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Venise a écrit "Si on y croit pas, qui va y croire ! Oui, comme tu dis, et si on y était à cette croisée des chemins. " à propos du billet Printemps en automne.


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mercredi 26 mars 2008 Catastrophes
Livre québécois
Gagnant du Prix littéraire des collégiens 2008
Auteur
: Pierre Samson
Note : 8.6/10
Parution : 2007
Nombre de pages : 218 pages

Commentaire 

La plus grande des Catastrophes, c'est Ivanhoé McAllister qui, un jour, en tant que critique littéraire destiné à remué les vieux livres oubliés de la bibliothèque de son éditeur pour le reste de sa carrière, décide d'écrire une fabuleuse critique sur Sueur sur le marbre, un livre magnifique... qui n'existe pas. Or la supercherie n'en restera pas là, et il devra mentir coups après coups, orchestrer son propre vol du dit livre, et même en venir à... oh non, je ne vous dévoilerai pas tout, quand même!

Le livre de Pierre Samson semble peut-être un peu lourd et complexe à lire (en considérant le nombre de mots qu'un lecteur normal doit chercher dans le dictionnaire pour tout comprendre) au premier chapitre, mais rapidement notre vision de son écriture change : on comprend qu'elle sert véritablement à l'ambiance du roman (et puis bon, je le soupçonne de vouloir nous déséquilibrer un peu au début). Ses jeux de mots, ses mots crues et ses dialogues sans queue ni tête nous font rire, parfois réfléchir, plus souvent qu'autrement nous étonne carrément.

Se voulant en quelque sorte une critique du monde littéraire, ce livre a plus d'une surprise dans son sac. Les personnages sont hauts en couleurs et leurs actions... comment dire... surprenantes? Déconcertantes? Totalement débilitantes? Quoi qu'il en soit, je vous garantie que vous ne saurez pas où s'en va le personnage avec son gros mensonge, ne prenant pas les chemins les plus ... logiques? Disons simplement les chemins les plus marchés.

Catastrophes est à lire, définitivement. Crampant. Tellement que je sais plus pour quel livre je vais voter...

Quatrième de couverture

« Que doit faire un critique littéraire si le fruit de son labeur connaît un retentissement comparable à un cri dans le désert? Ivanhoé McAllister croit avoir trouvé, sinon la solution, le baume idéal: laisser libre cours à son imagination. Or, s'il jouit soudain d'une attention aussi timide qu'inespérée, Ivanhoé doit en encaisser les dramatiques conséquences. Heureusement pour lui, il constatera qu'on se relève plus facilement de ces catastrophes si, le sort et la veulerie aidant, elles s'abattent sur autrui. Une prose aux airs faussement désinvoltes portée par une narration espiègle et des personnages truculents, voilà ce que propose Catastrophes, un roman qui décoche ses flèches sur tout ce qui scribouille, grenouille et... cafouille dans le milieu littéraire. Se reconnaîtra bien qui peut! »

Citations


" Faites-moi penser d'écrire au Grand Robert pour qu'il ajoute, dans sa forme pronominale, le verbe contrecâlisser à son répertoire de québécismes reçus. "

" Chers collaborateurs, chères trices. "

De toute façon, je suis à l'article de la mort. Pas que l'article, d'ailleurs, le sujet et le complément aussi. Me manque le verbe, mais ça s'en vient. "

" Un peuple qui oublie ses prépositions, mon jeune ami, c'est le début de la fin, vous me reviendrez là-dessus dans vingt ans. "

" -Alors la bronchite?
  - À merveille! C'est comme un amant, en moins chiant : elle m'accueille le matin et ne me lâche pas jusqu'à la nuit.
"

" Bertillon n'en mène pas large. Il sait qu'il a fait une andouille de lui-même [...] et qu'il peut dire adieu à moyenne échéance à ses subventions, parce qu'il a déshonoré la nation dans le Canada uni et ça, ça ne se pardonne pas. "

" Ivanhoé se secoue et, refermant lentement derrière le visiteur, il ne parvient qu'à articuler :
 - Tu peux sortir de chez toi?
 - Non, fait l'autre en se passant une main nerveuse dans les cheveux, c'est un voyage astral. Qu'est-ce que tu crois? 
"

Note : Ce livre est nominé au Prix littéraire des collégiens 2008. Bien que je sois jury de ce prix, cet article ne réflète en rien l'opinion des autres jurys. Je n'écris pas en tant que jury, mais bien en tant que lecteur. Mon choix final restera secret jusqu'au dévoilement du gagnant.

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dimanche 16 mars 2008 Pourquoi faire une maison avec ses morts
Livre québécois
Auteur
: Élise Turcotte
Note : 7.7/10
Parution : 2007
Nombre de pages : 125 pages

Commentaire 

Avec un tel titre, j'en attendais beaucoup de ce recueil de nouvelles. J'ai été déçu. Tous les textes se ressemblent : de longues plaintes sur la vie, de longues réflexions sur la mort, peu d'éléments intéressants. Surtout, à ne pas lire en pleine dépression. On sent bien ce que l'auteure a voulu faire avec ce livre - quelque chose qui pourrait ressembler à un manifeste de la mort de nos jours - mais je ne suis pas du tout sûr qu'elle ait réussi.

