Il y a plus d'un mois
Venise a écrit "Si on y croit pas, qui va y croire ! Oui, comme tu dis, et si on y était à cette croisée des chemins. " à propos du billet Printemps en automne.


À voir aussi
Le Passe-Mot
Le Pigeonographe Du Québec à Compostelle
mardi 16 août 2011 Versicolor
Cette critique est aussi publiée sur La Recrue du mois, webzine qui, tous les 15 du mois, fait découvrir le premier roman d'un auteur québécois. À visiter : larecrue.net.
 
« Cette maison, je l'avais habitée avec le souci ridicule de ne pas m'y sentir trop bien. Je n'y possédais rien, comme pour éviter qu'en retour,  les objets me possèdent et me fixent. Je voulais traverser la vie à la manière de celui qui voyage léger. Mais ce qui me revient en pleine gueule comme un boomerang, aujourd'hui, dans cette maison, c'est le poids des regrets […] ce que je comprends, c'est que de tous mes exils magnifiés, il ne me reste rien. Ni quiétude ni nouvelle vérité. Je croyais me délester; me voilà alourdi.»
 
Une histoire d'exils. Ceux qui nous conduisent en terre étrangère, où l'inconnu se mêle au connu, mais, surtout, ceux qui nous mènent ailleurs. L'ailleurs comme un temps pour redevenir uniquement soi et se redéfinir. S'en donner le temps. « L'ailleurs est une mise à jour de la personnalité, et le départ, le vecteur de cette réinvention. » Une reconsidération de soi qui, pour David, personnage principal du roman, passe par une reconquête des couleurs perdues. Au propre comme au figuré. 
 
C'est effectivement un rapport aux couleurs très intéressant que nous présente Marc Forget, les traitant comme fil conducteur de son histoire, mais aussi en nous proposant un roman diversiforme, tout autant au niveau des thématiques que des genres. Voir « couleurs » comme « diversité » : versicolor. On lira sur le voyage, sur l'engagement – avec l'autre ou avec soi – et ce qu'il y a entre les deux. La pauvreté et la maladie, le tiers-monde, puis le cinéma. L'Afrique continent, pestiférée, l'Afrique la fabuleuse, la surprenante, la grouillante. Partir. Le retour. La peine de cœur qui ne s'efface pas et l'amour qui englobe tout. L'amitié, beaucoup. Un va-et-vient entre les thèmes qui, supporté par une plume vive et efficace,  fera passer le lecteur par toutes les gammes d'émotions imaginables. Un mélange très bien maitrisé, aussi, entre  le récit, le carnet de voyage et la lettre – lettre  intercalée qui, d'ailleurs, est à mon sens l'une des plus belles réussites du texte de Marc Forget.
 
Parmi cette myriade de sujets, ceux des premières sections m'ont plu d'une manière différente. Le carnet de voyage a cet avantage de nous faire découvrir des lieux, des modes de pensées et des gens nouveaux, ici ceux du continent africain. Le talent d'évocation de l'auteur combiné à son vécu réussit sans problème à nous faire comprendre le travail d'un médecin international et à nous faire vivre l'Afrique par ses yeux. « Des instants de vérité pure avec des phrases toutes nues, monochromes. Parce que c'est ça, la vie ici. Il n'y a pas beaucoup de nuances. L'espérance de vie, c'est vingt-quatre heures renouvelables. Et la Terre continue de tourner comme de coutume.»
 
Un roman rempli de vérité qui ne démarre pas sur les chapeaux de roues, mais surprend. Certainement une belle addition à ma bibliothèque.
 
Auteur

Né en 1968, l'auteur est médecin. Il partage sa vie professionnelle entre le Grand Nord québécois, où il occupe un poste à mi-temps, et les différentes régions du globe où l'amènent les missions humanitaires. Parfois aussi, il regarde pousser les fleurs dans son jardin, à Montréal, sa ville natale. 
 
Quatrième de couverture

Après une rupture amoureuse, David Dupuis, médecin en début de pratique, décide de se lancer dans l'aventure humanitaire. Il est dépêché au Sud Soudan, où il doit composer avec plusieurs inconnues : la maladie tropicale, le manque de ressources, les tracasseries administratives, la mort aussi, quotidienne, presque banale. Mais il fait aussi des rencontres déterminantes : les Dinkas, peuple intrigant et attachant, ses coéquipiers, et surtout Erika, une ingénieure à la sensualité dérangeante, qui ébranle quelques-unes de ses certitudes. 

Pendant ce temps, Loïc Hardy, son meilleur ami, tente de trouver sa voie comme réalisateur de films. Après des années de vaches maigres, le voilà près du but. 

Blessés tous deux par les aspérités de l'existence, David et Loïc sont liés à tout jamais. Quand David revient fragilisé de son expérience africaine, Loïc veut l'aider. Il l'entraîne avec lui jusqu'aux terres australes de l'Argentine, pour le meilleur et pour le pire.

Au-delà du récit saisissant de la vie d'un médecin au Sud Soudan, Versicolor est avant tout l'histoire de leur indéfectible amitié. 

Citations

 

« Une saignée intarissable et bientôt il ne reste plus de dignité que le minimum syndical. »

 
« Le plus terrible d'une rupture qui se confirme, c'est le ton neutre qui l'accompagne. Ce moment où l'on comprend qu'on a perdu la capacité d'émouvoir l'autre. »
 
« La direction que prend ma vie forme un angle de cent quatre-vingts degrés avec ce que j'avais planifié en venant ici. »
 
« - Bonjour! Ça va bien?
- Non. Ça va pas du tout. J'hésite entre le meurtre, un beigne et un café moyen avec un rebord à dérouler. »
 
« Les sourires ne sont pas comme les érections : on peut les simuler. »
 
« Mon tourisme se fait à l'intérieur des gens. Au propre et au figuré.»
 
« Dans ces moments, je songe à Dieu. Je n'y crois pas, mais quand je serai sur le point de mourir, je sais que je changerai d'avis.»
 
« Dorénavant, entre le noir et le blanc se décline une infinité de gris. Souris. Cendré. Argent. Ardoise. Gris de lin. Gris perle. Anthracite.
Bibliographie
Versicolor
Marc Forget
XYZ, 2011
244 p.
8/10
Argentin. Grisâtre. Gris soleil. Gris bouleau. Gris balbuzard. Gris des feuilles sessiles et gris de leurs nervures. Gris du soir et gris du jour. De monotone, le gris est devenu un compagnon agréable.»
 
« Continuer sa vie, c'est aussi ça : accepter que le passé ne meure jamais complètement. »
 
« J'ai laissé de grands bouts de ma vie dans ses rues. Des pelures d'homme. »
 
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dimanche 15 mai 2011 Bacalao
Cette critique est aussi publiée sur La Recrue du mois, webzine qui, tous les 15 du mois, fait découvrir le premier roman d'un auteur québécois. À visiter : larecrue.net.
 
Lors d'un beau jour d'été, la vie de Vincent, professeur de lettres dans un lycée privé,  se voit chamboulée par un bermuda : un pantalon fièrement porté par Ayrton, qui, sans le vouloir – du moins on le suppose –, ensorcèle l'enseignant. L'homme et le garçon commencent alors un jeu de séduction voilé, relation inversée où le désir côtoie de près l'illusion, entre innocence et fanatisme, qui les mènera tous les deux sur une île du Portugal où les sentiments de l'un affronteront le détachement de l'autre.

