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Venise a écrit "Je devrais venir te voir même quand tu n'y es pas, il est si joli ton blogue ! Je m'y sens bien. Bien sûr que l'on va patienter et en Snoopy Joe à part ça !" à propos du billet Zzzzzz....


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Pages
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mardi 26 février 2008 Espèces en voie de disparition
Livre québécois
Auteur
: Robert Lalonde
Note : 7.9/10
Parution : 2007
Nombre de pages : 197 pages

Commentaire 

Ce recueil de nouvelles de Robert Lalonde me laisse perplexe. À travers des métaphores et des descriptions en lien avec la nature, l'auteur veut nous raconter des histoires humaines touchant les thèmes de l'amour, de la mort, du suicide, de l'amitié, de la cruauté et de l'homosexualité. Le problème, c'est que ses textes n'arrivent pas toujours à atteindre le lecteur qui s'emmêle rapidement dans les méandres de portraits affreusement lourds sur l'environnement naturel des personnages. À toujours tout vouloir lier à la terre, au vent ou à la mer, il en oublie parfois le but du texte lui-même, qui est vraisemblablement celui de faire réfléchir.

Néanmoins, certaines histoires de Espèces en voie de disparition valent la peine d'être lues. Je pense entre autres à « Le meilleur ami de l'homme », « L'ange brisé », « L'accidenté » ou encore « Un chalet, un autre, toujours le même ». On ne peut nier le talent de l'écrivain à imaginer des personnages hauts en couleurs... ou en noirceur, et la facilité avec laquelle il peut, parfois, nous surprendre. Je crois toutefois que pour apprécier ce livre, il faut aimer lire pour lire, c'est-à-dire être en mesure d''estimer un bouquin pour son style, ses messages, sa vision ou encore son odeur. C'est ce qui, je dois l'avouer, m'a séduit des pages de Lalonde : leur portée et leur style.

N'acheter pas ce recueil pour être accroché. Ne l'acheter pas non plus pour vous en reposer, car sa lecture demande de l'attention, de la réflexion. Si vous l'achetez, faites-le dans l'optique de vous y attarder et de savourer quelques histoires d'humanité.

Quatrième de couverture

« Se cachent, au fond de chacun de nous, des histoires. Parfois, elles s'éveillent pour nous rappeler l'existence d'êtres d'exception. Des êtres issus de notre passé, de notre enfance, ou de plus loin que nous encore, qui savent mieux aimer, mieux vivre, mieux mourir que nous ne le pourrons jamais. Toute une humanité nous habite, qui nous semble à la fois plus vraie que l'autre, et plus fragile aussi, espèces en voix de disparition. La plupart de ces nouvelles révèlent de telles histoires cachées. Chacune met en scène des êtres irremplaçables. Un père qui disparaît au fond de la rivière avant la naissance de son fils, un ange déchu qui enflamme un groupe de jeunes voyageurs, une femme qui donne à un peintre la force de mettre une oeuvre au monde, un enfant dont un couple a refusé la venue, un autre couple, au seuil de la mort, qui se découvre toujours hanté par le désir. Chacune de ces nouvelles est une plongée vers l'humanité qui se cache derrière le quotidien, une échappée vers la part la plus vivante de nous. »

Citations


" - Tu dormais?
  - Non. Je m'exerçais.
  - Tu t'exerçais à quoi?
  - À être mort. Ça vient pas naturellement, faut s'entraîner."


" Flotter avec la terre et les autres étoiles dans le ciel, si tu savais comme j'ai hâte !"

" T'as bien raison, va! Vas-y, hurle, engueule le cosmos, mon vieux! C'est tout ce qu'il mérite !"

" La vie est un mystère, crevé de petits trous par où se faufilent la peur, l'espérance, les malentendus..."

" Quelle étrange place nous tenons dans l'univers, où nous sommes à la fois indispensable et de trop..."

" C'est que nous n'osons pas, ouvertement, avoir besoin les uns des autres."