Bien sûr, Pourquoi faire une maison avec ses morts n'est pas totalement inintéressant : certains passages font réfléchir, d'autres nous en apprennent sur la mort de notre époque. La nouvelle titre, « Comment faire une maison avec ses morts », est certainement, en ce sens, la nouvelle la plus séduisante du recueil, apportant quelques faits peu banals sur la mort dans d'autres cultures. L'ensemble se tient, on peut deviner que le personnage principal est le même pour chaque texte, mais cet ensemble ne nous tient pas, nous, ne nous amène pas dans son univers. Trop de redondances, trop fade.

Je ne conseille pas ce livre, sauf si, vraiment, la mort vous passionne. Élise Turcotte a peut-être réussi à décrire la mort à la perfection, mais elle n'a pas, enfin pas selon moi, réussi à lui donner un angle qui aurait pu lui procurer un nouvel habit, une nouvelle lumière. À vous de vous faire une opinion sur le sujet.

Quatrième de couverture

« L'homo sapiens a compris depuis longtemps comment transformer la mort en symboles. On a trouvé des cornes de cervidés dans les plus anciennes sépultures. Cornes, fleurs, coquillages, outils de silex. Toute forme d'art commence avec ce récit. Mais aujourd'hui, plus personne ne sait comment faire une maison pour les morts. Et c'est chez moi que l'homme finit un jour par déposer son bouquet de lys. Dans ces sept histoires pétries dans la glaise du jour, les pieds sur le seuil du nouveau millénaire, les questions de tous les temps bourdonnent fort à nos oreilles. Ne sent-on pas qu'il y a un autre monde en sursis, craignent toujours la petite faucheuse, aujourd'hui comme il y a mille ans? Que le jardin des allongés n'a rien d'un paradis et que, en fin de compte, la mort est bien plus vivante qu'on ne le croie... La narratrice de ces histoires aide les endeuillés à comprendre l'incompréhensible, afin de faciliter le passage obligé de la mort, dans un monde engagé sur l'autoroute de la déshumanisation.»

Citations


" J'ai cherché moi-même à être ce roc contre lequel les marées se cognent sans jamais qu'il s'ébranle. Mais je sais maintenant ma propre mort bien plus certaine, bien plus entêtée que n'importe quel roc, n'importe quelle racine survivante."   

" Je dis, c'est une odeur de la mort. Celle d'un souvenir, pas celle du corps. Ni celle de la perte brute. Rien d'assez matériel. Juste un effluve de l'impénétrable."

" Si la fatigue permet un travail, c'est celui de l'errance."

" Certains disent que s'éveiller le matin est comme une petite naissance. J'envie ces gens. Pour moi, chaque matin ressemble plutôt à une petite mort. [...] Seule. J'ouvre les yeux et ne me dis aussitôt que je vais mourir. [...] Si je mets un pied par terre, tout s'enclenche [...] Je suis si fatiguée de mourir."

" Par le passé, à deux reprises, j'ai dû cacher tous les couteaux de la maison. [...] Le simple fait de regarder les couteaux de la maison comme des ennemis en dit beaucoup sur l'existence."

" C'est peut-être ça, l'approche de la mort : non pas la résurgence de tous les moments vécus, comme on l'a si souvent décrit, mais des îlots de faits non vécus sur lesquels on sautille comme des enfants jouant à saute-mouton."

" Dans la salle de bal de l'hôpital, les coursiers passent régulièrement pour mettre des petits cachets sous la langue des patients qui attendent. Je sors la langue moi aussi. Mais le coursier passe son chemin en souriant. Je lui crie : 
- Je n'ai pas le droit d'être calme moi aussi ?
"

" Aujourd'hui, le mien, mon visage, ne m'importe plus. Je pourrais le voir vissé sur un autre corps que je ne serais pas surprise."

Note : Ce livre est nominé au Prix littéraire des collégiens 2008. Bien que je sois jury de ce prix, cet article ne réflète en rien l'opinion des autres jurys. Je n'écris pas en tant que jury, mais bien en tant que lecteur. Mon choix final restera secret jusqu'au dévoilement du gagnant.

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mardi 26 février 2008 Espèces en voie de disparition
Livre québécois
Auteur
: Robert Lalonde
Note : 7.9/10
Parution : 2007
Nombre de pages : 197 pages

Commentaire 

Ce recueil de nouvelles de Robert Lalonde me laisse perplexe. À travers des métaphores et des descriptions en lien avec la nature, l'auteur veut nous raconter des histoires humaines touchant les thèmes de l'amour, de la mort, du suicide, de l'amitié, de la cruauté et de l'homosexualité. Le problème, c'est que ses textes n'arrivent pas toujours à atteindre le lecteur qui s'emmêle rapidement dans les méandres de portraits affreusement lourds sur l'environnement naturel des personnages. À toujours tout vouloir lier à la terre, au vent ou à la mer, il en oublie parfois le but du texte lui-même, qui est vraisemblablement celui de faire réfléchir.