Le premier mot qui me vient à l'esprit pour débuter ce commentaire : paradoxe. Oui, paradoxe, car je pourrais décrire Bacalao comme une lecture légère, rapide – un passe-temps d'été – pour la simplicité de l'histoire et l'ambiance générale plutôt frivole du roman. Mais je pourrais aussi parler d'une lecture difficile, car elle s'articule autour des thèmes de la dépendance affective et de la manipulation, des sujets  qui nous touchent tous à différents niveaux. Ce que l'on en retire dépend finalement de l'état d'esprit dans lequel on se trouve lorsque l'on aborde ce roman qui se lit d'une traite.

Une chose est sûre : Nicolas Cano nous propose une belle histoire, certes simple mais remplie de vérités. La vérité homosexuelle des rapides regards en coin vers un homme qui nous plaît, la vérité des longues heures d'attente devant le téléphone ou encore des faux espoirs. Je me suis peut-être un peu reconnu en Vincent. Dans sa naïveté amoureuse.  Car Bacalao est beaucoup une histoire de naïveté et de manipulation, qu'on ne sait trop si consciente ou non, ou si elle est induite par l'aveuglement de Vincent, le personnage principal, ou les jeux d'Ayrton, son amant. Même si on comprend mal Vincent de ne rien voir, on le lui pardonne, et on espère que la chute ne fera pas trop mal. Cano crée en effet un personnage attachant dont on aime suivre l'histoire. J'aurais d'ailleurs été curieux de voir Ayrton mis à l'avant-plan pour un chapitre, question de mieux comprendre ses intentions et ses agissements, et pour le plaisir d'explorer plus profondément sa vie.  Mais peut-être le roman aurait-il alors perdu sa force de frappe : pour comprendre ce qui vit le personnage principal, peut-être valait-il mieux se retrouver dans la même situation que lui, c'est-à-dire dans l'incompréhension totale des attentes et des objectifs de celui qu'il aime.

Outre cela, l'écriture imagée de Nicolas Cano, empruntant parfois à l'humour – comme le montre la première phrase du roman  – « Il est sans doute absurde de vouloir devenir un bermuda alors que l'on est en train de commenter le premier roman moderne de la littérature française» – m'a beaucoup plu. Un ingrédient essentiel, pour équilibrer le fond plus sérieux.

Bref, je ne peux que remercier l'auteur de m'avoir si généreusement envoyé outre-Atlantique son roman qui m'a fait passer un bon moment de lecture, et m'a rappelé – car j'en ai senti l'essence dans chacun de ses mots  – qu'il ya bien longtemps que je n'ai mis les pieds dans son cher pays.
 
Auteur

Nicolas Cano vit à Lyon où il est expert en art. Bacalao est son premier roman.
 
Quatrième de couverture

Le nouveau ouvrit son sac et sortit son exemplaire de La Princesse de Clèves qu'il posa sur la table, puis il étendit ses jambes et se mit à regarder Vincent, la bouche entrouverte.

Vincent Bergès est professeur de lettres dans une école privée. Avec le temps, il s'est habitué aux sortilèges de ceux que son amie Hélène appelle ses garçons à risque.

Mais lorsque Ayrton fait irruption dans la salle de classe, Vincent comprend qu'il va souffrir. Commence alors une étrange histoire de fascination et de désir.Mais celui qui décide n'est pas celui qu'on croit.

Bibliographie
Bacalao
Nicolas Cano
Arléa, 2010
138 p.
7.5/10
Ayrton, avec sa passion du foot, ses mouvements d'humeur et son naturel désarmant, va bouleverser la vie trop réglée de Vincent, jusqu'à l'entraîner à Madère, son île natale, pour les vacances de la Toussaint. Mais l'éloignement, le soleil et la mer ne suffiront pas à préserver la pureté de cette rencontre.

Vincent tombera-t-il dans le désarroi de Mme de Clèves, dont chaque année il commente la grandeur du renoncement ?
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vendredi 15 avril 2011 ZIPPO
Cette critique est aussi publiée sur La Recrue du mois, webzine qui, tous les 15 du mois, fait découvrir le premier roman d'un auteur québécois. À visiter : larecrue.net.
 
«C'est en voyant la barbarie frapper aux portes des cités […] que nous avons fini par écrire la fiction des jours où nous finirons peut-être par abdiquer. Tous gestes, toutes paroles, toutes libres pensées doivent être portées et saluées. Toujours. En tout temps. »

Voila qui dit tout. C'est parce qu'ils vivent en un temps où, chaque jour, les droits de l'homme – leurs droits  –  perdent du terrain que Mathieu Blais et Joël Casséus ont écrit ZIPPO, réaction vive et imagée aux démonstrations concrètes de violence, d'intolérance et de censure qui ont rempli l'actualité ces dernières années. Des inspirations – les manifestations de Gênes en 2001 ou de Toronto en 2010 – et des intentions  –  dépeindre l'urgence d'agir – qui expliquent parfaitement l'essence du roman et son univers apocalyptique.

Villanueva, ville-univers fictive, située dans le temps à quelques années seulement de notre propre époque, sert le propos des deux auteurs. Pendant qu'un important sommet économique s'y prépare, une étrange peste semble envahir les quartiers pauvres et malfamés. Si les pornoputes disparaissent les unes après les autres, les démunis sont regroupés dans des quartiers désaffectés où s'érigent des clôtures de fer. Les chiens des sans-abri sont brûlés, les commerces d'immigrants détruits à grand coups de cocktails Molotov. Les personnes âgées sont également laissées à elles-mêmes, les médecins et les infirmières ne se présentant plus dans les résidences et le chauffage et l'eau leur ayant été retirés. Des camions collecteurs parcourent les rues accompagnés de la police pour récupérer les cadavres. Et voila qu'on annonce qu'un météore fonce sur la terre.

Un récit, vous l'aurez compris, loin d'être optimiste sur notre avenir en tant que société, mais remarquablement bien construit. En mettant en scène un holocauste moderne dans un monde très près du nôtre, Mathieu Blais et Joël Casséus nous forcent à réfléchir : que donnerait une humanité qui abdique devant de tels évènements? En effet le livre ne raconte pas en soi une histoire de fin du monde, mais l'histoire de la fin d'un monde tel que nous l'avions espéré et imaginé : liberté, égalité, fraternité. Il le fait crûment, sèchement, provoque le malaise; la lecture est loin d'être confortable. Mais même si certains passages peuvent être rudes à lire, voir difficiles à accepter, je n'ai jamais, durant toute ma lecture, remis en question le choix de style qu'on fait les auteurs. En choisissant la sueur, le sang et l'hypocrisie humaine, ils se sont donné toute la puissance d'écriture dont ils avaient besoin pour passer leur message et  exprimer, aussi,  le vide qui sépare les révolutionnaires de ceux qui suivent sans rien dire.

En plus de cette force dans le fond, ZIPPO se démarque également par sa forme. Son rythme, saccadé, est un constituant aussi primordial que l'est son discours, car il ne fait pas que le soutenir, il le personnifie, l'incarne complètement, comme un flot de polaroids qui nous seraient jetés au visage. Les dialogues, qui se confondent avec le reste du texte, imitent la cadence naturelle des pensées et rappellent parfois l'écriture automatique – on le croirait si ce n'était de la maitrise parfaite que semblent avoir les auteurs sur leur texte. Une poésie, finalement, un souffle de fin du monde qui renverse : « Sur le sol, il y avait des bouteilles vides. Des mégots de crache-poumons. Un livre de Thompson. Un répondeur qui clignotait. Des sous-vêtements féminins. Autant de points à relier qu'il y avait de matière vide entre eux. Autant d'indices que d'absence. » Pas besoin d'être en accord avec les idées véhiculées par les deux auteurs pour apprécier la puissance de leurs mots.