" Et si rencontrer l'autre franchement c'était d'abord se dépouiller soi-même de sa propre histoire, dangereusement engagée dans la vision commune, cette fausse aventure commencée sous le regard de ceux qu'on appelle des adultes, les grands, qui ne savent pas, qui veulent notre bien et qui ne trouvent rien d'autre à nous offrir que ce destin de suiveur sur un chemin tout tracé?"

" L'eau est la grande mémoire, le réceptacle mouvant et muet des souhaits indicibles et des terreurs irraisonnées."

Note : Ce livre est nominé au Prix littéraire des collégiens 2008. Bien que je sois jury de ce prix, cet article ne réflète en rien l'opinion des autres jurys. Je n'écris pas en tant que jury, mais bien en tant que lecteur. Mon choix final restera secret jusqu'au dévoilement du gagnant.

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dimanche 24 février 2008 Ce n'est pas une façon de dire adieu
Livre québécois
Auteure
: Stéfani Meunier
Note : 8.6/10
Parution : 2007
Nombre de pages : 213 pages

Commentaire 

Au nombre de citations que j'ai transcrites de ce livre, on peut voir que j'ai vraiment adoré. Ce n'est pas une façon de dire adieu est le genre de roman à travers lequel on peut voguer, en riant et en pleurant, mais aussi en s'assoyant confortablement et en acceptant les effluves de mots et de sons qui en ressortent. Léger, mais oh combien passionnant : Stéfani Meunier sait comment peindre le quotidien pour le rendre coloré, attrayant, obsédant. On y raconte la vie de trois personnes, deux New Yorkais et un citoyen du monde, dont la rencontre changera tout. Dans un petit appartement de Brooklyn, avec leur chien Lennon, leur musique et leurs anecdotes, ils vivront l'amitié et l'amour. Mais un voyage sèmera le doute et le vide dans leur vie. Il y aura des adieux, plutôt des fuites. Quelque chose qui ne ressemble pas à une façon de dire adieu.

Il n'y a pas qu'un seul narrateur, mais bien trois co-narrateurs. Chaque chapitre est le reflet de la vision d'un personnage concernant un moment de leur vie commune. On comprend ainsi mieux leur relation, leurs bonheurs, leurs altercations. 

Franchement, ce petit bouquin québécois est un bijou et il serrait vraiment dommage pour un lecteur passionné de ne pas sauter, main sur la couverture, dans les pages de ce livre. Que vous soyez français, africain, américain, québécois... cela n'a pas d'importance. Stéfani Meunier raconte une histoire universelle, une histoire de rencontres et de relations humaines, une histoire d'amour et de mélancolie. L'histoire de notre vie à tous quoi.

Synopsis

« New York, les années 1970. Une ville qui est encore le centre du monde, mais qui commence à douter d'elle-même. La guerre du Vietnam s'enlise, et si l'engouement pour le rock'n roll ne se dément pas, il vient maintenant d'Angleterre, où l'ombre des Beatles plane encore sur le monde de la musique. Sean est musicien. Pour le plaisir de faire de la musique, pour cette merveilleuse camaraderie de la scène, pour l'amour de cette vie d'errance entre Montréal, sa ville natale, et les innombrables bleds où il doit jouer. Quand il revient à New York, il vit chez son ami Ralf, qui a un appartement à Brooklyn et un chien qui s'appelle Lennon. Les seules attaches qui donnent à Sean le sentiment d'être chez lui quelque part. Pendant que Sean est en tournée, Ralf fait la connaissance d'Héloïse. C'est le bonheur, tout de suite, un voyage en Bretagne, des soupers où se conjuguent amour et amitié. Et, tout à coup, le précaire équilibre ne tient plus. Dans ce second roman, Stéfani Meunier se révèle plus que jamais une magicienne des atmosphères. En quelques traits aussi sûrs que retenus, elle sait donner un relief extraordinaire au quotidien de ses personnages. Un regard capté en passant, quelques accords de musique, les paroles d'une chanson aimée qui nous montent aux lèvres, et voilà que notre coeur chavire en même temps que celui des personnages. »

Citations


"C'était une vieille balle de tennis couverte de bave séchée, de poils et de poussière, qui était invariablement sous le sofa, et que cette pauvre bête n'était pas capable d'atteindre, malgré le superbe museau dont la nature l'avait pourvu dans le but, justement, d'aller chercher les balles sous le sofa."