Néanmoins, certaines histoires de Espèces en voie de disparition valent la peine d'être lues. Je pense entre autres à « Le meilleur ami de l'homme », « L'ange brisé », « L'accidenté » ou encore « Un chalet, un autre, toujours le même ». On ne peut nier le talent de l'écrivain à imaginer des personnages hauts en couleurs... ou en noirceur, et la facilité avec laquelle il peut, parfois, nous surprendre. Je crois toutefois que pour apprécier ce livre, il faut aimer lire pour lire, c'est-à-dire être en mesure d''estimer un bouquin pour son style, ses messages, sa vision ou encore son odeur. C'est ce qui, je dois l'avouer, m'a séduit des pages de Lalonde : leur portée et leur style.

N'acheter pas ce recueil pour être accroché. Ne l'acheter pas non plus pour vous en reposer, car sa lecture demande de l'attention, de la réflexion. Si vous l'achetez, faites-le dans l'optique de vous y attarder et de savourer quelques histoires d'humanité.

Quatrième de couverture

« Se cachent, au fond de chacun de nous, des histoires. Parfois, elles s'éveillent pour nous rappeler l'existence d'êtres d'exception. Des êtres issus de notre passé, de notre enfance, ou de plus loin que nous encore, qui savent mieux aimer, mieux vivre, mieux mourir que nous ne le pourrons jamais. Toute une humanité nous habite, qui nous semble à la fois plus vraie que l'autre, et plus fragile aussi, espèces en voix de disparition. La plupart de ces nouvelles révèlent de telles histoires cachées. Chacune met en scène des êtres irremplaçables. Un père qui disparaît au fond de la rivière avant la naissance de son fils, un ange déchu qui enflamme un groupe de jeunes voyageurs, une femme qui donne à un peintre la force de mettre une oeuvre au monde, un enfant dont un couple a refusé la venue, un autre couple, au seuil de la mort, qui se découvre toujours hanté par le désir. Chacune de ces nouvelles est une plongée vers l'humanité qui se cache derrière le quotidien, une échappée vers la part la plus vivante de nous. »

Citations


" - Tu dormais?
  - Non. Je m'exerçais.
  - Tu t'exerçais à quoi?
  - À être mort. Ça vient pas naturellement, faut s'entraîner."


" Flotter avec la terre et les autres étoiles dans le ciel, si tu savais comme j'ai hâte !"

" T'as bien raison, va! Vas-y, hurle, engueule le cosmos, mon vieux! C'est tout ce qu'il mérite !"

" La vie est un mystère, crevé de petits trous par où se faufilent la peur, l'espérance, les malentendus..."

" Quelle étrange place nous tenons dans l'univers, où nous sommes à la fois indispensable et de trop..."

" C'est que nous n'osons pas, ouvertement, avoir besoin les uns des autres."

" Et si rencontrer l'autre franchement c'était d'abord se dépouiller soi-même de sa propre histoire, dangereusement engagée dans la vision commune, cette fausse aventure commencée sous le regard de ceux qu'on appelle des adultes, les grands, qui ne savent pas, qui veulent notre bien et qui ne trouvent rien d'autre à nous offrir que ce destin de suiveur sur un chemin tout tracé?"

" L'eau est la grande mémoire, le réceptacle mouvant et muet des souhaits indicibles et des terreurs irraisonnées."

Note : Ce livre est nominé au Prix littéraire des collégiens 2008. Bien que je sois jury de ce prix, cet article ne réflète en rien l'opinion des autres jurys. Je n'écris pas en tant que jury, mais bien en tant que lecteur. Mon choix final restera secret jusqu'au dévoilement du gagnant.

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dimanche 24 février 2008 Ce n'est pas une façon de dire adieu
Livre québécois
Auteure
: Stéfani Meunier
Note : 8.6/10
Parution : 2007
Nombre de pages : 213 pages

Commentaire 

Au nombre de citations que j'ai transcrites de ce livre, on peut voir que j'ai vraiment adoré. Ce n'est pas une façon de dire adieu est le genre de roman à travers lequel on peut voguer, en riant et en pleurant, mais aussi en s'assoyant confortablement et en acceptant les effluves de mots et de sons qui en ressortent. Léger, mais oh combien passionnant : Stéfani Meunier sait comment peindre le quotidien pour le rendre coloré, attrayant, obsédant. On y raconte la vie de trois personnes, deux New Yorkais et un citoyen du monde, dont la rencontre changera tout. Dans un petit appartement de Brooklyn, avec leur chien Lennon, leur musique et leurs anecdotes, ils vivront l'amitié et l'amour. Mais un voyage sèmera le doute et le vide dans leur vie. Il y aura des adieux, plutôt des fuites. Quelque chose qui ne ressemble pas à une façon de dire adieu.

