dimanche 15 mai 2011
Bacalao
Cette critique est aussi publiée sur La Recrue du mois, webzine qui, tous les 15 du mois, fait découvrir le premier roman d'un auteur québécois. À visiter : larecrue.net.
Lors d'un beau jour d'été, la vie de Vincent, professeur de lettres dans un lycée privé, se voit chamboulée par un bermuda : un pantalon fièrement porté par Ayrton, qui, sans le vouloir – du moins on le suppose –, ensorcèle l'enseignant. L'homme et le garçon commencent alors un jeu de séduction voilé, relation inversée où le désir côtoie de près l'illusion, entre innocence et fanatisme, qui les mènera tous les deux sur une île du Portugal où les sentiments de l'un affronteront le détachement de l'autre.
Le premier mot qui me vient à l'esprit pour débuter ce commentaire : paradoxe. Oui, paradoxe, car je pourrais décrire Bacalao comme une lecture légère, rapide – un passe-temps d'été – pour la simplicité de l'histoire et l'ambiance générale plutôt frivole du roman. Mais je pourrais aussi parler d'une lecture difficile, car elle s'articule autour des thèmes de la dépendance affective et de la manipulation, des sujets qui nous touchent tous à différents niveaux. Ce que l'on en retire dépend finalement de l'état d'esprit dans lequel on se trouve lorsque l'on aborde ce roman qui se lit d'une traite.
Une chose est sûre : Nicolas Cano nous propose une belle histoire, certes simple mais remplie de vérités. La vérité homosexuelle des rapides regards en coin vers un homme qui nous plaît, la vérité des longues heures d'attente devant le téléphone ou encore des faux espoirs. Je me suis peut-être un peu reconnu en Vincent. Dans sa naïveté amoureuse. Car Bacalao est beaucoup une histoire de naïveté et de manipulation, qu'on ne sait trop si consciente ou non, ou si elle est induite par l'aveuglement de Vincent, le personnage principal, ou les jeux d'Ayrton, son amant. Même si on comprend mal Vincent de ne rien voir, on le lui pardonne, et on espère que la chute ne fera pas trop mal. Cano crée en effet un personnage attachant dont on aime suivre l'histoire. J'aurais d'ailleurs été curieux de voir Ayrton mis à l'avant-plan pour un chapitre, question de mieux comprendre ses intentions et ses agissements, et pour le plaisir d'explorer plus profondément sa vie. Mais peut-être le roman aurait-il alors perdu sa force de frappe : pour comprendre ce qui vit le personnage principal, peut-être valait-il mieux se retrouver dans la même situation que lui, c'est-à-dire dans l'incompréhension totale des attentes et des objectifs de celui qu'il aime.
Outre cela, l'écriture imagée de Nicolas Cano, empruntant parfois à l'humour – comme le montre la première phrase du roman – « Il est sans doute absurde de vouloir devenir un bermuda alors que l'on est en train de commenter le premier roman moderne de la littérature française» – m'a beaucoup plu. Un ingrédient essentiel, pour équilibrer le fond plus sérieux.
Bref, je ne peux que remercier l'auteur de m'avoir si généreusement envoyé outre-Atlantique son roman qui m'a fait passer un bon moment de lecture, et m'a rappelé – car j'en ai senti l'essence dans chacun de ses mots – qu'il ya bien longtemps que je n'ai mis les pieds dans son cher pays.
Auteur
Nicolas Cano vit à Lyon où il est expert en art. Bacalao est son premier roman.
Quatrième de couverture
Le nouveau ouvrit son sac et sortit son exemplaire de La Princesse de Clèves qu'il posa sur la table, puis il étendit ses jambes et se mit à regarder Vincent, la bouche entrouverte.
Vincent Bergès est professeur de lettres dans une école privée. Avec le temps, il s'est habitué aux sortilèges de ceux que son amie Hélène appelle ses garçons à risque.
Mais lorsque Ayrton fait irruption dans la salle de classe, Vincent comprend qu'il va souffrir. Commence alors une étrange histoire de fascination et de désir.Mais celui qui décide n'est pas celui qu'on croit.
Bibliographie
Bacalao
Nicolas Cano
Arléa, 2010
138 p.
7.5/10
Ayrton, avec sa passion du foot, ses mouvements d'humeur et son naturel désarmant, va bouleverser la vie trop réglée de Vincent, jusqu'à l'entraîner à Madère, son île natale, pour les vacances de la Toussaint. Mais l'éloignement, le soleil et la mer ne suffiront pas à préserver la pureté de cette rencontre.
Vincent tombera-t-il dans le désarroi de Mme de Clèves, dont chaque année il commente la grandeur du renoncement ?