"Dieu que c'était beau, la jeunesse. C'est dommage qu'on ait réussi à l'éliminer pendant les années qui ont suivis"

"Peut-être que si je m'étais assise cinq minutes pour prendre le temps de réfléchir un peu, je n'en étais pas certaine, mais je crois que j'aurais eu de la peine. Peut-être. Mais je ne me suis pas assise."

"Ma mère ne m'envoyait jamais dans ma chambre. Pour me punir, elle m'envoyait jouer dehors."

"[...] j'étais avec Héloïse depuis quelques semaines et je m'étonnais chaque jour de voir que c'était moi qui avais obtenu le rôle de l'homme le plus heureux du monde."

"Elle m'a eu à l'usure, ça c'est certain. Pendant les semaines qui ont suivi, je ne pouvais rien faire sans tomber sur une publicité. J'ai trouvé le Mexique dans le réfrigérateur, Cuba dans une casserole, l'Afrique collée sur le miroir de la salle de bains, l'Irlande pliée dans une paire de bas. [...] C'est la France qui m'a fait craquer. [...] Elle avait des bouts de dépliants collés partout sur le corps. Le mot France, découpé, en lettres rouges, juste au dessus du pubis. Et, en bleu, BRE sur le sein droit et TAGNE sur le sein gauche. J'ai posé ma tête entre la Bretagne et j'ai soupiré. «Va pour la Bretagne.» Elle est montée sur le lit et elle a sauté comme une folle, comme une petite fille, en riant, «On part en voyage, on part en voyage», des photos de mer et de rochers et de bateaux tombaient en tournoyant au-dessus du lit."

"Nous ne pourrions plus écouter Ralf nous préparer à souper en essayant de lire les odeurs qui venaient jusqu'à nous. Ragoût, paella, crevettes au pernod, pot-au-feu, pain, poulet, poires au vin. C'était fini. C'est là que la douleur a fait de moi sa résidence permanente."

"Que même les liens les plus forts pouvaient se distendre si on ne les resserrait pas régulièrement."

"Je suis devenu une roche. [...] Ça ne s'est pas fait comme ça. Ça demande de l'entraînement, être une roche. Ça a pris des mois. De  pleurs, de rage, d'actions inutiles pour ne pas penser. Puis de repos. De contemplation. Des mois. Je n'avais plus aucun contact avec le reste de l'humanité et je n'avais pas l'intention d'en avoir avant un bon moment, moment que je ne prévoyais pas, que je n'anticipais pas non plus et que j'aurais été bien en peine de dater, même approximativement."

"Il n'y a rien de pire que la solitude à deux, je crois bien, puisque l'absence du regard de l'autre est toujours là pour vous le rappeler. Vous êtes seul."

"Parfois je me dit que j'aimerais bien tomber sur Bob, le patron du Cactus Club, et lui dire que son île n'était pas pire qu'une autre, pas pire que n'importe quel lieu, en fait. Que ce n'était pas parce que j'en étais parti et que je n'y étais pas retourné que j'avais accompli quelque chose de mieux, de plus que ses clients. [...] Je crois même que j'ai fait bien pire. Parce que je me suis arrangé pour ne rien avoir à oublier. Et, toute ma vie, j'ai traîné mon île avec moi."

Note : Ce livre est nominé au Prix littéraire des collégiens 2008. Bien que je sois jury de ce prix, cet article ne réflète en rien l'opinion des autres jurys. Je n'écris pas en tant que jury, mais bien en tant que lecteur. Mon choix final restera secret jusqu'au dévoilement du gagnant.