Il n'y a pas qu'un seul narrateur, mais bien trois co-narrateurs. Chaque chapitre est le reflet de la vision d'un personnage concernant un moment de leur vie commune. On comprend ainsi mieux leur relation, leurs bonheurs, leurs altercations. 

Franchement, ce petit bouquin québécois est un bijou et il serrait vraiment dommage pour un lecteur passionné de ne pas sauter, main sur la couverture, dans les pages de ce livre. Que vous soyez français, africain, américain, québécois... cela n'a pas d'importance. Stéfani Meunier raconte une histoire universelle, une histoire de rencontres et de relations humaines, une histoire d'amour et de mélancolie. L'histoire de notre vie à tous quoi.

Synopsis

« New York, les années 1970. Une ville qui est encore le centre du monde, mais qui commence à douter d'elle-même. La guerre du Vietnam s'enlise, et si l'engouement pour le rock'n roll ne se dément pas, il vient maintenant d'Angleterre, où l'ombre des Beatles plane encore sur le monde de la musique. Sean est musicien. Pour le plaisir de faire de la musique, pour cette merveilleuse camaraderie de la scène, pour l'amour de cette vie d'errance entre Montréal, sa ville natale, et les innombrables bleds où il doit jouer. Quand il revient à New York, il vit chez son ami Ralf, qui a un appartement à Brooklyn et un chien qui s'appelle Lennon. Les seules attaches qui donnent à Sean le sentiment d'être chez lui quelque part. Pendant que Sean est en tournée, Ralf fait la connaissance d'Héloïse. C'est le bonheur, tout de suite, un voyage en Bretagne, des soupers où se conjuguent amour et amitié. Et, tout à coup, le précaire équilibre ne tient plus. Dans ce second roman, Stéfani Meunier se révèle plus que jamais une magicienne des atmosphères. En quelques traits aussi sûrs que retenus, elle sait donner un relief extraordinaire au quotidien de ses personnages. Un regard capté en passant, quelques accords de musique, les paroles d'une chanson aimée qui nous montent aux lèvres, et voilà que notre coeur chavire en même temps que celui des personnages. »

Citations


"C'était une vieille balle de tennis couverte de bave séchée, de poils et de poussière, qui était invariablement sous le sofa, et que cette pauvre bête n'était pas capable d'atteindre, malgré le superbe museau dont la nature l'avait pourvu dans le but, justement, d'aller chercher les balles sous le sofa."

"Dieu que c'était beau, la jeunesse. C'est dommage qu'on ait réussi à l'éliminer pendant les années qui ont suivis"

"Peut-être que si je m'étais assise cinq minutes pour prendre le temps de réfléchir un peu, je n'en étais pas certaine, mais je crois que j'aurais eu de la peine. Peut-être. Mais je ne me suis pas assise."

"Ma mère ne m'envoyait jamais dans ma chambre. Pour me punir, elle m'envoyait jouer dehors."

"[...] j'étais avec Héloïse depuis quelques semaines et je m'étonnais chaque jour de voir que c'était moi qui avais obtenu le rôle de l'homme le plus heureux du monde."

"Elle m'a eu à l'usure, ça c'est certain. Pendant les semaines qui ont suivi, je ne pouvais rien faire sans tomber sur une publicité. J'ai trouvé le Mexique dans le réfrigérateur, Cuba dans une casserole, l'Afrique collée sur le miroir de la salle de bains, l'Irlande pliée dans une paire de bas. [...] C'est la France qui m'a fait craquer. [...] Elle avait des bouts de dépliants collés partout sur le corps. Le mot France, découpé, en lettres rouges, juste au dessus du pubis. Et, en bleu, BRE sur le sein droit et TAGNE sur le sein gauche. J'ai posé ma tête entre la Bretagne et j'ai soupiré. «Va pour la Bretagne.» Elle est montée sur le lit et elle a sauté comme une folle, comme une petite fille, en riant, «On part en voyage, on part en voyage», des photos de mer et de rochers et de bateaux tombaient en tournoyant au-dessus du lit."

"Nous ne pourrions plus écouter Ralf nous préparer à souper en essayant de lire les odeurs qui venaient jusqu'à nous. Ragoût, paella, crevettes au pernod, pot-au-feu, pain, poulet, poires au vin. C'était fini. C'est là que la douleur a fait de moi sa résidence permanente."

"Que même les liens les plus forts pouvaient se distendre si on ne les resserrait pas régulièrement."

"Je suis devenu une roche. [...] Ça ne s'est pas fait comme ça. Ça demande de l'entraînement, être une roche. Ça a pris des mois. De  pleurs, de rage, d'actions inutiles pour ne pas penser. Puis de repos. De contemplation. Des mois. Je n'avais plus aucun contact avec le reste de l'humanité et je n'avais pas l'intention d'en avoir avant un bon moment, moment que je ne prévoyais pas, que je n'anticipais pas non plus et que j'aurais été bien en peine de dater, même approximativement."

