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Lucie a écrit "Ça donne le goût d'y aller et d'y croire, c'est vrai." à propos du billet Printemps en automne.


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À propos de ... Saint-Jean-Pied-De-Port


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vendredi 27 novembre 2009 Compostelle, jusqu’au bout du monde : première partie
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En été 2007, je commençais quelque chose de grand et de fort, sans vraiment alors en comprendre toute l'importance : la marche du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. El camino de Santiago. J'allais de Saint-Jean-Pied-De-Port en France à Burgos en Espagne avec mon bâton de pèlerin et mon sac, et bien sûr mon amie Mélissa qui m'accompagnait. Je traversais ces 300 kilomètres de montagnes et de champs, sans me douter alors que ce n'était que le début d'une entreprise qui - j'en suis certain aujourd'hui - se poursuivrait toute ma vie.

Parce qu'il y a quelque mois de cela à peine, j'ai décidé d'à nouveau emprunter cette route. Pourquoi? Et bien il y avait quelque chose d'inachevé dans ma première expérience. Je n'avais pas vu la somptueuse cathédrale de Santiago, mes jambes n'avaient pas connu les 800 kilomètres nécessaires pour s'y rendre, mon être se souvenait et il voulait revivre le chemin. J'allais revenir, m'étais-je dit la première fois, je ne savais simplement pas quand. Et bien ce quand, j'ai fini par décider que ce serait en août 2009.

Ne vous y trompez pas, le chemin pour moi n'a rien à voir avec l'Église. Si vous avez pris connaissance de ma marche de 2007, vous le savez déjà. Les gens le marche pour plusieurs raisons, l'un pour la foi, l'autre pour le sport. Je le fais pour ni l'un ni l'autre. Je le fais pour moi, pour croire que je peux dépasser même les limites qui m'ont toujours semblées inatteignables, physiques ou mentales, et pour réfléchir, surtout, faire le point et répondre aux questions qui ne semblent avoir aucune réponse. Et, bien sûr, je le fais pour les rencontres, avec les gens mais aussi avec l'ambiance du chemin, qui est unique, distincte de tout.

Cette fois-ci, j'ai choisi de ne pas me demander d'écrire chaque jour, de ne pas traîner de calepin. Peut-être pour mieux vivre le présent, m'éloigner du quotidien au maximum. Je n'ai donc pas de journal d'étapes à vous présenter, mais je ne pouvais quand même pas passer sous silence ces six semaines si spéciales qui ont fait partie de mon « tour d'Europe ». Voici donc le récit de mon chemin, un aperçu seulement de la marque qu'il a créé en moi.

De Saint-Jean-Pied-De-Port à Burgos, revenir aux sources
J'allais refaire les 300 premiers kilomètres parcourus en 2007. La question ne s'est même pas posée : si j'étais pour marcher jusqu'à Compostelle, c'était depuis Saint-Jean-Pied-De-Port. Le 8 août, accompagné de Dominique, j'ai donc retrouvé ce village qui avait marqué ma mémoire et où je rêvais de retourner depuis la première fois où j'y avais posé les pieds. Ses toits rouges, ses ruelles étroites en dalles anciennes, ses petites boutiques, ses auberges de pèlerins, ses collines verdoyantes et ses bruits - le plus vivant, le tic du bâton de pèlerin frappant le sol. Des pèlerins convergeant de tous les coins du monde vers ce lieu-porte d'Espagne. J'étais ravi, et, comme je m'y attendais, Saint-Jean-Pied-De-Port me donnait la volonté et la force dont j'aurais besoin dans les jours à venir.