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dimanche 10 février 2008 La soeur de Judith
Livre québécois
Auteure
: Lise Tremblay
Note : 7.9/10
Parution : 2007
Nombre de pages : 169 pages

Commentaire 

La soeur de Judith ce n'est pas l'histoire de Claire, la soeur de Judith, et ce n'est pas non plus celle de Judith. C'est simplement l'été un peu « plate » d'une jeune fille qui termine son primaire pour entrer à la polyvalente. Plate selon ses propres mots. Car ce qu'on découvre dans ce livre de Lise Tremblay, ce sont les pensées de cette fille dont on ne connaitra jamais le nom. Judith est sa meilleure amie et la soeur de celle-ci, leur idole : si elle remporte la finale d'un concours de danse, elle dansera au spectacle d'adieu de Bruce et les Sultans.

L'intérêt de ce roman, ce n'est pas l'histoire, si du moins il y en a une. Aucun suspense, aucuns points marquants dans l'été de la jeune narratrice. Ce sont les mots choisis, le style et l'écriture, les tournures de phrases. L'auteure a su proportionner à perfection ces ingrédients afin d'offrir à ses lecteurs un personnage hors du commun, presque vivant, palpable : une jeune fille presque réelle. Un personnage crédible et intense qui surpasse son univers ennuyeux.

La soeur de Judith ne va probablement pas vous obséder au point de ne penser qu'à ouvrir le bouquin et à le dévorer. Il ne va surement pas non plus vous ennuyer à mourir. C'est un roman léger et bien que vous n'aurez peut-être pas hâte de connaitre la suite de son histoire, lire ce que la narratrice a à vous raconter vous enveloppera dans un cocon de ouate pour quelques courts instants que vous saurez apprécier et où vous vous sentirez bien.

Synopsis

« Chicoutimi-Nord, les années 70. L'été sera long. Il y a bien Judith, la meilleure amie. Il y a aussi Claire, la sœur de Judith, la plus belle fille de la ville. Mais il y a surtout cette mère qui « explose » tout le temps, qui ne laissera pas sa fille épouser le premier venu et qui est prête à tout pour que ses enfants ne soient pas des ignorants. Dans ce cinquième livre, Lise Tremblay brosse un tableau du Québec rural des années d'après la Révolution tranquille, un Québec en pleine effervescence, où de nouvelles valeurs font leur chemin mais où la tradition s'accroche encore. Fine observatrice de l'humain, l'auteur de La Héronnière nous fait revivre ses années par le regard d'une fillette qui sera une adolescente avant la fin de l'été. »

Citations


"Le sucre à la crème, c'est la seule chose que ma mère rate en cuisine. Pourtant, à chaque semaine, un peu avant qu'elle se mette à brasser, elle croit toujours que ça y est, qu'elle a réussi, que le sucre n'a pas la même texture que d'habitude. Elle en est toujours certaine, jusqu'à ce qu'elle tourne la cuillère de bois pendant de longues minutes et que, exténuée, elle laisse figer le sucre chaud au fond de la casserole."

"La directrice me fait savoir qu'une possédée du démon dans mon genre n'a pas le droit d'implorer la Vierge. "

"Je me suis couchée sur le ventre pour jouer aux feux d'artifice. Je pèse sur mes yeux très fort et je vois toutes sortes de points qui explosent. Des fois ça m'endort."

"Je suis allée me coucher et j'ai serré fort mes médailles. J'ai encore demandé que ma mère arrête d'exploser. Peut-être que j'allais être exaucée. "

"Lisette utilise beaucoup de mots que je ne connais pas, ma mère dit que c'est parce qu'elle lit beaucoup et qu'après l'école normale elle est allée à l'université pendant un an.  "

"Je suis allée me cacher au coin de la maison des Lemay et j'ai vu Claire et Gilles en train de s'embrasser. À un moment donné, elle s'est assise sur lui et ils sont restés là longtemps. "

"Mais c'est plus fort que moi, même si elle n'explose pas, on dirait que je l'entends quand même, comme un disque qui partirait tout seul."

"Une fois dans la voiture, elle m'a demandé ce que je voulais faire plus tard. Je ne savais pas quoi répondre. Tout ce que je savais, c'est que je devais faire des études, sinon ma mère me tuerait."