"Il n'y a rien de pire que la solitude à deux, je crois bien, puisque l'absence du regard de l'autre est toujours là pour vous le rappeler. Vous êtes seul."

"Parfois je me dit que j'aimerais bien tomber sur Bob, le patron du Cactus Club, et lui dire que son île n'était pas pire qu'une autre, pas pire que n'importe quel lieu, en fait. Que ce n'était pas parce que j'en étais parti et que je n'y étais pas retourné que j'avais accompli quelque chose de mieux, de plus que ses clients. [...] Je crois même que j'ai fait bien pire. Parce que je me suis arrangé pour ne rien avoir à oublier. Et, toute ma vie, j'ai traîné mon île avec moi."

Note : Ce livre est nominé au Prix littéraire des collégiens 2008. Bien que je sois jury de ce prix, cet article ne réflète en rien l'opinion des autres jurys. Je n'écris pas en tant que jury, mais bien en tant que lecteur. Mon choix final restera secret jusqu'au dévoilement du gagnant.

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dimanche 10 février 2008 La soeur de Judith
Livre québécois
Auteure
: Lise Tremblay
Note : 7.9/10
Parution : 2007
Nombre de pages : 169 pages

Commentaire 

La soeur de Judith ce n'est pas l'histoire de Claire, la soeur de Judith, et ce n'est pas non plus celle de Judith. C'est simplement l'été un peu « plate » d'une jeune fille qui termine son primaire pour entrer à la polyvalente. Plate selon ses propres mots. Car ce qu'on découvre dans ce livre de Lise Tremblay, ce sont les pensées de cette fille dont on ne connaitra jamais le nom. Judith est sa meilleure amie et la soeur de celle-ci, leur idole : si elle remporte la finale d'un concours de danse, elle dansera au spectacle d'adieu de Bruce et les Sultans.

L'intérêt de ce roman, ce n'est pas l'histoire, si du moins il y en a une. Aucun suspense, aucuns points marquants dans l'été de la jeune narratrice. Ce sont les mots choisis, le style et l'écriture, les tournures de phrases. L'auteure a su proportionner à perfection ces ingrédients afin d'offrir à ses lecteurs un personnage hors du commun, presque vivant, palpable : une jeune fille presque réelle. Un personnage crédible et intense qui surpasse son univers ennuyeux.

La soeur de Judith ne va probablement pas vous obséder au point de ne penser qu'à ouvrir le bouquin et à le dévorer. Il ne va surement pas non plus vous ennuyer à mourir. C'est un roman léger et bien que vous n'aurez peut-être pas hâte de connaitre la suite de son histoire, lire ce que la narratrice a à vous raconter vous enveloppera dans un cocon de ouate pour quelques courts instants que vous saurez apprécier et où vous vous sentirez bien.

Synopsis

« Chicoutimi-Nord, les années 70. L'été sera long. Il y a bien Judith, la meilleure amie. Il y a aussi Claire, la sœur de Judith, la plus belle fille de la ville. Mais il y a surtout cette mère qui « explose » tout le temps, qui ne laissera pas sa fille épouser le premier venu et qui est prête à tout pour que ses enfants ne soient pas des ignorants. Dans ce cinquième livre, Lise Tremblay brosse un tableau du Québec rural des années d'après la Révolution tranquille, un Québec en pleine effervescence, où de nouvelles valeurs font leur chemin mais où la tradition s'accroche encore. Fine observatrice de l'humain, l'auteur de La Héronnière nous fait revivre ses années par le regard d'une fillette qui sera une adolescente avant la fin de l'été. »

Citations


"Le sucre à la crème, c'est la seule chose que ma mère rate en cuisine. Pourtant, à chaque semaine, un peu avant qu'elle se mette à brasser, elle croit toujours que ça y est, qu'elle a réussi, que le sucre n'a pas la même texture que d'habitude. Elle en est toujours certaine, jusqu'à ce qu'elle tourne la cuillère de bois pendant de longues minutes et que, exténuée, elle laisse figer le sucre chaud au fond de la casserole."

"La directrice me fait savoir qu'une possédée du démon dans mon genre n'a pas le droit d'implorer la Vierge. "

"Je me suis couchée sur le ventre pour jouer aux feux d'artifice. Je pèse sur mes yeux très fort et je vois toutes sortes de points qui explosent. Des fois ça m'endort."

"Je suis allée me coucher et j'ai serré fort mes médailles. J'ai encore demandé que ma mère arrête d'exploser. Peut-être que j'allais être exaucée. "

"Lisette utilise beaucoup de mots que je ne connais pas, ma mère dit que c'est parce qu'elle lit beaucoup et qu'après l'école normale elle est allée à l'université pendant un an.  "

"Je suis allée me cacher au coin de la maison des Lemay et j'ai vu Claire et Gilles en train de s'embrasser. À un moment donné, elle s'est assise sur lui et ils sont restés là longtemps. "

"Mais c'est plus fort que moi, même si elle n'explose pas, on dirait que je l'entends quand même, comme un disque qui partirait tout seul."