À se rappeler toutefois, ZIPPO ne se lit pas en prenant un café. On le lit les trippes nouées, avec un goût de métal dans la bouche. Mais on le lit. Du moins, c'est ce que je vous conseille vivement de faire.
 
Quatrième de couverture

Dans une ville nord-américaine d'un avenir pas si lointain se prépare un grand sommet économique que le journaliste-militant Nuovo Kahid est chargé de couvrir. Quand l'économie va, tout va, dit-on. Mais les pornoputes disparaissent, les autorités se durcissent, les clochards claquent des dents et la ville tombe en ruine. Par-dessus le marché, une comète fonce sur la terre. Avait-on vraiment besoin de ce caillou sidéral pour annoncer sans crainte de se tromper que la première heure de la fin du monde avait déjà sonné?

Polar noir d'une écriture sèche comme des rafales d'automatiques, ZIPPO est le roman de la nouvelle gauche québécoise, une gauche ouverte sur le monde, informée, informatisée et peu encline au romantique. Mais… La désillusion parcourt les pages de ce livre comme un indicateur de civilisation alarmant. Car les protestataires prennent de l'âge et redoutent ce moment où, vaincus, ils devront rentrer dans le rang pour rejoindre leurs aînés, ces vautours qui se sont engraissés sur le cadavre du monde.

Quelques citations

« […] nous avons fini par écrire la fiction des jours où nous finirons peut-être par abdiquer. Tous gestes, toutes paroles, toutes libres pensées doivent être portées et saluées. Toujours. En tout temps. »

« Une fleur sur un tas de merde.»

« Kahid ouvrit les yeux comme d'autres s'ouvrent les veines.»

« Sur le sol, il y avait des bouteilles vides. Des mégots de crache-poumons. Un livre de Thompson. Un répondeur qui clignotait. Des sous-vêtements féminins. Autant de points à relier qu'il y avait de matière vide entre eux. Autant d'indices que d'absence.»

« Les neufs cravates les plus puissantes vont se réunir dans la métropole, poursuivit-il. La première cravate de la Russie y sera aussi.»

Bibliographie
ZIPPO
Mathieu Blais et Joël Casséus
Leméac, 2010
135 p.
8.5/10
« La norme, maintenant, c'était ça. Une absence de rêve, de vie. Une aphonie.»

« Il avança. Tomba face à face avec un homme vêtu de kaki. Ses réflexes ne suffirent pas. La rafale de tech9 qui lui arracha le visage, elle, suffit amplement. »

« On ne naît qu'une fois et la plupart du temps, c'est horrible. »
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mercredi 16 mars 2011 La Recrue du mois - Joanne Rochette
Le numéro de mois de mars est en ligne! Notre recrue ce mois-ci : Joanne Rochette avec Vents salés.
 
Au menu également : Anaïs Barbeau-Lavalette, Magali Sauves et Lucie Lachapelle en repêchage, ainsi que nos chroniques Jeunesse, Poésie et Littérature hors-Québec!
 
C'est par ici, comme toujours : larecrue.net!
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mardi 15 février 2011 L'Évangile selon Taura
Littérature québécoise
Auteur Jimmy Lalande
Éditeur Marchand de feuilles
Parution 2010
Nombre de pages 390
Note 3 / 10
Cette critique est aussi publiée sur La Recrue du mois, webzine qui, tous les 15 du mois, fait découvrir le premier roman d'un auteur québécois, et encore plus!







Commentaire

Taura est archiviste au Vatican. Parce qu'il aimerait prouver l'existence de Dieu, il profite de sa position pour rassembler des textes jamais dévoilés par l'Église catholique et qui prouvent… l'existence du diable. Selon lui, prouver l'un revient à prouver l'autre. Son recueil, qu'il nomme l'Évangile selon Taura, pourrait – c'est ce qu'il croit  –  sauver l'humanité du retour de Lucifer sur terre. Mais pour le publier, il doit convaincre le pape du bien fondé de sa mission.

Je ne vous dévoilerai pas si Taura réussit à convaincre le pape, mais vous dirai que l'auteur, lui, ne m'a pas du tout convaincu. J'ai été extrêmement déçu par son roman. Je dirais même frustré. C'est que je m'attendais à tellement plus. Plus de réflexions, plus de sérieux, plus de recherche, quelque chose de pratiquement philosophique, peut-être même une sorte d'essai camouflé en roman. C'est loin d'être ce que nous propose Jimmy Lalande. L'évangile selon Taura ressemble plus à un recueil de récits fantastico-merveilleux remplis d'interminables descriptions de chevaliers valeureux affrontant des monstres diaboliques qu'à une thèse sérieuse sur la question fondamentale de l'existence de Dieu. Au fond, je ne peux donc m'en prendre qu'à moi-même de ne pas avoir lu convenablement la quatrième de couverture.

Si les textes m'ont déplu par leur absence de style et leur coté très scolaire – un ou des héros, trois péripéties, quelques créatures et un ou deux objets magiques :  je me suis cru de retour à l'école primaire  –, la structure du roman m'a tout autant  ennuyé. J'aurais préféré que l'auteur s'attarde sur l'histoire de Taura plutôt que sur les chapitres de son soi-disant évangile, qui composent l'essentiel du bouquin. En ce sens, je lui aurais attribué, au mieux, le titre de recueil de nouvelles plutôt que celui de roman. Des nouvelles, au demeurant, remplies de clichés et bien peu crédibles : des textes anciens pourtant écrits à la façon d'un conte médiéval contemporain où de grands rois ennemis se rencontrent sans la protection de leurs gardes ou dans lesquels les démons agissent sur le monde d'une façon aussi subtile qu'un Hummer. On comprendra le personnage du pape s'il n'y croit pas.

Finalement, j'ai été dérangé par plusieurs commentaires présents dans L'Évangile selon Taura. Même si je ne peux vraiment les associer à l'auteur, ces idées plutôt conservatrices ont souvent perturbé ma lecture. Que ce soit lorsque l'on traite d'hérétiques idiots les Aztèques parce qu'ils croyaient en plusieurs dieux ou lorsque l'on dit que le seul moyen d'empêcher Lucifer de revenir sur terre est de renouer massivement avec le christianisme. Autant d'idées sectaires et dépassées qui me déplaisent toujours et qui, je l'espère, ne sont là que pour servir l'histoire.  Pour toutes ces raisons, je vous déconseille vivement la lecture de ses évangiles de Taura. Sauf si, vraiment, vous êtes fan du genre.

Quatrième de couverture

La manifestation du Mal prouve l'existence de Dieu. C'est ce que Taura, archiviste et bibliothécaire au Saint-Siège, croit. Le Diable n'est-il pas, après tout, un ange déchu qui fut chassé du paradis? Du fond des Archives secrètes du Vatican, le cardinal Taura a passé plusieurs années à colliger des lettres envoyées au Vatican qui témoignent de l'existence de Dieu. Ce recueil unique se nomme L'Évangile selon Taura. On y retrouve la missive d'une chasseuse de reliques, on se demande si c'est le diable ou les aigles qui ont mangé les moutons, on raconte comment un pape est sauvé par des prophéties, ou on rencontre une des 93 visions de Sainte-Françoise qui explique la résurrection des mortels . Quiconque aura cet Évangile en sa possession connaitra le destin des hommes et des femmes qui ont vu les forces surnaturelles et qui se sont battus farouchement afin de sauver le monde de sa perdition.

L'Évangile selon Taura est un chemin de croix où chacune des stations constitue une histoire qui démontre l'existence de Dieu.

Citations

Aucune citation.