Note : Ce livre est nominé au Prix littéraire des collégiens 2008. Bien que je sois jury de ce prix, cet article ne réflète en rien l'opinion des autres jurys. Je n'écris pas en tant que jury, mais bien en tant que lecteur. Mon choix final restera secret jusqu'au dévoilement du gagnant.

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samedi 02 février 2008 La mort de Mignonne et autres histoires
Livre québécois
Auteure
: Marie Hélène Poitras
Note : 8/10
Parution : 2007
Nombre de pages : 187 pages

Commentaire 

Marie Hélène Poitras, auteure de nouvelle génération, nous offre un recueil de nouvelles flamboyantes. Son écriture crue et directe et son style moderne portent d'une manière très réaliste les sentiments, la haine, l'angoisse et les peurs causés par le mal de vivre de notre époque, thème récurrent à travers le livre. Car Marie Hélène Poitras c'est ça, c'est la réalité pure et dure peinte par une fiction subtile et convaincante. C'est l'amour droguée et la passion alcoolique, la beauté et la laideur.

La mort de Mignonne et autres histoires m'a surpris et m'a fait découvrir une auteure québécoise qui vaut la peine d'être lue. Je conseil particulièrement ce livre à ceux qui aiment lire de petits bouts d'histoires le matin avant d'aller travailler ou le soir avant de poser leur tête sur l'oreiller.

Synopsis

« Après Soudain le Minotaure (Prix Anne-Hébert 2003), Marie Hélène Poitras livre douze histoires mettant en scène des personnages au bord de la désillusion, tous à la recherche d'une sorte de grâce, que seuls les plus chanceux atteignent. Bestiaire sombre, gonflé d'une énergie proche de celle de l'adolescence, La mort de Mignonne et autres histoires trouve son équilibre entre brutalité et candeur, fébrilité et fatalité. Car dans ces univers, la lumière finit toujours par s'infiltrer, dût-elle s'échapper d'une lézarde ou entrer par une fenêtre sale. Entre prose américaine et poésie d'Enfants du paradis, l'écriture de Marie Hélène Poitras révèle ces moments de détresse douce ou enrageante, ces instants affolants où les contours du rêve se déchirent au contact de la réalité. Douze histoires délicates pleines de bêtes, de désir et d'humanité.»

Citations


"Les flashs des appareils cliquetaient en une véritable fusillade de lumières, et Gemma eut une brève pensée pour les perséides d'août."

"Tu utilises le verbe aimer d'une curieuse façon, à l'impératif, deuxième personne du singulier[...]"

"Quelqu'un pourrait-il me renseigner ? Je voudrais savoir quand, à quel moment, il y eut ce glissement, cette alchimie castratrice qui imposa un rapport maniaque et névrotique à la réalité, comme si celle-ci faisait office de testament de vérité, de jugement ultime, de preuve de bonne volonté. "

"Ne pas lui dire, lui cacher ces choses encore un peu, ne pas lui apprendre que le désir arrache tout [...] Qu'on s'attache à ceux qui nous repoussent et qu'on rejete ceux qui s'approchent. [...] Qu'à vingt-cinq ans on en a quarante, que les enfants qui naissent désexualisent les corps, et qu'en cette ère du Botox, le défi consiste à rester désirable le plus longtemps possible pour baiser - mal - avec des gens que nous n'aimerons pas, tout en fantasmant sur quelqu'un qui n'est pas plus en mesure d'aimer."
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lundi 07 janvier 2008 Le Poids des ombres
Livre québécois
Auteure
: Marie Laberge
Note : 8.6/10
Parution : 1994
Nombre de pages : 459 pages

Commentaire  

Le Poids des ombres, c'est le poids des illusions de Diane, face aux autres et à elle-même, à l'amour et à la vie. Face à sa mère surtout, Yseult. Yseult la fée, Yseult la réaliste, Yseult la putain. Yseult la mère qui ne l'a jamais aimée. Mais l'âme du livre ce n'est pas Diane. C'est plutôt Yseult, qui, en se jetant du haut d'un pont pour atterrir dans la vase, entraîne avec elle la vie entière de son entourage. Yseult le centre de tout, la passionnée aux paroles crues. Diane, c'est seulement sa fille, son petit pou, qui tourne en rond à la recherche d'un coupable, qui jalousement demande sa mère, devient sa mère.

