À propos de ... Cizur Menor


compostelle Larrasoaña Puente la Reina
jeudi 02 août 2007 Jour 7 - Larmes et sable

Distance parcourue : 21 km
Trajet : De Cizur Menor à Puente la Reina

Frustration, peine, décisions, accalmie. La journée débute. J'ai peur que Méli ne puisse marcher, mais j'ai encore plus peur qu'elle décide de le faire malgré la douleur. Malheureusement, c'est la dernière option qu'elle choisira et cela donnera la journée que nous avons connue. Après quelques temps de marche, Méli n'avance déjà plus qu'à 1 ou 2 km/h, notre vitesse normale se situant entre 5 à 7 km/h. Elle réussit à monter la montagne, étape de la journée, mais ses genoux font encore plus mal en descendant. Je dois avouer qu'alors j'étais frustré d'avancer si lentement, car j'avais peur que n'ayons plus de place dans le refuge de la ville où nous devions nous arrêter. Je n'en voulais bien sûr pas à Méli, je comprenais totalement, mais j'étais simplement déçu de la tournure des évènements. Mais jamais je n'avais pensé que cela pourrait signifier la fin du pèlerinage pour elle. Jamais avant que nous rencontrions nos amis Polonais et que ceux-ci tentent d'aider Méli avec diverses crèmes, pilules et bandages.

Tout le monde se tournait sur le passage de Méli pour l'aider ou lui donner des conseils. L'une des polonaises devait être infirmière ou médecin, car elles nous ont fait savoir avec beaucoup de sérieux que sa blessure était grave, puisque la peau de son genou avait prise une teinte rouge. C'est à ce moment que j'ai compris que Mélissa ne pourrait plus marcher pendant plusieurs jours, probablement jusqu'à la fin du chemin. Sa blessure pouvait bel et bien signifier la fin. Là a commencé la peine.

Tant et aussi longtemps que Méli était là et marchait avec moi vers la prochaine ville sur notre carte, j'essayais de rester calme et de l'aider du mieux que je pouvais, en lui prêtant mon bâton par exemple. Puis, rendu à Uterga, elle devait prendre un taxi ou rester dormir dans une auberge du coin, car elle ne pouvait plus du tout marcher. Heureusement, elle prit un taxi, ce qui me permit de la retrouver le soir. Dès qu'elle fût parti, je recommençais à marcher… les larmes aux yeux. Les sanglots et les pleures. Je savais et ne savais pas pourquoi. Si je pleurais, s'est que je me rendais compte que j'avais un choix impossible à faire : continuer tout le voyage seul où la suivre en autobus. Je ne voulais ni l'un ni l'autre. Je ne voulais pas cesser mon pèlerinage, car c'était, et ça l'est toujours, très important pour moi d'aller jusqu'au bout. Ce chemin est pour moi une étape obligée que je veux franchir et il était hors de question de passer outre. De l'autre côté, je ne voulais pas non plus continuer seul : marcher seul, trouver une auberge seul, passer mon temps et manger seul. Bien sûr, il y a les autres pèlerins, mais ce n'est pas la même chose : nous avons 18 ans et les pèlerins, souvent plus vieux, nous parle, nous aide, nous font rire, mais ne se « tiennent » pas avec nous. J'avais donc peur d'être seul, moi qui aime tant la solitude. J'ai compris alors que la solitude est soutenable et souhaitable pour moi uniquement s'il existe une porte de sortie. Mais dans ce cas, il n'y en aurait pas eu. Et donc, je pleurais, parce que je pensais que c'était la fin de tout! Quand je rencontrais d'autres pèlerins, je séchais mes larmes et mettais mes lunettes de soleil. Puis une fois plus loin, je recommençais de plus bel.

Mais il fallu bien que je m'arrête. J'ai alors commencé à réfléchir à toutes les solutions possibles. Puis j'ai rencontrés des gens, comme si le fait d'être pèlerin solitaire attirait davantage les autres. Finalement, j'ai retrouvé Méli au refuge à Puente la Reina. L'heure des décisions était arrivée : allait-elle me suivre de villages en villages avec la bus, ou allions-nous nous retrouver dans plusieurs jours dans une ville éloignée? Elle décida, pour demain du moins, d'appliquer la première solution. Je marcherai donc seul demain, mais retrouverai Méli dans un refuge… si je la trouve. Sinon, nous pourrons nous rejoindre à la ville suivante ou nous envoyer des mails. C'est un peu stressant, mais bon, nous n'avons pas vraiment le choix.