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samedi 15 janvier 2011 L’homme blanc
Littérature québécoise
Auteur Perrine Leblanc
Éditeur Le Quartanier
Parution 2010
Nombre de pages 184
Note 8.5 / 10
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Commentaire

Rien ne m'attirait, à priori, vers la Russie, ou encore les arts du cirque. J'aurais peut-être même refusé un billet pour Moscou... jusqu'à L'homme Blanc. La force de l'écriture de Perrine Leblanc, qui tient en grande partie en son habileté à faire surgir des images et des atmosphères presque matérielles, a dès les premières pages commencé à susciter en moi un intérêt particulier pour le pays et son art fétiche. Rapidement, j'ai été absorbé par l'histoire proposée et la vie singulière de Kolia, qui, après avoir connu les camps de travail soviétiques, surmonte la misère en devenant mime – ou homme blanc.

« Kolia s'entraîna devant le miroir pendant des semaines avant de la trouver, sa grimace indescriptible, complète, composée de tout ce que le visage avait de mobile, et d'une laideur totale. […] La première fois qu'il la présenta aux spectateurs, au début de l'entrée sur le thé, deux enfants au front se mirent à pleurer si fort qu'il les entendit. Ioulia, formée pour faire rire, décrocha un instant. […] Le but d'une entrée est de faire oublier au spectateur mort de rire qu'il a eu peur, au début, et c'est en voyant les deux petits sourires, au moment du salut final, que Ioulia comprit l'essence de son art, ce qui ne peut s'enseigner à l'école des arts du cirque mais qui se vit, ou s'éprouve, sur piste, quand ton nom est à l'affiche, et qu'on pourrait nommer, avec toute la banalité du monde, la magie.»

À mon sens, cet extrait démontre exactement cette faculté qu'a Perrine Leblanc d'utiliser les mots pour en faire surgir des images claires et foisonnantes. S'il exprime ici de façon admirable ce qui compose l'âme du cirque, il fait de même en décrivant la vie de son personnage principal sous l'Union soviétique. Toute la rigidité et l'opacité de ce monde et de cette époque nous sont transmises en un style tantôt descriptif tantôt plus lyrique, mais toujours par l'entremise de lieux, d'évènements et de personnages si bien dépeints qu'on s'étonne chaque fois qu'ils soient racontés ou imaginés par un québécois.

Vous comprendrez que j'ai adoré ce premier roman, en particulier sa première partie, dans laquelle l'auteur explore le thème de la liberté et de ce qu'on en fait lorsque l'on n'y a jamais été habitué et que l'on se la voit offrir. Le thème du deuil aussi, de l'impossibilité de certains deuils, présent en filigrane tout au long du roman, mène à une fin touchante et parfaite. Parfaite, parce que je me suis dit en refermant L'homme blanc qu'il n'y aurait pu y avoir meilleure fin à son histoire.

Le roman de Perrine Leblanc se distingue en étant complètement en dehors de ce à quoi la littérature québécoise m'a habitué jusqu'à maintenant. Les recherches de l'auteur sur l'URSS et l'univers du cirque couplés à son talent indéniable pour l'écriture ont créé chez moi un intérêt véritable pour ces deux sujets, un intérêt qui perdurera au-delà du roman. Rares sont les récits qui ont eu un tel effet sur moi. Et pour cela, je remercie chaleureusement l'auteur.

Quatrième de couverture

L'homme blanc, c'est Kolia, né dans les monts K. en Sibérie orientale, élevé dans les prisons de Staline. Là-bas, enfant encore illettré s'habituant à la faim et au froid, il fait la rencontre de Iossif, un prisonnier originaire d'Europe de l'Ouest qui le prend en charge et lui donnera le goût de l'art, du français, du monde libre. Relâché des camps à la fin de l'adolescence, Kolia découvrira l'URSS des années cinquante pour bientôt intégrer un cirque à Moscou et devenir clown. Mais le souvenir de Iossif, disparu dans des circonstances inconnues, le hante, l'accompagne, comme tout son passé qui marque sa drôle de gueule et que recouvrira la blancheur du clown muet.

Dans un style où se conjuguent sens du rythme et art du détail, Perrine Leblanc déploie ici un imaginaire riche, nourri par une passion de longue date pour la culture russe, et recrée le mouvement d'une vie qui fait parler les silences et les gestes.

Citations

« Pavel était jongleur à ses heures, et sa polygamie, une déformation professionnelle. »

« L'art du funambule monté sur le câble tient dans ce contrôle subtil de soi qui relève pourtant d'une lutte très fine avec les éléments et sa propre nature; il tient surtout de la foi, dans la confiance en ce qu'on ne voit pas. »

« [Elle] répétait depuis juin que c'était pour bientôt. Mais « bientôt » mettait du temps. »

« Le corps était corrompu à l'intérieur et ressemblait à un cadavre rempli de la farce des morts.»

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mercredi 15 décembre 2010 Les corpuscules de Krause
Littérature québécoise
Auteur Sandra Gordon
Éditeur Leméac
Parution 2010
Nombre de pages 238
Note 8.5 / 10
Cette critique est aussi publiée sur La Recrue du mois, webzine qui, tous les 15 du mois, fait découvrir le premier roman d'un auteur québécois, et encore plus!








Commentaire

Sandra Gordon frappe fort avec son premier roman. Ayant déjà eu accès à son univers par l'intermédiaire de son blogue, La Cour à Scrap, je m'attendais à beaucoup de cette première publication. Et bien ses Corpuscules de Krause sont tout à fait à la hauteur de ce à quoi la bloggeuse nous a habitués.

D'abord, l'humour.  Si le style de l'auteure doit être défini par quelque chose, c'est bien son humour. Car Sandra Gordon a un esprit caustique bien à elle, et son roman s'en sert comme ossature. « Je vous appelle parce que ça m'écœure qu'on puisse torturer des animaux sous prétexte qu'on veuille faire pousser des belles fleurs achetées en spécial chez Rona, parce que ahhhh c'est donc beau des fleurs blanches et mauves, ça fite avec les meubles du patio!» C'est exactement le genre d'humour qui me plie en deux, lié à une façon de voir le monde qui me rappelle la mienne : franche, directe. J'avais rapidement une dizaine de paires d'yeux se demandant à quel fou ils avaient affaire qui me fixaient s'il m'arrivait de lire Les corpuscules de Krause dans un endroit public. Faut dire que j'en avais l'hilarité qui paraissait dans le visage avant même d'en séparer les pages.

S'il y a l'humour, il y a aussi l'écriture. La poésie d'un texte est souvent ce qui m'accroche, mais ce n'est pas ici sa qualité première, bien qu'il  n'en soit pas dépourvu. « Lucie s'était blottie dans son lit comme d'autres se jettent en bas d'un pont. » Sandra Gordon écrit d'abord et avant tout vrai. L'exemple parfait d'une écriture qui se suffit en elle-même. De par ses dialogues, ses descriptions, ses réflexions… sa plume nous représente dans notre façon de parler et de penser québécoise d'aujourd'hui – du moins celle de ma génération. Je nous ai vus, tous, dans ce roman. Et c'est franchement rafraichissant, car il y avait longtemps que je n'avais pas ressenti cela en lisant du québécois.

Seul hic, la fin,  qui m'a un peu laissé sur mon appétit. J'aurais en effet vu plusieurs autres chapitres après le dernier, éclairant les coins sombres laissés par l'auteur. Sans vouloir dévoiler quoi que ce soit, je crois que l'exercice intéressant commencé par l'auteure à la fin du livre aurait pu être développé davantage, que cette « nouvelle » histoire aurait pu être menée plus loin. Mais c'est une mince déception face au plaisir que m'a procuré la lecture des Corpuscules dans son ensemble.