Les premières pages vous sembleront peut-être un peu longues, mais rapidement la détresse de Diane vous jettera un obscur sortilège. Ce livre vous mènera au fond de votre être et le fouillera, faisant surgir vos illusions, vos barrières et votre néant. Ce n'est pas un livre à lire à la légère : Diane en réfléchissant vous fera réfléchir, en hurlant vous fera hurler. Lorsqu'elle se recroquevillera sur le sol de sa chambre de bain, vous voudrez le faire aussi, vous voudrez sentir la quiétude et le vide qu'elle recherche. Yseult bousculera votre vie, vos peurs et votre routine. Sa définition du sens de la vie voudra occulter la vôtre, s'en emparer, la détruire. Chaque page sera à la fois une torture et une magie sortie des mains de l'auteure. Chaque mot sera un malheur et un bonheur, une lame acérée et des doigts luxurieux sur votre peau.

Le Poids des ombres, ce n'est pas seulement la lourdeur des leurres et artifices de Diane, c'est aussi le poids des fards et des voiles que nous posont nous même sur notre vie. 

Synopsis

Le livre n'ayant pas de synopsis, j'ai choisi un extrait qui, selon moi, représente bien l'oeuvre de Marie Laberge :

« Au milieu du noyau qui frappe le trottoir de ses talons hauts, le noyau nommé Diane la non-enchanteresse par sa triste mère Yseult, au milieu de cette poitrine dure et fermée, il y a toute la vase du fleuve amassée dans les poumons d'Yseult. Toute la vase du monde qui remonte à sa bouche à elle, comme un égout tiédi. Et elle ne sait que serrer les dents, fermer sa gorge, son nez, pour contraindre la vase à de pétrifier et à demeurer, comme un bloc solide, au coeur de sa poitrine desséchée.»

Citations


" Ma mère est morte et j'ai mal à moi, à ma mort. [...] Installez-moi sur la ligne d'horizon, là où ça disparaît, où tout se confond, tout fond. Il doit y avoir une raison. Il faut que ce soit pour quelque chose qu'on se lève tous les matins, qu'on fait sa journée et qu'on se recouche, non? Ça doit soulager quelqu'un, aider? Pour qui, pour quoi je me relèverais d'ici? Juste pour ne pas avoir l'air folle? Juste pour ne pas passer pour l'errante que je suis depuis que je suis née ? "

" On va où quand on ne sait pas pourquoi on est équipé pour aller quelque part? On poursuit quoi, qui, dans ce jeu de colin-maillard qui n'en finit plus de cruauté? "

" Elle ne peut absolument pas retourner à cet endroit. Seulement y penser lui donne des envies de pont Jacques-Cartier. "

" Jalouse de ceux qui la possédaient si totalement, si follement, même si c'était peu de temps. L'extrême abandon d'Yseult à ces fulgurantes passions, l'or en fusion qui coulait loin d'elle, oui elle en était jalouse. "

" L'ennui avec la lucidité, c'est qu'il n'y a pas de contrôle de volume. "
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vendredi 19 octobre 2007 Mal élevé
Livre québécois
Auteur
: Stéphane Dompierre
Note : 8.4/10
Parution : 2007
Nombre de pages : 197 pages

Commentaire 

Toujours aussi drôle, toujours aussi ironique, Stéphane Dompierre nous pond encore une fois un excellent roman rempli de bons et de moins bons moments, mais surtout chargé de réalité. Cette fois, il nous raconte la vie d'Alex, musicien rebelle et moderne, qui tombe amoureux, lui, l'homme à femmes, de Sandrine. Sans être une suite, le livre continue dans la même idée et la même ambiance que Un petit pas pour l'homme : celle de la vie des hommes de 20 à 35 ans de notre époque où sexe, musique et je-m'en-foutisme règnent en roi.