"Une fois dans la voiture, elle m'a demandé ce que je voulais faire plus tard. Je ne savais pas quoi répondre. Tout ce que je savais, c'est que je devais faire des études, sinon ma mère me tuerait."

Note : Ce livre est nominé au Prix littéraire des collégiens 2008. Bien que je sois jury de ce prix, cet article ne réflète en rien l'opinion des autres jurys. Je n'écris pas en tant que jury, mais bien en tant que lecteur. Mon choix final restera secret jusqu'au dévoilement du gagnant.

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jeudi 07 février 2008 L'imaginaire exclu de la littérature
Z20010212111706970102167-2afbae72114591a7d6f10102e3bff254.jpgJ'aimerais vous inviter à lire un article que Bernard Werber, auteur de  science-fiction français, a publié en novembre 2007 et que je viens tout juste de découvrir : Plaidoyer pour une «autre littérature». Il y dénonce le fait que, en France, les romans et autres livres "imaginés" ne soient pas reconnus comme faisant partie de la "vraie" littérature, ignorés par les critiques, mais pourtant adorés par des millions de lecteurs. La situation est semblable au Québec : le quotidien, le réel, rarement le fictif et le rêve.

L'article publié dans Le Figaro : Plaidoyer pour une «autre littérature»

L'imaginaire devrait avoir sa place. Les lecteurs l'ont adopté, ils en ont besoin pour rêver un peu, pour sortir des murs parfois mornes de notre réalité. Le monde de la littérature devrait cesser de regarder ce genre d'une manière hautaine : la science-fiction et l'imaginaire sont dignes de notre littérature.
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mercredi 06 février 2008 Prix littéraire des collégiens 2008
Le Prix littéraire des collégiens, qu'est-ce que c'est ? C'est une récompense décernée à l'auteur du meilleur livre québécois publié au cours de l'année. Le jury est composé d'étudiants de plus de 40 collèges à travers le Québec : d'où le titre. Il s'agit d'un prix très couru par les écrivains. Et je fais parti du jury de l'édition 2008! Je suis déjà à la lecture du premier livre.

Voici un extrait d'un communiqué de presse publié le 16 novembre 2007 :

"Doté d'une bourse de 5 000 $ remise à l'écrivain, le Prix littéraire des collégiens récompense une oeuvre de fiction québécoise (roman ou recueil de nouvelles). Il vise à promouvoir la littérature actuelle auprès des élèves des collèges et cégeps en encourageant l'exercice du jugement critique à travers la lecture.

Au cours des prochains mois, les cégépiens des 43 établissements d'enseignement participants ainsi que ceux d'un lycée français, soit le Lycée Impérial de Nice en France, liront donc, crayon à la main et sous la direction de leur professeur de français, ces cinq ouvrages de fiction afin de choisir le lauréat dont le nom sera dévoilé en avril prochain au Salon international du livre de Québec.
"

Les 5 livres nominés cette année sont  :
  • Catastrophes de Pierre Samson
  • Ce n'est pas une façon de dire adieu de Stéfanie Meunier
  • Espèces en voie de disparition de Robert Lalonde
  • Pourquoi faire une maison avec ses morts Élise Turcotte
  • La soeur de Judith de Lise Tremblay

Le prix sera remis le 18 avril 2008 au Salon International du livre de Québec. D'ici là, je publierai mon avis sur chaque livre et vous informerez du gagnant. Maintenant, je retourne à ma lecture! 

Site du Prix : http://www.prixlitterairedescollegiens.ca/

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samedi 02 février 2008 La mort de Mignonne et autres histoires
Livre québécois
Auteure
: Marie Hélène Poitras
Note : 8/10
Parution : 2007
Nombre de pages : 187 pages

Commentaire 

Marie Hélène Poitras, auteure de nouvelle génération, nous offre un recueil de nouvelles flamboyantes. Son écriture crue et directe et son style moderne portent d'une manière très réaliste les sentiments, la haine, l'angoisse et les peurs causés par le mal de vivre de notre époque, thème récurrent à travers le livre. Car Marie Hélène Poitras c'est ça, c'est la réalité pure et dure peinte par une fiction subtile et convaincante. C'est l'amour droguée et la passion alcoolique, la beauté et la laideur.

La mort de Mignonne et autres histoires m'a surpris et m'a fait découvrir une auteure québécoise qui vaut la peine d'être lue. Je conseil particulièrement ce livre à ceux qui aiment lire de petits bouts d'histoires le matin avant d'aller travailler ou le soir avant de poser leur tête sur l'oreiller.