En résumé,  en ouvrant Les corpuscules de Krause, je m'attendais à quelque chose de fort ; en le refermant pour la première fois, j'en avais déjà la confirmation. Maintenant que je l'ai terminé, j'espère sincèrement voir cette auteure récidiver.

Quatrième de couverture

Lucie, malmenée par son ami Geoffroy, plaque tout, quitte la ville et roule jusqu'à ce que sa voiture tombe en panne. Elle échoue dans un petit village des Laurentides et y rencontre une faune locale avec ses habitudes qu'elle mettra un certain temps à apprivoiser. Grande lectrice de l'écrivain Korsakoff, elle le rencontrera par hasard alors que le romancier, alcoolique fini, fait le tour des bibliothèques municipales de la région pour y dérober les exemplaires de ses livres et les brûler en plein air, dans une sorte de fournaise expiatoire. Mais l'écrivain cache un secret que Lucie finira par découvrir tandis que son passé la rattrape.

Les corpuscules de Krause est l'enfant naturel qui serait né des semences de Réjean Ducharme et Charles Bukowski pendant le tournage d'une comédie de situation. Lecteurs politiquement corrects, abstenez-vous.

Citations

« Pat avait réussi à convaincre Lucie d'aller jusqu'au bout de leur entreprise caritative, tant qu'à être là , tsé. Tous deux avaient une tubulure plantée dans le bras et leur sang s'écoulait tranquillement. Lucie n'osait pas regarder. Une infirmière la complimenta.

-   T'as un bon débit, ma belle.

-   Ouin.  »

« Ça prend juste un bâtard comme toi pour venir fucker l'chien. »

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lundi 15 novembre 2010 Éteignez, il n’y a plus personne
Littérature québécoise
Auteur Louise Lacasse
Éditeur VLB
Parution 2010
Nombre de pages 174
Note 6.5 / 10
Cette critique est aussi publiée sur La Recrue du mois, webzine qui, tous les 15 du mois, fait découvrir le premier roman d'un auteur québécois, et encore plus!







Commentaire

Avec Éteignez, il n'y a plus personne, j'ai souvent eu envie de remettre ma lecture à plus tard et de poser précipitamment la tête sur l'oreiller. Je me suis inventé des excuses, aussi, pour ne « pas avoir le temps » de lire. Tien, quelle est cette nouvelle série à la télé? Comme je suis fatigué! Bon sang, où ais-je mis ce livre!? (Quand même pas!) C'est que, malgré que j'aie vraiment essayé d'apprécier, et malgré le prix Robert Cliche qui aurait dû vouloir dire quelque chose, j'ai, en fait, trouvé ce roman d'un ennui déconcertant. 

D'abord, c'est le style qui m'a donné envie de reculer. Pas qu'il n'y en ait pas, au contraire, ou qu'il soit épouvantable, mais je pense simplement qu'il ne me convenait pas, et cela a rendu ma lecture difficile. J'accrochais sur les redondances, m'enfargeais dans les descriptions à n'en plus finir, me perdais dans les parenthèses de vie… si bien que le livre m'a semblé, au final, assez lourd. Lourd et répétitif! Oui, le Village-des-Rangs est vide de monde, le quincailler y est aussi chauffeur de taxi, agent d'immeuble, patenteux, etc., etc. Oui, ok, l'hiver dure dix mois. Oui, il vente, il neige, il tempête, oui on gèle, oui l'humidité fait craquer les os, oui, oui, on le sait qu'il n'y fait jamais beau! On le sait que tout est pire que pire dans ce village près du fleuve, surtout après cinquante pages, après le premier chapitre en fait : pas besoin d'en rajouter à chaque paragraphe! Cela m'a franchement agacé, et j'ai fini par sauter méthodiquement ces commentaires rabat-joie. 

Si le style m'a donné du mal, au moins aurait-il fallu que les personnages m'accrochent un tant soit peu. Ce ne fut pas le cas, malheureusement. Je ne les ai trouvé ni attachants ni intéressants dans leurs petites vies de villageois et de citadins, je ne leur ai découvert aucune âme. Bien que j'aie bien aimé le flot des chapitres passant d'un personnage à l'autre, je n'ai eu aucun plaisir à en apprendre plus sur eux. Par contre, le narrateur m'a parfois surpris – je n'ai pas détesté qu'il dirige de temps à autre son attention vers le lecteur -  et l'humour parfois absurde de l'auteure m'a décroché quelques sourires. « […] précisons que les précipitations se présentent principalement sous forme de neige étant donné ce que nous avons dit plus avant et que nous préférons ne pas trop nous contredire.»

Bref, Éteignez, il n'y a plus personne a été une déception. J'en attendais beaucoup plus du Robert Cliche de l'année.

Quatrième de couverture

Dans ce roman singulier aux personnages inquiétants mais pittoresques, les destins se croisent de manière on ne peut plus inattendue. De New York au Village-des-Rangs, dans une région désolante et sans avenir, on suit Marie Cogère qui revient passer l'été dans la maison familiale afin de liquider ce qui lui reste de patrimoine, Lolita qui tente sa chance sur un cargo après avoir abandonné ses jumeaux à Pedro, un serveur paumé, la famille Lambert dont les fils s'éparpillent qui en Patagonie, qui au Burundi, et quelques animaux dont un chien arthritique et des lapins équeutés.

Cette farandole de tranches de vie est portée par une langue truculente et si engagée dans le récit qu'elle en devient presque l'un des protagonistes. L'auteure relate ainsi les parcours des uns et des autres avec humour et ironie dans une histoire où le réalisme et la fantaisie ne cessent de s'entremêler.

Citations

« […] précisons que les précipitations se présentent principalement sous forme de neige étant donné ce que nous avons dit plus avant et que nous préférons ne pas trop nous contredire.»

« […] toute l'attention de la maman, faut-il l'excuser ou la lapider, ne portait que sur la lettre de son fils.»
(2)
vendredi 15 octobre 2010 Marie Stuart la reine captive
Littérature québécoise
Auteur Danny Saunders
Éditeur Les Éditeurs réunis
Parution 2010
Nombre de pages 366
Note 6.5 / 10
Cette critique est aussi publiée sur La Recrue du mois en repêchage, webzine qui, tous les 15 du mois, fait découvrir le premier roman d'un auteur québécois, et encore plus!








Commentaire

Premier volume de la collection Les reines tragiques des Éditeurs réunis, Marie Stuart la reine captive  se veut un « roman historique avec une touche romanesque » sur celle qui régna sur l'Écosse de 1542 à 1567. Loin d'avoir eu une vie facile, la reine catholique devra affronter ses adversaires protestants durant toute la durée de son règne. Heureusement, elle sera soutenue par sa dame de compagnie principale, Charlotte Gray – ici s'insère le côté romanesque du bouquin–, à travers toutes les épreuves que lui apporteront la royauté. Jugée dangereuse pour le trône anglais, car considérée comme unique descendante légitime du roi Henri VIII par les catholiques, elle sera détenue prisonnière par sa cousine la reine Élisabeth Ire pendant dix-neuf longues années, qui se termineront par sa décapitation en 1587.

Très intéressé par l'Histoire, plus particulièrement par la période de gouvernance des rois et reines Tudors et de Marie Stuart, je dois admettre que mes attentes étaient très hautes face à ce titre impressionnant. Je me rappelais les images de films et de séries télévisées tels Elizabeth, l'âge d'or ou Les Tudors, m'attendant à y retrouver la même splendeur et la même force que j'avais tant aimées chez ces derniers. Mais j'ai été fortement déçu. Non seulement le style qui aurait permis de porter la beauté et le charme auxquels je m'attendais n'y était pas, mais plusieurs autres détails ont chicoté mes méninges de lecteur.