Alors que j'écris ces lignes, je me dis que de marcher seul sera peut-être une expérience enrichissante et que j'en apprendrai peut-être plus sur moi.

Nous verrons cela dans les prochains jours.

Avec du recul

Cette journée fut très dure moralement. C'aura été la pire des journées, mais Méli décidera de me suivre à chaque étape. Je ne resterai donc pas seul autant que j'en avais peur cette journée là.

En photos

Dans l'ordre de présentation :
(1) Notre départ, Méli marche avec moi vers notre destination.
(2) Nous avons atteint le sommet de la montagne que nous devions monter ce jour là.
(3) Un "totem" du chemin, nous indiquant, avec sa flèche jaune, la direction à suivre. De telles indications sont présentes tout au long du chemin.
(4) Une fête à Muruzabal. Méli n'était plus avec moi depuis Uterga.

(2)
mercredi 01 août 2007 Jour 6 - Rencontre à l'italienne
Distance parcourue : 21 km
Trajet : De Larrasoaña à Cizur Menor

J'ai mal aux épaules. C'est endurable, mais j'espère que ça partira bientôt, car ça fait déjà deux jours. La journée a bien été, tellement bien qu'elle me motive à continuer. Le premier tiers de l'étape se marchait dans un paysage ressemblant à celui du Québec – en forêt de conifères-, donc moins intéressant. Le deuxième tiers, on découvrait des champs et des montagnes à couper le souffle. Au dernier tiers, nous traversions la ville de Pamplona, une des grosses villes du trajet de Compostelle, riche architecturalement Méli a vraiment apprécié cette partie du chemin et moi aussi.

Par contre, elle m'inquiète. Elle croit avoir une tendinite dans chaque genou et je pense malheureusement qu'elle a raison. Elle ne boit pas beaucoup et n'a pas de bâton de marche pour soutenir le poids de son sac, donc ses genoux prennent le choc. Il est présentement 8h00 et elle est allée se coucher. C'est très bien ainsi, ses genoux ont besoin de repos. Mais j'espère qu'elle ira mieux demain, sinon je continuerai seul la prochaine étape.

Je note qu'après 3 jours, on peut déjà voir une routine s'installer : réveil, remplissage du sac, déjeuner, départ, dîner, arrivé, douche, lavage, séchage, toilette, repos, temps libre, achat des trois prochains repas. C'est sécurisant de voir que tout n'est pas imprévus. Aussi, nous faisons de plus en plus de rencontres intéressantes et durables. Nous avons marché la moitié du chemin aujourd'hui avec Suzanna, une italienne qui parle l'anglais. Nous avons parlé de nos pays respectifs et nous avons même fait un échange : un 5$ contre un 5 €. La marche a été très plaisante avec elle. Un français, dont le nom nous est inconnu – nous devrions le lui demander – est dans les mêmes refuges que nous depuis presque le début. Il a aidé Méli avec ses genoux en lui disant de mettre de la glace et de faire de la compression sur ceux-ci. Un espagnol nous a aidé à faire notre riz du soir -  nous ne savions pas combien mettre d'eau – et Méli a prêter à une autre espagnole notre bandage pour genou (elle ne veut pas le mettre). Malheureusement, nous avons « perdu » l'italienne et nos amis polonais à Pamplona, la ville juste avant celle où nous nous sommes arrêter – Cizur Menor – car ils s'y sont arrêter pour dormir au lieu de continuer plus loin.

J'ai commencé à lire Les Coloriés. Le livre me semble bon. Je vais d'ailleurs finir mon chapitre, puis me coucher. Demain est plus dur qu'aujourd'hui, mais moins que les 2 premières journées.

Avec du recul

J'aurai mal aux épaules durant tout le chemin, mais de moins en moins, car je finirai par m'y habituer. Nous recroiserons plusieurs fois encore Suzanna et les polonais. Le français sera dans les mêmes auberges que nous pour quelques étapes encore.

Le soir, je me souviens être sorti près de l'église située sur le même terrain que l'auberge pour contempler l'horizon et penser un peu.

En photos
Dans l'ordre de présentation :
(1) Sur le chemin, vers Pamplona.
(2) Centre-ville de Pamplona.
(3) Monastère situé à côté de notre refuge. Certains pèlerins vont y dormir dû à un manque de place dans le refuge.

(1)
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