Synopsis

« Après Soudain le Minotaure (Prix Anne-Hébert 2003), Marie Hélène Poitras livre douze histoires mettant en scène des personnages au bord de la désillusion, tous à la recherche d'une sorte de grâce, que seuls les plus chanceux atteignent. Bestiaire sombre, gonflé d'une énergie proche de celle de l'adolescence, La mort de Mignonne et autres histoires trouve son équilibre entre brutalité et candeur, fébrilité et fatalité. Car dans ces univers, la lumière finit toujours par s'infiltrer, dût-elle s'échapper d'une lézarde ou entrer par une fenêtre sale. Entre prose américaine et poésie d'Enfants du paradis, l'écriture de Marie Hélène Poitras révèle ces moments de détresse douce ou enrageante, ces instants affolants où les contours du rêve se déchirent au contact de la réalité. Douze histoires délicates pleines de bêtes, de désir et d'humanité.»

Citations


"Les flashs des appareils cliquetaient en une véritable fusillade de lumières, et Gemma eut une brève pensée pour les perséides d'août."

"Tu utilises le verbe aimer d'une curieuse façon, à l'impératif, deuxième personne du singulier[...]"

"Quelqu'un pourrait-il me renseigner ? Je voudrais savoir quand, à quel moment, il y eut ce glissement, cette alchimie castratrice qui imposa un rapport maniaque et névrotique à la réalité, comme si celle-ci faisait office de testament de vérité, de jugement ultime, de preuve de bonne volonté. "

"Ne pas lui dire, lui cacher ces choses encore un peu, ne pas lui apprendre que le désir arrache tout [...] Qu'on s'attache à ceux qui nous repoussent et qu'on rejete ceux qui s'approchent. [...] Qu'à vingt-cinq ans on en a quarante, que les enfants qui naissent désexualisent les corps, et qu'en cette ère du Botox, le défi consiste à rester désirable le plus longtemps possible pour baiser - mal - avec des gens que nous n'aimerons pas, tout en fantasmant sur quelqu'un qui n'est pas plus en mesure d'aimer."
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jeudi 17 janvier 2008 Le Mystère des Dieux
Auteur : Bernard Werber
Note : 8.9/10
Parution : 2007
Nombre de pages : 476 pages

Commentaire 

Attention, ce commentaire contient des informations sur l'histoire (spoiler).

Le Mystère des Dieux, le dernier tome de la pentalogie du Ciel, me laisse perplexe.

D'un côté, on y retrouve toute la magie créatrice de l'auteur et toute la puissance de son imagination. On déguste chaque page, on s'émerveille devant cette aventure captivante et on savoure les nouveaux extraits de l'Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu d'Edmond Wells. Comme les deux premiers tomes, le dernier surpasse complètement notre réalité par son univers si bien imaginé, si grandement créé. On est heureux de retrouver Michael et tous les autres personnages de la série, comme s'ils étaient partis depuis trop longtemps dans un univers inconnu.

Mais d'un autre coté, ce roman est-il vraiment digne de l'œuvre de Werber? J'ai parfois été déçu. Certains passages, notamment celui où Michael se retrouve sur Terre 18, m'ont semblés superflus. Non pas qu'ils n'aient pas été intéressants à lire, mais je n'ai pas trouvé qu'ils servaient l'histoire, qu'ils la faisaient avancer. Aussi, l'aboutissement de la partie d'Y sur Terre 18 ne m'a pas émerveillé. La dernière joute n'est qu'un calque de notre propre histoire et je m'attendais à plus de la part de l'auteur.

Et la fin. Que dire de la fin. Elle est... surprenante. Je ne sais pas trop quoi en penser. Je l'aime et je la déteste. Je l'aime parce qu'elle mène à une réelle prise de conscience et que c'est une manière originale de terminer la trilogie. Mais en même temps, j'ai l'impression d'avoir été trahi par l'auteur, car j'attends toujours la "vrai fin", comme si celle écrite n'était qu'une blague et que la fin allait venir, plus tard. Le dernier chapitre fait sortir le lecteur de l'univers du livre et laisse l'histoire en pause, avant la fin. Pour moi, la fin du livre, ce n'est pas la fin de l'histoire, ce n'est qu'une leçon, sage certes, mais qui ne peut satisfaire ma soif de voir cette saga des Dieux se terminer. Ce que j'espérais, c'était l'achèvement d'une histoire, et non une ombre sur toute la série qui met en évidence qu'il ne s'agit pas de la réalité, mais de simples romans. En tant que lecteur de science-fiction, je recherche des réalités construites dans les livres. Werber nous fait comprendre par cette conclusion que les lecteurs sont des dieux par leur capacité à imaginer des réalités, mais cette prise de conscience produit aussi l'effet contraire : rappeler qu'il ne s'agit que d'imagination, et non de réel. Ce n'est pas, à mon avis, l'effet recherché par le lecteur. Pas par moi.