D'abord, le roman est rempli de lacunes syntaxiques et orthographiques, plus particulièrement au niveau des temps de verbes. L'auteur saute fréquemment du passé au présent ou encore du futur au passé sans raison aucune, et cela a heurté et arrêté à plusieurs reprises ma lecture. J'en suis même venu à me demander si le texte avait été relu avant d'être publié.

Outre ces problèmes au niveau orthographique, j'ai aussi parfois trouvé un peu brusque l'écriture de Danny Saunders. Irréaliste de par sa rapidité à certains moments, il m'a laissé un sentiment d'inachevé. En fait, le mot qui me vient en tête est « patchwork » : j'ai reçu Marie Stuart la reine captive non pas comme un roman historique ou comme l'Histoire romancée, mais comme une biographie « patchée » de romanesque. Un mélange maladroit entre un livre d'histoire et un roman, comme si on avait ajouté une histoire à l'Histoire vite fait pour se munir du titre de roman historique. Si on se perd dans les détails des portions biographiques, les parties « roman » m'ont paru incomplètes, brouillons. Même si cette impression a diminué quelque peu dans les derniers chapitres du livre – ou peut-être est-ce moi qui m'y suis habitué? –, ce n'est rien pour nous faire oublier la maladresse initiale de l'auteur. À la limite, j'aurais préféré que Danny Saunders nous présente une biographie directe de Marie Stuart, plutôt que d'y retrouver ces extraits « romanesques » mal insérés.

Le côté historique, heureusement, aura en partie sauvé cet ouvrage à mes yeux, le sujet m'intéressant assez pour que j'aie envie de connaître les derniers détails sur la vie de la reine d'Écosse. Comprenez bien que je ne veux pas non plus dénigrer totalement le travail de Danny Saunders : la substance y est. Mais je crois qu'il aurait beaucoup gagné à retravailler son texte avant sa publication.
 
 
(8)
vendredi 15 octobre 2010 La Recrue du mois fait peau neuve!
Ça y est! Après plusieurs mois de travail, l'équipe de la Recrue du mois est fière de vous présenter leur tout nouveau site! Non seulement c'est une nouvelle peau (merci à Marsi pour le logo et les conseils!), mais c'est aussi un nouveau concept : la Recrue devient un webzine! Bien sûr, notre mission est toujours d'offrir une vitrine aux premières oeuvres littéraires québécoises, mais nous toucherons maitenant plus large avec nos chroniques poésie, bande dessinée ou encore jeunesse! Plus de repêchages au rendez-vous également. Alors, impatients de découvrir notre nouvelle vitrine? C'est toujours à la même adresse!
 
larecrue.net
(2)
lundi 19 juillet 2010 La Recrue du mois de juillet
Oula, je ne suis plus la game moi là! Je n'ai pas fait mon devoir, celui de vous rappeler que c'était le 15 la semaine passée, et que c'était jour de Recrue! Ce mois-ci, découvrez Comme si de rien n'était de Maxime Collins, ici, à La Recrue du Mois!
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mercredi 16 juin 2010 La recrue du mois de juin
Hier, c'était le 15 du mois! Découvrez Fol allié de Patrick Dion sur le blogue de La Recrue du Mois. C'est par ici : http://www.larecrue.net
(0)
vendredi 21 mai 2010 Les jérémiades - L’enfance, l’amour, et Ridge Forester
Littérature québécoise
Auteur Simon Boulerice
Éditeur Les éditions Sémaphore
Parution 2009
Nombre de pages 152
Note 8.7 / 10
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Présentation de l'auteur

Simon Boulerice est un casanier qui sort un soir sur deux au théâtre. Il aime danser dans sa cuisine sur des musiques variées. On ne lui a rien appris. Néanmoins, il a étudié en littérature (Cégep de Saint-Laurent et UQAM), puis en interprétation théâtrale (Cégep de Lionel-Groulx). Il écrit pour le théâtre depuis quelques années (Qu’est-ce qui reste de Marie-Stella?, Simon a toujours aimé danser) et vient de signer une nouvelle mise en scène de Sainte Carmen de la Main de Michel tremblay. Les Jérémiades est son premier roman.

Commentaire

À neuf ans, Jérémie, qui peine à se faire des amis à l’école et se fait appeler « l’audacieuse »,  passe ses soirées à écouter Top Modèle. En fait, il rêve que Ridge Forester « vienne [lui] faire violemment l’amour »... enfin, autant qu'un enfant peut rêver à ce genre de choses.  Parce que les promenades dans les allées des papeteries lui donnent des frissons de bonheur, il y achète du papier à lettre qu’il utilise ensuite pour corresponde avec les lectrices de Fille d’Aujourd’hui.  De plus, il s’est fait sauver la vie par un bâton de Revello, et s’apprête à devenir contrebandier de friandises. Il n’est donc pas ignorant, oh non! Il a du vécu. « J’étais hautement mature : […] j’aimais le vieux rose plus que le rose fuchsia.» Un jour, à la récréation, un adolescent roux l’interpelle : « Tu es tout seul, petit bonhomme?». À travers les losanges de la grille qui ceinture la cours, les deux enfants font connaissance. « Mon cœur avait cessé son travail. Le paresseux! Le fainéant! Que fais-tu? Qu’attends-tu pour battre? » C’était Arthur. Et c’était son futur amant.

Dérangeant? C’est la question que je m’étais préparé à me poser – ayant lu la quatrième de couverture  – et que je me suis posée tout au long du roman. Et que je me pose encore. En effet, je n’arrive pas à le déterminer. L’amour entre deux hommes certes, mais entre un jeune garçon de neuf ans et  un adolescent de quinze ans? Est-ce crédible? Est-ce obscène? Est-ce seulement possible? Je ne sais pas. Mais pas une seule fois en lisant Les jérémiades je n’ai douté du naturel de la relation des deux personnages, de la sincérité de leurs sentiments. C’est beau en fait. Je ne dirais pas que c’est mignon, l’écriture de l’auteur n’est pas innocente. Mais c’est réaliste. Alors quoi, un tel amour, ça se peut? Dans l’univers de Simon Boulerice, oui, et grâce à lui, je n’ai aucune peine à l’imaginer dans le nôtre. En fait, je retire ce que j’ai dit : ce livre n’est très certainement pas dérangeant. Il est éclaté, tout au plus, poignant, mais pas dérangeant.

Même qu’il est touchant. Car, s’ils sont jeunes, cela ne les protège pas des revers de l’amour. Dans ce cas, c’est même plutôt le contraire. Je ne peux pas aller plus loin dans les détails sans révéler une partie importante de l’histoire, mais je vous conseille de ne pas trop vous attendre aux friandises et aux fleurs. L’histoire chavire, et ce moment m’a torturé les entrailles – noté que si j’utilise les mots « torturé » et « entrailles » dans la même phrase, c’est que, vraiment, c’est venu me chercher et pas qu’un peu. C’est autant le récit imaginé par l’auteur, sa façon de rendre réel ses personnages et leurs sentiments, son écriture… tout s’est lié pour me bouleverser alors que je ne m’y attendais pas. Je ne sais pas si Les jérémiades a le même effet sur tous les lecteurs ou si c’est très personnel, mais il y a là quelque chose. Quelque chose qui, à mes yeux, élève au dessus des mots le talent de Simon Boulerice.