Parce que - et je m'en souvenais - les premiers jours allaient être difficiles, avec la traversée des Pyrénées et le mauvais temps annoncé. Pourtant, quand j'arrivais à Roncesvalles, après avoir parcouru les 27 kilomètres de montagnes dont j'avais les plus beaux souvenirs, j'étais loin de me sentir aussi alangui que lorsque je l'avais fait la première fois. Au contraire, je me sentais prêt à continuer. C'était un bon début, surtout que le mauvais temps annoncé n'avait pas eu lieu et n'aurait jamais lieu que par de très fines gouttelettes plus près d'une brume rafraichissante que d'une pluie torrentielle.

Je revis des villages et des lieux dont j'avais un souvenir clair. Les vaches et les chèvres perdues dans le brouillard épais des Pyrénées, le champ où nous avions manqué d'eau, la petite auberge de Larrasoaña, Pamplona, l'Alto del Perdón, la fontaine d'eau et de vin Irache, la beauté de Los Arcos ou encore de Viana. D'autres coins aussi qui subitement me revenaient à l'esprit en les voyant. Les galets posés en étages et peints de jaune, les gigantesques champs de tournesols, la première flèche jaune... Je me faisais un plaisir, à tout moment, de m'exclamer à Dominique que telle histoire s'était passée à tel endroit, et que nous avions rencontré un tel lors de cette étape X. Je m'amusais à essayer de replacer mes souvenirs en ordre, parfois surpris de rencontrer tel village avant tel autre - avaient-ils changé de place? Avais-je passé par ce même chemin la dernière fois? Malgré le meurtrissement de mes épaules par mon sac, la chaleur intense et mes muscles fatigués, je ne pouvais que sourire à l'idée de revivre tout cela, mais aussi de faire de nouvelles découvertes.

Je marchais trois jours seul, entre Los Arcos et Nájera, Dominique ayant dû s'arrêter pour donner un peu de repos à ses genoux qui s'étaient transformés en tendinites, le mal le plus connu du pèlerin après les ampoules. Nous faisions beaucoup de rencontres, plus que lorsque j'avais marché le chemin à 17 ans, la différence d'âge amoindri aidant probablement, parce qu'encore les jeunes pèlerins étaient rares. Que ce soit Cécile, une Française avec qui nous avons formé une amitié sincère, Andrea l'Italien, Louisa la Mexicaine, Gontran le Belge, Olivier l'explorateur ou encore ces deux jeunes de 17 ans, français, qui me faisaient penser à moi et Mélissa sur cette même route quelques années plus tôt, tous avaient des choses extraordinaires à dire et à faire vivre. Mais après Burgos, malheureusement, nous allions en perdre plusieurs de vu.

Au bout de ces treize jours de marche, de nouveau à Burgos deux ans après, je ne pouvais pas croire que j'avais fait, une seconde fois, tout ce chemin. C'était quelque chose d'extraordinaire pour moi, autant que la première fois sinon plus. Et surtout, j'étais impatient de poursuivre, d'aller vers l'inconnu avec Dominique qui, elle, avait déjà parcouru les prochains sentiers.

À suivre, dans un prochain billet...

En images

(1) Ça y est, c'est la deuxième fois que je marche Saint-Jean-Pied-De-Port - Burgos!
(2) Un bar pour pèlerin sur l'Alto del Perdon? Décidemment ces Espagnols... :P
(3) Paysage typique d'Espagne.
(4) Des moutons à n'en plus finir!
(5) Souriez!
(6) Hum... nous ne sommes pas les premiers arrivés à cette auberge. ^^
(7) Saint-Jean-Pied-De-Port!!!!
(8) Les vaches se reposent tout bonnement en plein milieu du chemin...
(9) La place centrale de Viana.
(10) Les pèlerins, ce sont des artistes!

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lundi 30 juillet 2007 Jour 4 - Perdu dans les nuages
Distance parcourue : 27 km
Trajet : De Saint-Jean-Pied-De-Port à Roncevaux

Fatigue, douleur, c'est ce qui décrit le mieux l'état dans lequel je me trouve présentement. Nous avons marché aujourd'hui plus de 27 km en 8 heures, comme prévu, toute pause comprise. Long, très long, mais ça en a valu la peine.

