mardi 15 décembre 2009
La femme fragment - Quête identitaire

Littérature québécoise 
|
| Auteure |
Danielle Dumais |
| Éditeur |
Québec Amérique |
| Parution |
2009 |
| Nombre de pages |
416 |
| Note |
8 / 10 |
| Cette critique est aussi publiée sur La Recrue du mois, blogue qui, tous les 15 du mois, fait découvrir le premier roman d'un auteur québécois! Allez y lire les autres critiques de ce livre! |
Présentation de l'auteure
Même si Danielle Dumais a toujours aimé les mots, elle n'a fait le grand saut dans l'écriture qu'au tournant des années 2000 après une longue carrière de gestionnaire. Épicurienne, poète, voyageuse, amoureuse des arts et des êtres, elle se laisse maintenant guider par la plus exigeante des compagnes : l'imagination. La Femme fragment est son premier roman.
Commentaire
Caroline, abandonnée par sa mère à sa naissance et élevée par un père vivant dans la réclusion, avance pourtant dans la vie d'un pas léger et dansant, avec comme seule dépendance un amour indomptable pour les contes et les histoires, légué par son père. Après la mort de ce dernier, alors que sa mère n'est pour elle qu'un prénom, elle découvre un carnet écrit des mains de cette femme qu'elle n'a jamais connue, un cahier qui lui dévoile les secrets du passé et les circonstances qui ont poussé sa mère à l'abandonner. "Mon destin gisait dans un cahier noir couvert d'une écriture charriant la folie à grands traits funestes."
Se déclenche alors en elle une véritable quête identitaire. Prenant conscience des fragments qui la composent, elle cherche d'abord à s'y dérober, puis à les comprendre. Au Québec, elle fouille son passé, remonte son arbre généalogique pour trouver des réponses aux questions qui l'obsèdent. Mais cela ne suffit pas. Est-elle uniquement la somme de ce que ses parents étaient? Qui est-elle? Elle choisit l'exil et, à l'étranger, sur les flots ou sur la terre de ses ancêtres, elle tente de se reconstruire.
Le roman de Danielle Dumais m'a touché personnellement sur plusieurs points. Les personnages, d'abord. Je me suis reconnu dans plusieurs d'entre eux, en particulier chez le père et sa fille. J'ai compris la solitude du père et son besoin de s'évader par les mots. En dehors du reste, à part, vibrant de sa propre énergie, Caroline, qui préférait le rêve et l'imaginaire au réel, m'a aussi beaucoup affecté. Tous vrais, tous si bien tracés et vivants, les personnages m'ont parlé, autant que leur histoire. Outre cela, la quête de Caroline à l'étranger et les lieux qu'elle visite m'ont ramené à ma propre quête intérieure que j'ai, drôle de coïncidence quand même, moi aussi terminée à Lyon. J'ai donc avec plaisir redécouvert la France avec elle et profité de ses promenades dans les petites ruelles et vastes sentiers pour me rappeler les odeurs et les couleurs de là-bas. Petit velours au cœur. Mais ce qui m'a le plus touché dans La femme fragment, c'est la poésie présente partout dans le style de l'auteure. "Je me souviens qu'il a dessiné dans l'espace le visage d'une femme et que j'ai posé ma tête sur son épaule. C'était doux." Enivrante, son écriture m'a fait du bien, me donnant un peu l'impression d'être comme une feuille d'automne qui, lentement, se dirige vers le sol pour, tout en douceur, s'y allonger.
Une autre chose qui m'a plu se trouve dans la structure du roman : Danielle Dumais alterne avec brio les voix de ses personnages. Si un chapitre fait résonner celle du personnage principal, un autre nous donne le point de vue d'un amant, d'un ami ou d'un membre de sa famille. L'histoire nous est donc racontée non seulement par celle qui la vit, mais aussi par ceux et celles qui partagent cette histoire avec elle. Cela nous donne une vue d'ensemble très détaillée et intéressante et supporte l'histoire à merveille. Chapeau à l'auteure pour avoir réussi à éviter les répétitions et pour les particularités dont chacune des voix sont dotées.
Au final, j'ai peu de mal à dire de ce roman. La grande place que laisse l'auteure à l'imaginaire m'a fasciné, de même que les questions que pose son roman. Car que doit-on, finalement, à ses origines? Je n'ai peut-être pas répondu à cette question en lisant La femme fragment, mais j'ai définitivement passé de bons moments de lecture. Et je vous invite à faire de même.
Quatrième de couverture
Que doit-on à ses origines? Élevée par un père aussi misanthrope que poète, Caroline voit sa vie basculer lorsqu'elle découvre la vérité sur sa mère et les raisons qui l'ont poussée à l'abandonner à sa naissance. Celle qui composait jusque là avec une absence qui allait de soi, est amenée à se poser des questions fondamentales sur sa façon d'être.
Quête identitaire au premier chef, cette histoire conjugue bellement les voix et les voies pour permettre à l'héroïne de se définir. À travers sa vie amoureuse, elle cherche à recoller les fragments d'un tout morcelé par la pression de l'éducation et de l'hérédité.
Citations et extraits
« Je ne suis rien d'autre qu'un prénom. »
« L'abandon refuse les excuses. »
« Quand un château de cartes s'écroule, les enfants ne s'empressent-ils pas d'en construire un autre? »
« Comment apprendre à débusquer l'illusion lorsqu'elle prend toutes les apparences de la réalité? On croit façonner du bonheur et c'est le malheur qui s'érige. »
« Pourquoi la vie s'acharne-t-elle à me courtiser? »
« Tout fondait, comme si l'hiver avait changé d'idée. »
« Mais aussi, un sourire timide comme s'il ne savait pas s'étirer vers l'avenir. »
« Qu'est-ce que la mort pour un cœur qui ne bat pour personne? »
« Le passé m'apparaissait comme un gouffre d'ignorance et moi, comme une marionnette ignorante de ses ficelles. »
« Mon destin gisait dans un cahier noir couvert d'une écriture charriant la folie à grands traits funestes. »
« C'est comme ça que la vie fonctionne. Elle nous donne des gifles, elle nous matraque. On pense qu'on ne se relèvera jamais. Et puis un jour, un chant d'oiseau vient nous rappeler qu'il faut bien continuer à garnir notre nid. »
« Ceux que j'avais cru aimer, je les avais aimés dans l'ignorance de ce que j'étais. L'amour perd-il alors son nom? »
« Je suis l'automne déserté par l'été. Je suis la terre assoiffée qui ne recevra pas d'ondée. »
« L'amour est un oiseau qui se nourrit d'espace. »
« J'ai un goût de prudence qui fout le camp dès que je pose les yeux sur lui. »
"Je restai enfermée avec une pile de livres. J'oubliai de manger, de boire, m'endormant sur mes pages, les yeux rouges d'avoir trop lu, obstinée à dresser autour de moi une muraille de mots. »
« Je me souviens qu'il a dessiné dans l'espace le visage d'une femme et que j'ai posé ma tête sur son épaule. C'était doux. »