Tout cela, c’est entre autre dû, comme je l’ai mentionné, à la force des personnages, en particulier celui de Jérémie, qui est aussi narrateur. Beaucoup de sa puissance vient des nombreuses références au cinéma dont nous fait part l’auteur. Que vous soyez un cinéphile assidu ou, comme moi, un consommateur modéré de bobines, cela n’a pas beaucoup d’importance, car dans tous les cas, ces références nous permettent de comprendre la personnalité de Jérémie.  Celui-ci ne fait pas que se référer au cinéma, il joue le cinéma. Constamment, avec lui-même, en prenant des rôles de grands, d’amoureux transis, de désespérés. S’il est triste, sa tristesse devient acté, il l’alimente, la dirige, pour qu’elle devienne cinématographique.  « Le cinéma était déjà mon domaine». Pour lui, les grands moments du cinéma sont des fins en soi, des absolus. Et toute sa vie est balisée par ceux-ci, qu’il aime reproduire. Mélodramatiquement, la plupart du temps. Cela donne un personnage riche et pas ennuyant du tout.

Bref, Simon Boulerice a su prêter avec brio les thèmes de l’amour et de l’homosexualité à son univers gouverné par un gamin de neuf ans. Sans que ça cloche. Et je me demande d’où lui est venue l’idée. Si j’avais la chance de l’interviewer, ma première question serait donc  « Pourquoi cette histoire? ». Ma seconde? « À quand le prochain? ».

Quatrième de couverture

« Je n’étais pas une mouette. Les mouettes me supplantaient. Leurs jérémiades non censurées enterraient nettement les miennes. Aussi finis-je par jalouser leurs cordes vocales. Greffez-moi des cordes vocales de mouettes, que je me lamente en bonne et due forme. »

Un roman d’amour atypique entre un gamin de 9 ans et un adolescent roux. Les Jérémiades, c’est l’autopsie d’une passion dévorante qui habite un enfant éperdu d’amour et d’absolu.

Citations et extraits

« Les choses ont changé : les organes génitaux de Ridge Forester sont d’un grand intérêt dans ma vie.»

« Je n’étais pas innocent, car je connaissais tout de la vie. J’avais vu tant de films américains. »

« Chaque pas dans le sens contraire de sa maison devenait un petit deuil qui s’ajoutait au précédent. »

« Arthur, tu aurais dû m’abandonner sur les grandes routes. Je ne suis pas débrouillard. Je serais mort aisément. Frappé par une voiture. Happé par un chevreuil. Mangé par des brebis. Tout aurait été plus simple.»

« Un, deux, trois, quatre, cinq, six… À dix, je meurs, OK?»
(4)
samedi 15 mai 2010 J’écris parce que je chante mal
Littérature québécoise
Auteur Daniel Rondeau
Éditeur Les éditions du Septentrion, coll. Hamac
Parution 2010
Nombre de pages 203
Note 8 / 10
Cette critique est aussi publiée sur La Recrue du mois, blogue qui, tous les 15 du mois, fait découvrir le premier roman d'un auteur québécois! Allez y lire les autres critiques de ce livre!








Présentation de l'auteur

Daniel Rondeau aime manier les mots de la langue française comme d'autres aiment savourer le chocolat. Détenteur d'une maîtrise en linguistique appliquée, il tente de propager sa passion à ses étudiants durant ses cours de français et de linguistique. Certains d'entre eux ne lui en tiennent pas rigueur. L'auteur a publié des textes ici et là. Il a remporté le prix Paulette-Chevrier 2006 pour sa nouvelle intitulée Graine de sésame. J'écris parce que je chante mal est son premier recueil de nouvelles.

Commentaire

Dans J’écris parce que je chante mal, on rencontre des couples, un ou deux suicidaires, des dizaines de barmans, au moins un cadavre, plus si on compte les vivants, un motocycliste, des voyageurs, des pères, des vieux, des jeunes, une professeure, un fou sympathique en cavale, des voisins pas toujours commodes, des hôtesses de l’air, une lofteuse, un petit gars qui confond sa grand-mère avec une boîte aux lettres, un monstre … On le fait par l’entremise de nouvelles drôles – «[…] j’avais volé un grille-pain tout chromé à la quincaillerie. Pour rien. Parce qu’une voix comme celle du nain de Fantasy Island m’a soufflé à l’oreille : " Le toasteur! Le toasteur! " » – , brutales – «[…] dans sa main s’attiédit un pistolet lourd comme un soupir, cruel outil à creuser des trous de mémoire, des trous par où les souvenirs coulent lentement vers l’oubli. À cause de la gravité.» –, belles – « Dans le corridor, une serpillière essuie les traces de pas que laisse la vie qui passe. » –, touchantes, crues, saisissantes, vraies… Et là je passe quelques qualificatifs et personnages, car c’est près d’une centaine de textes que l’auteur nous propose!

Bien entendu, pour présenter autant d’histoires sur le double de pages, il faut s’attendre à de  très courtes nouvelles. J’ai bien apprécié la diversité ainsi offerte, changer de lieu, de personnalités et de contexte aussi rapidement ne m’a pas du tout déplu. Mais ce qui est important selon moi dans un recueil où les textes sont aussi courts, ce sont les finales. Et celles de Daniel Rondeau passent le test avec brio, la plupart ont du punch, il y a toujours un fil à suivre, toujours une raison à l’histoire. Ce ne sont pas des histoires pour l’histoire. Et si par pur hasard ça l’est, alors c’est aussi pour la beauté des mots et des images.

Les thèmes abordés sont, en majeure partie, très intéressants et bien touchés. L’amour, l’amitié, les peines, les coups de poings. Les illusions, beaucoup, les déceptions. La recherche du bonheur. Un seul hic, le thème de l’alcool et l’environnement des bars qui prennent un peu trop de place à mon goût. Simple question d’intérêt, j’avais parfois envie de sauter ces pages là. Des thèmes actuels aussi, je pense en particulier à Tirer la ligne, un texte en lien avec la tuerie de Dawson. Mes préférés, pour m’avoir fait rire à pleurer : Delete, Isolement et Loft-moi. « […] des filles p’is des gars du sexe opposé dans un appartement avec plein d’objectifs fixés sur nous autres. »

Je n’ai pas détesté, bien franchement. Si Daniel Rondeau écrit vraiment parce qu’il chante mal et bien on est bien heureux de la piètre qualité de ses performances vocales. Et on lui souhaite de continuer de chanter aussi mal, pour qu’il continue à écrire aussi bien. Et nous à le lire.

Quatrième de couverture

Dans son recueil, Daniel Rondeau nous amène à la rencontre de personnages esseulés, qui, pour la plupart, ont abandonné la partie et se laissent porter par un courant de fond qui suffira parfois à les rendre sincèrement heureux. Derrière leur constat d'échec, sous cette épaisse couverture où ils s'isolent, se dessinent parfois des êtres dont la volonté de vivre dépasse des blessures aussi cruelles que banales.

Au travers de ces rencontres, se révèlent également les amours à la fois tranquilles et tumultueuses d'un narrateur que la dive bouteille finit par consoler, jusqu'à ce que le soleil se lève à nouveau.

Malgré le tragique des thèmes abordés, l'univers de l'auteur n'est jamais lourd. Son écriture est portée par une belle et grande sensibilité toute masculine. J'écris parce que je chante mal est un recueil de nouvelles saisissant, à la fois touchant et drôle.

Citations et extraits

«Le bonheur est une invention du diable pour que les gens se rendent compte qu’ils sont malheureux.»