Le début de notre marche était tout à fait sublime : à travers les collines verdoyantes, on pouvait voir Saint-Jean-Pied-De-Port et les villages alentours. Les Pyrénées sont superbes, car il n'y a rien de comparable au Québec. En fait, cette chaîne de montagne est loin d'être rocheuse. Il s'agit plutôt de gigantesques collines où pousse végétation, champs et feuillus. Ces collines peuvent pourtant parfois être aussi abruptes qu'une montagne, tout en gardant leur aspect doux et vallonneux. C'est ce qui fait le charme de ces montagnes.

Plus nous montions, moins c'était beau. Simplement parce que les nuages à nos pieds nous cachaient la vue à 10 mètres, tel un épais brouillard. Pourtant, il y avait dans cette brume nuageuse un véritable spectacle. Durant le trajet en hauteur, nous pouvions facilement nous imaginer dans un rêve tellement l'ambiance et l'environnement nous semblait irréel. Et dans ce lieu étrange, nous avons aperçus des centaines de chèvres, des centaines de vaches et des dizaines de chevaux en totale liberté, nous bloquant parfois le chemin.

Après une descente d'environ 400 mètres, des mètres que nous avions montés précédemment, nous sommes arrivés à Roncevaux, notre ville destination de la journée, vers 3h00 de l'après-midi. Nous nous sommes aperçus que cette « ville » n'avait rien d'extraordinaire. Tout ce que nous y avons trouvé ce sont deux églises, deux hôtels-restaurants offrant principalement le menu du pèlerin -  c'est-à-dire une truite servi complète avec des frites - , une auberge de jeunesse, un office du tourisme et un refuge pour pèlerin, celui où nous sommes actuellement. Aucune épicerie et à première vue aucun habitant. On dirait une ville créée expressément pour les pèlerins.

Le refuge est magnifique, autant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Il est situé dans un ancien lieu de quarantaine, à ce que j'ai entendu. Toutefois, malgré sa beauté, je dois dire qu'il est très mal organisé : 2 douches pour environ 50 hommes et une heure d'ouverture tardive – c'est-à-dire 4h00 de l'après-midi – qui donna lieu à un bordel pour aller prendre nos douches, tout le monde étant arrivé en même temps. Mais sinon, ça va, même si le dortoir est énorme : près de 100 lits.

Pour le souper, ne pouvant faire à manger en l'absence d'épicerie, nous avons mangé le menu du pèlerin au restaurant situé à côté de l'office de tourisme. Des françaises assises à notre table nous ont expliqués comment manger notre poisson  entier – que j'appelais affectueusement : le poisson qui nous regarde dans notre assiette – après que nous leur ayons expliqué qu'au Québec, le poisson était normalement déjà apprêté. Ce fut un bon souper, ou devrais-je plutôt écrire dîner, si je veux m'intégrer à la culture locale.

Donc aujourd'hui, nous avons franchi la pire des étapes : la traversée des Pyrénées. Demain, nous allons redescendre une partie de l'altitude montée à ce jour. J'espère que je serai d'attaque. D'ici là, j'aurai certainement dormi vu mon niveau de fatigue. Mais avant, lecture.

En photo

Dans l'ordre de présentation :
(1) Vue des villages du haut d'un petit sommet des pyrénées.
(2) Des chèvres nous bloquent le chemin!
(3) Sur le chemin, nous avions déjà commencé à descendre vers Roncevaux, puisqu'il nous ne sommes plus dans les nuages.
(4) Notre dortoir où environ une centaine d'autres pèlerins dorment avec nous. C'est le plus grand dortoir que nous allons avoir pendant tout le voyage.

