marche jusqu'à Villafria, une ville au milieu de l'étape de demain, et après-demain je prends la bus avec Méli.

D'un côté, je préfère la deuxième option, car je suis un peu exaspéré de marcher seul, car cela fait tout de même 6 ou 7 jours en ligne. D'un autre côté, je sais que si je ne choisi pas la première option, je vais regretter de ne pas avoir marché jusqu'au bout, celui que nous nous sommes donnés, Burgos. Pour l'instant, je pense marcher les 2 prochains jours seul. J'espère ne pas changer d'idée. Cela ne me tente pas vraiment, mais je me suis donner un défi et je serais déçu de moi-même de ne pas l'accomplir par lâcheté. Car ce serait de la lâcheté pure et simple, puisque je ne suis pas blessé physiquement. Rien ne m'empêche donc de continuer. J'espère seulement que le chemin de demain, long – 24 km – et difficile – car il monte beaucoup –, sera un peu plus éblouissant et nouveau.

Pourtant, même si j'ai hâte de retourner à Paris, puis éventuellement au Canada, l'Espagne va me manquer avec ses différences de culture, ses toits rouges et sa langue – très loin dans mon esprit. Le chemin aura été plus dur moralement à marcher que je ne l'aurais cru, à cause de la solitude, mais je ne regretterai en rien mon expérience.

Ce soir, nous avons mangé au refuge pour 8 euros, car il n'y a pas de cuisine disponible pour les pèlerins ici. Nous avons mangé un très bon repas – soupe au poulet et œuf, salade, viande de porc, crème glacée et pain – en compagnie de deux allemands. C'était bien agréable, nous avons réussi à tenir une conversation en anglais. Nous avons parlé des raisons de faire ce pèlerinage. Ils nous ont expliqué qu'ils avaient besoin de faire le point sur leur vie, et que c'est pour cela qu'ils sont ici. Nous leur avons dit que nous voulions quant à nous vivre quelque chose de différent, rencontrer des gens et réfléchir un  peu.

Je sens que je vais me coucher de bonne heure, car je suis assez fatigué. Je me demande à quoi ressembleront les deux prochains jours. Vais-je réussir à passer de belles journées malgré l'absence de Méli? Que vais-je faire une fois au refuge, seul?

Il est 8h00, je vais cesser d'écrire et tenter de dormir, malgré la lumière – le soleil se couche à 10h00 - et le bruit. Demain, un autre jour, un jour de solitude.

En photos

Mélissa avait l'appareil photo cette journée là. Les photos que je publie ici sont donc celles de sa journée, principalement en autobus. Je ne peux pas les commenter.








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