Bien qu'un peu plus maigre en rebondissements humoristiques et en dialogues que son prédécesseur, Mal élevé est sans aucun doute le livre à lire cet automne. Feuilles oranges, vertes et jaunes : l'éther parfait pour ce type de roman, assis à l'extérieur emmitouflé dans une couverture de laine.

Synopsis

« Avec sa jolie gueule de chanteur rebelle, Alex accumule les conquêtes féminines beaucoup plus facilement que les succès radiophoniques. Amoureux pour la toute première fois, il emménage avec Sandrine, une chanteuse qui pourrait bien l'aider à connaître le succès qu'il espère depuis longtemps. Si seulement il pouvait perdre l'habitude de démolir ses guitares sur scène en hurlant et se mettre plutôt à écrire des chansons d'amour. Mais le couple et la musique pop, ça fait beaucoup de compromis d'un seul coup. Et puis un but est-il vraiment atteint si on doit, pour y parvenir, abandonner sa vraie nature en chemin?

Drôle, grinçant et définitivement très Dompierre, ce roman a également des vertus pédagogiques. Vous apprendrez à:
- Survivre dans les soupers chez la belle-famille
- Négocier avec un producteur ambitieux
- Écrire des chansons à succès
- Réussir un solo de guitare
- Charrier de la brique
   Et
- Vivre en couple »

Citations


" Les filles gagnent toujours. Pour qui veut vivre avec une d'entre elles, c'est la seule chose importante à savoir."

" Amoureux. Je ne lui ai dit que quelques jours plus tard, le temps de m'assurer que ce n'était pas qu'un virus passager."

" Choses auxquelles nous ne pensons pas quand, dans une ruelle, nous embrasons une fille de qui nous tomberons amoureux : 1 - Elle a des parents. 2 - Un jour, il faudra bien les rencontrer."

" Cette situation le rendait malade; les gentils ne comprennent pas qu'on puisse ne pas les aimer. "

" J'étais d'humeur irritable, alors ça m'a fâché. Sous l'impact, un des morceaux du téléphone est resté coincé dans le mur. J'ai déclaré solennellement, à haute voix, qu'après une rupture il est légitime de péter sa coche à tout moment. "

" La peine d'amour est une énergie renouvelable."
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mercredi 05 septembre 2007 Un petit pas pour l'homme
Livre québécois
Auteur
: Stéphane Dompierre
Note : 8.6/10
Parution : 2004
Nombre de pages : 227 pages

Commentaire

Stéphane Dompierre nous a écrit un livre rafraîchissant qui malgré tout, porte à réfléchir. Ce n'est pas une grosse histoire à tout casser ni une thèse de philosophie ou encore un roman à suspense. C'est seulement un récit tout simple, celui d'un homme dans la trentaine qui se cherche et qui cherche à savoir où il va. Mais c'est avec une plume fantastique que l'auteur nous livre cette histoire où ironie et observation crue s'entremêlent, menant à maintes reprises à des fous rires incontrôlables.  Je ne peux que vous conseiller ce livre léger, à savourer préférablement dans un hamac l'été.

Synopsis

« À 20 ans, pour Daniel, il n'y avait rien de plus cool que d'être gérant d'une boutique de disques. À 30 ans, c'est autre chose. Sans fric, sans amour, sans projet, Daniel a la désagréable impression de ne pas être adulte, assis sur son banc derrière la caisse enregistreuse à regarder dans le vide. Pour remédier à la situation, il décide d'agir de la façon qu'il connaît le mieux: courir très vite dans tous les sens, sans réfléchir. »

Citations


" L'amour a-t-il toujours une date d'expiration? "

" Je ne suis plus un mec de trente ans dans une Écho grise surchauffée, parti acheter soixante-huit rouleaux de papier cul quadruple épaisseur, jumbo, molletonné, nouveau et amélioré, écologique, biologique, recyclé, recyclable, hypo-allergène, anti-bactérien, non testé sur les animaux, doux comme un petit chat tout blanc tout mignonTM."