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dimanche 29 juillet 2007 Jour 3 - De Paris à Saint-Jean-Pied-De-Port
Nous sommes maintenant dans le train, un TGV, qui nous mènera à Bayonne, là où nous prendrons un autre train pour se rendre à Saint-Jean-Pied-De-Port. Nous découvrons la France : champs jaune-blé à perte de vu, boisés de feuillus, maisons et églises d'un patrimoine qui fait, pour les Français, parti de la vie de tous les jours. Un patrimoine beaucoup plus vieux et significatif que le nôtre.

Ma frousse d'hier disparait à mesure que nous nous éloignons de Paris. Il faut dire qu'elle se mêlait à une toute autre émotion : je n'ennuyais de mon monde. Maladie du voyageur quasi-solitaire qui part pour une première fois. Heureusement que Méli est là. Quoiqu'elle dort beaucoup. Nous n'avons pas vraiment dormi la nuit passée, alors c'est normal. Je crois qu'elle a encore plus de misère avec le décalage horaire que moi.

Angoulême. Bordeaux. Dax. Bayonne.

Saint-Jean-Pied-De-Port. Enfin la ville promise! Et quelle ville! Exactement comme j'imaginais un village français : toiture de dallage rouge, murs beiges, volets, enceintes et murs de pierre, portes en bois massif. Comme un vieux Québec français, mais porté au niveau de la ville toute entière.

À la descente du train, il nous a été facile de trouver l'accueil des pèlerins, qui nous a guidé vers une auberge, ou plutôt un refuge de pèlerin : Le chemin de l'Étoile. Sympathique endroit, je dirais même magique. Des planchers de bois qui craquent, des escaliers ouverts sur le rez-de-chaussée qui monte en tournant autour des étages. On y a retrouvé d'ailleurs, dans le même dortoir que nous, un groupe de polonais que nous avions aidé pour trouver l'accueil. L'une de ses membres, parlant un peu le français, nous a présentés aux autres pèlerins de son groupe. Malheureusement, il est difficile d'imaginer une relation plus forte avec ces polonais, car la barrière des langues est dure à détruire.

Une fois installé à l'Étoile, nous sommes allés marcher dans les rues anciennes de la ville. Nous avons mangé dans un petit restaurant, moi une salade-repas délicieuse, Méli un sandwich pain baguette. Puis j'ai acheté mon bâton de pèlerin ainsi qu'un roman, Les Coloriés, car j'ai l'impression que nous aurons du temps à tuer une fois chaque étape de marche complétée. L'expérience du premier lavage et séchage manuel a été rigolote, n'étant pas habitué à une telle pratique. Mais pas le choix, car nous n'avons apporté que 2 chandails chacun, dont un que nous portons présentement.

Maintenant, il est 9h30 du soir et nous nous apprêtons à nous coucher, car demain sera probablement la plus exigeante de toutes les étapes du chemin : nous devons traverser les Pyrénées. 27 km en 8 heures. En montant 1300 mètres. Donc au lit!

P.S. : Je me souviendrai toujours de Saint-Jean-Pied-De-Port comme d'une des plus belles villes de France, peu importe si c'est exact ou non ou si j'en vois effectivement de plus belles.

Avec du recul

Les polonais dont je parle se sont arrêtés dans les mêmes auberges que nous pendant le tier du chemin. Nous avons donc noué un lien plus fort avec eux. Ils ont d'ailleurs été très généreux en tentant d'aider Méli lorsqu'elle a eu des problèmes avec ses genoux, plus tard dans le chemin.

Le Chemin de l'Étoile, l'auberge dont j'ai parlé, est un endroit très chaleureux. Les dortoirs sont petits, les hôtes accueillants et toujours prêt à aider. Il y avait cuisine, petit-déjeuner, douches, endroits pour laver le linge et sèche-linges. Je recommande ce refuge à tous les pèlerins.

En photo

Dans l'ordre de présentation :
(1) À bord du TGV, je prends une photo de ce que je découvre par la fenêtre.
(2) Une rue à St-Jean-Pied-De-Port.
(3) Sur un pont de pierre à St-Jean-Pied-De-Port.

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