«Je me dis parfois que les monstres sous les lits ne disparaissent jamais vraiment, qu’ils nous suivent comme une tache de naissance, et nous écoutent, nous épient, nous voient devenir adultes. Et qu’un  jour, à force de nous observer, redoutant à leur tour le monstre qu’est devenu celui qui ronfle sur l’oreiller au-dessus d’eux, ce sont eux qui s’endorment inquiets dans ce petit espace au centre du lit. »

«Kevin la trouvait vachement belle à travers ses cheveux en bataille. Martine le trouvait vachement mal habillé avec ses chaussures sales. […] Comme quoi le bonheur peut vous filer sous le nez quand on s’attend à ce qu’il soit bien sapé même les samedis matin.»

«Montréal a le nord à l’ouest. C’est peut-être pour ça que les gens sont parfois si déboussolés.»

«Ailleurs, c’est comme ici, mais ailleurs.»

«Éric tuait du temps à mains nues en regardant des voies ferrées faire semblant de se rejoindre à l’horizon. Les rails font des promesses qu’ils ne savent tenir.»

«Alors que je courais d’un flocon à l’autre, j’ai aperçu au loin la petite forme arrondie de ma grand-mère dans son manteau écarlate. À quatre pieds huit pouces, la couleur de son manteau était pour elle la seule façon de revenir de ses promenades sans avoir été happée par la souffleuse. »

« Dans le corridor, une serpillière essuie les traces de pas que laisse la vie qui passe. »
 
(2)
jeudi 15 avril 2010 Il ne faut pas parler dans l’ascenseur - Lessard enquête
Littérature québécoise
Auteur Martin Michaud
Éditeur Les Éditions Goélette
Parution 2010
Nombre de pages 393
Note 7 / 10
Cette critique est aussi publiée sur La Recrue du mois, blogue qui, tous les 15 du mois, fait découvrir le premier roman d'un auteur québécois! Allez y lire les autres critiques de ce livre!








Présentation de l'auteur

Martin Michaud habite à Montréal, mais il y a plus : il respire à pleins poumons depuis presque vingt ans multiplié par deux et mange trois repas par jour avec ce qu'il gagne comme avocat, mais il y a plus : il vit au rythme des romans et des nouvelles qu'il écrit ainsi que des chansons qu'il interprète avec son groupe rock, mais… il n'en dira pas plus !

Commentaire

Ça commence par une note de l'auteur qui nous remercie de la confiance qu'on lui témoigne et qui nous demande de laisser nos impressions sur son site internet suite à notre lecture. Pas banal du tout. Déjà, j'aime, Martin Michaud surprend. Je m'attends à ce qu'il donne suite à cette originalité dans les pages qui suivent sa préface.

L'enquête commence. Plusieurs personnages prennent formes sous les yeux du lecteur, plusieurs actes : un inconnu poignardé dans l'entrée de son domicile et ensuite trimbalé dans une BMW volée, une jeune informaticienne au passé nébuleux, Simone, qui se fait faucher en traversant la rue qui sépare son travail du café, un influant directeur d'hôpital qu'on retrouve la gorge tranchée… et le doigt. L'enquêteur Lessard, déjà à bout et sur le bord de la dépression, prend en charge chacun de ses dossiers, sans se douter qu'un lien les unit et pointe vers un seul et même individu : on ne connaît pas son nom, mais ses gestes et ses pensées nous sont révélés. Au fil de l'histoire, sa quête deviendra de plus en plus claire au lecteur. Et avec ça sa folie. 

Outre l'enquête policière, l'auteur intègre également une seconde histoire en utilisant le personnage de Simone Fortin. Après avoir subi une commotion cérébrale l'ayant plongée dans un coma, cette-dernière se réveille convaincue d'avoir passé les derniers jours avec un dénommé Miles. Or, bien entendu, elle n'a pas bougé de son lit. Bien qu'elle soit avertie que ce genre de confusion soit fréquent après un choc nerveux, Simone décide quand même de s'enfuir de l'hôpital, déterminée à retrouver Miles. Mais la question se pose : existe-t-il vraiment?

L'enchevêtrement des ces deux récits m'a au départ laissé perplexe. Après avoir tourné la dernière page, je me suis posé des questions quant à la pertinence de cette deuxième intrigue qui, au fond, ne fait pas avancer l'histoire principale. D'un autre côté, je devais admettre avoir apprécié sa présence. Pourquoi? Parce qu'elle permettait de faire une pause du nœud policier du polar. Même s'il ne manque pas de rebondissements et de suspense dans l'histoire de Simone Fortin, ses mésaventures ont permis à l'auteur – et au lecteur – de sortir de la rigidité de style et de contenu qu'impose le policier conventionnel. Un petit baume pour ceux qui ont du mal, comme moi, avec la lourdeur des romans policiers.

L'art du suspense, quant à lui, est manié à la perfection par l'auteur d'Il ne faut pas parler dans l'ascenseur. Pas un seul chapitre sans finale accrocheuse, des questions et des mystères à tout va. Un seul point m'a déçu à ce propos, mais il s'agit ici d'un goût personnel  que certains, je le sais, ne partageront pas avec moi : je déchante lorsque le meurtrier est placé comme narrateur d'un roman. C'est pour moi une faute grave qui nuit à l'imaginaire du lecteur et à l'intrigue en général. Trop d'informations qui donnent parfois lieu à certains manques de subtilité. Dans le cas présent, on explique dès le début du livre l'enfance difficile du meurtrier avec son père. Autrement dit, on en apprend sur les fondations fissurées du tueur avant même que ses actes ne commencent à nous les révéler! Néanmoins, le travail de Martin Michaud sur tous les autres plans donne une œuvre qui, globalement, est plutôt bien ficelée. 

Bref, Il ne faut pas parler dans l'ascenseur ne m'a fait ni bonne ni mauvaise impression.  J'ai aimé le choix de Montréal comme lieu d'enquête. Peut-être est-ce parce que je découvre de plus en plus cette ville moi-même et que je l'adore chaque jour davantage, mais elle m'a semblé cadrer parfaitement avec l'ambiance à laquelle on s'attend d'un tel roman. Il m'apparaît aussi que tous les éléments d'un bon polar y sont réunis. Mais, à cause de la note de l'auteur, et ayant lu ses réponses éclatées au questionnaire de La Recrue, je m'attendais à plus d'originalité de sa part. L'auteur dit lui-même avoir adopté un style  « nerveux, dépouillé et sans fioritures » par nécessité du genre choisi, soit le polar. Peut-être était-ce avisé, peut-être pas. Je suis sous l'impression que Martin Michaud a en lui, outre le talent de l'intrigue, celui des mots, celui du littéraire. Et je serais curieux de le voir signer un texte dans lequel il pourrait davantage mettre à profit cette aptitude. 

Quatrième de couverture

Imaginez... Une jeune femme lancée dans une course folle pour retrouver un homme qui, selon toute vraisemblance, n'existe pas... Un enquêteur de la police de Montréal qui tente d'élucider les meurtres crapuleux de deux hommes tués de la même manière à une journée d'intervalle... Un chasseur impitoyable qui pense que chacun doit payer pour ses fautes... Imaginez encore... Un chassé-croisé haletant qui révèle fil à fil l'effroyable lien entre ces trois destins.

Citations et extraits

«Une grosse lune écarlate naviguait dans le ciel, semblable à une montgolfière en feu.»

«Quelqu'un d'autre que moi aurait cherché des réponses dans l'ésotérisme ou le paranormal, mais je ne croyais ni aux fantômes ni à la réincarnation, encore moins aux expériences extracorporelles ou en Dieu. S'il existait, celui-là, il avait manqué de belles occasions de me le faire savoir. J'aurais d'ailleurs volontiers baisé avec le diable pour le forcer à réagir, mais Lucifer non plus n'était pas généreux de sa personne. »
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