" Je me sens aussi ridicule avec ce sourire décoratif que si je l'avais découpé dans du carton pour me le coller sur la gueule."

" Les gens deviennent fous quand on ne les aime plus. "

" Je m'en souviens très bien, l'avantage des traumatismes d'enfance c'est qu'ils nous collent au fond du crâne jusqu'à notre dernier jour. "

" J'ai l'émotivité en panne. Mon coeur est devenu vide et froid. J'ai le charisme d'une momie et l'entrain d'un cactus. Je suis un film d'horreur. Je suis le village fantôme d'un film western."

" Le bonheur, c'est un gros chien qui nous lèche la face."

" Je constate avec embarras une chose simple et terrifiante : mes parents m'ont donné une vie et je ne m'en suis pas servi encore. Elle jaunit dans son emballage plastique."

" Et voilà une autre journée qui se lève, amère comme la première gorgée de jus d'orange après s'être brossé les dents."

" C'est surprenant, parfois je peux penser que j'ai atteint le fond et puis hop, je découvre une petite porte et un escalier que je n'avais pas repérés au départ, et je m'enfonce un peu plus dans ma déprime."

" Ce moment mérite tout plein d'adverbes."

" Jenn se penche dans le frigo et trouve un sac de mini-carottes préparées, sélectionnées, lavées, miniaturisées, désinfectées, antibactériennes, douces pour les mains, blanchissant les dents et combattant la mauvaise haleine dans le tiroir de légumes."
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mardi 12 juin 2007 Le bien des miens
281247.jpgAuteur : Janette Bertrand
Note : 6/10
Commentaire: Déception. J'attendais beaucoup mieux de Mme Bertrand. Ses personnages se ressemblent tous, ont les mêmes complexes, se posent les mêmes questions... en plus, ils se répètent! L'histoire en est une bonne à la base, mais malheureusement mal rendue. Dommage.


« Germaine Maltais a fermement avisé sa progéniture : pas question de souligner son quatre-vingtième anniversaire. Elle ne veut ni souhaits, ni fête, ni cadeaux. Cette femme, mère de famille, grand-mère et arrière-grand-mère, est la présidente directeure-générale de Familia, une entreprise florissante de produits naturels bien implantée au Québec avec ses nombreux magasins et son expertise. Ayant été abandonnée à sa naissance à l'orphelinat, il ne restait à Germaine qu'un cahier de recettes de plantes médicinales trouvé dans le panier qu'une religieuse a cru bon lui remettre alors qu'elle était adolescente. À trente ans, veuve, démunie et enceinte avec deux jeunes fils, ce cahier a été sa planche de salut. Maintenant âgée de quatre-vingts ans, Germaine pense à sa succession avec un seul but : le bonheur de sa progéniture tout en gardant Familia au premier rang. Pour le bien des siens, elle est prête à tout, même aux pires stratégies et subterfuges ! Car Germaine reste persuadée qu'il est possible de cimenter les siens malgré eux, malgré leurs mésententes et malgré leur jalousie des uns envers les autres. N'a-t-elle pas réussi à monter une affaire de plusieurs millions à force de persévérance et de volonté ? Ses trois enfants, ses trois petits-enfants et ses trois arrière-petits-enfants sont pour elle ce qui compte le plus au monde et elle fera tout ce qu'il lui est possible de faire pour les garder unis. Lorsque qu'elle apprend qu'elle a une tumeur au cerveau, elle en profite pour les mettre à l'épreuve en leur mentant sur la gravité de sa tumeur. Son objectif : découvrir qui, dans sa famille, sera le meilleur pour lui succéder à la tête de Familia et, par le fait même, devenir le chef de la famille. Son mensonge sur l'imminence de sa mort en fera découvrir d'autres, beaucoup plus graves, si graves que c'est tout le clan Maltais qui se verra entraîner dans des événements, des révélations qui viendront fortement ébranler la pierre d'assise familiale que Germaine croyait, à tort, indestructible. Mais une Germaine qui mène et qui gère n'a-t-elle pas toujours le dernier mot ?»
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