Néanmoins, je ne peux pas dire qu'il s'agit d'un mauvais livre. Je l'ai adoré, car l'histoire et le monde d'Aeden étaient assez forts pour supporter toutes les déceptions que l'auteur m'a apportées. Pour un fan de Werber - et je le suis toujours - ce livre est à lire de toute urgence. Pour les autres, procurez-vous le premier livre de la série : les Thanatonautes. Vous ne pourrez qu'aboutir au Mystère des Dieux.

Pour ceux qui voudraient lire la fin coupée au montage de ce livre, elle est disponible sur le site de Werber (Son site). Cette fin aurait dû selon moi se retrouvée dans le roman.

Synopsis

« Au-dessus des Hommes, les Anges. Au-dessus des Anges, les Dieux. Au-dessus des Dieux: ? »

Citations


" Ce n'est pas parce qu'ils sont nombreux à avoir tort qu'ils ont raison."

" À force d'être libre on finit par être seul."

" Il n'y a que dans l'obscurité qu'on voit la lumière. Il n'y a que dans l'adversité que l'on peut reconnaître le mérite et la vertu."

" Les névroses, les psychoses construiront des personnalités particulières capables d'accomplir par leur folie des choses que les gens normaux ne penseraient jamais à faire. Vous croyez que Van Gogh aurait mis autant d'acharnement à aller au bout de l'expérience des couleurs s'il n'avait pas été fou? "

" Vous êtes dans le jugement. Moi pas. Je n'ai rien contre vous. Vraiment. Toutes ces histoires sur le Diable ne sont que des calomnies pour faire peur aux enfants et donner du pouvoir aux prêtres. Quand comprendrez-vous ce piège ? "

" Seules les âmes sont importantes. Les enveloppes charnelles ne sont que des « contenants». "

" Selon les sondages, en l'an 2000 la plupart des gens interrogés pensent encore que le Soleil tourne autour de la Terre. "

" Si tu ne veux pas devenir fou, rappelle-toi qui tu es, qui tu es vraiment, car toutes les expériences de spiritualité ne visent qu'à cela : te rappeler ton essence, celle qui se situe au-delà de la matière et du temps."
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lundi 07 janvier 2008 Le Poids des ombres
Livre québécois
Auteure
: Marie Laberge
Note : 8.6/10
Parution : 1994
Nombre de pages : 459 pages

Commentaire  

Le Poids des ombres, c'est le poids des illusions de Diane, face aux autres et à elle-même, à l'amour et à la vie. Face à sa mère surtout, Yseult. Yseult la fée, Yseult la réaliste, Yseult la putain. Yseult la mère qui ne l'a jamais aimée. Mais l'âme du livre ce n'est pas Diane. C'est plutôt Yseult, qui, en se jetant du haut d'un pont pour atterrir dans la vase, entraîne avec elle la vie entière de son entourage. Yseult le centre de tout, la passionnée aux paroles crues. Diane, c'est seulement sa fille, son petit pou, qui tourne en rond à la recherche d'un coupable, qui jalousement demande sa mère, devient sa mère.

Les premières pages vous sembleront peut-être un peu longues, mais rapidement la détresse de Diane vous jettera un obscur sortilège. Ce livre vous mènera au fond de votre être et le fouillera, faisant surgir vos illusions, vos barrières et votre néant. Ce n'est pas un livre à lire à la légère : Diane en réfléchissant vous fera réfléchir, en hurlant vous fera hurler. Lorsqu'elle se recroquevillera sur le sol de sa chambre de bain, vous voudrez le faire aussi, vous voudrez sentir la quiétude et le vide qu'elle recherche. Yseult bousculera votre vie, vos peurs et votre routine. Sa définition du sens de la vie voudra occulter la vôtre, s'en emparer, la détruire. Chaque page sera à la fois une torture et une magie sortie des mains de l'auteure. Chaque mot sera un malheur et un bonheur, une lame acérée et des doigts luxurieux sur votre peau.

Le Poids des ombres, ce n'est pas seulement la lourdeur des leurres et artifices de Diane, c'est aussi le poids des fards et des voiles que nous posont nous même sur notre vie. 

Synopsis

Le livre n'ayant pas de synopsis, j'ai choisi un extrait qui, selon moi, représente bien l'oeuvre de Marie Laberge :

« Au milieu du noyau qui frappe le trottoir de ses talons hauts, le noyau nommé Diane la non-enchanteresse par sa triste mère Yseult, au milieu de cette poitrine dure et fermée, il y a toute la vase du fleuve amassée dans les poumons d'Yseult. Toute la vase du monde qui remonte à sa bouche à elle, comme un égout tiédi. Et elle ne sait que serrer les dents, fermer sa gorge, son nez, pour contraindre la vase à de pétrifier et à demeurer, comme un bloc solide, au coeur de sa poitrine desséchée.»

Citations


" Ma mère est morte et j'ai mal à moi, à ma mort. [...] Installez-moi sur la ligne d'horizon, là où ça disparaît, où tout se confond, tout fond. Il doit y avoir une raison. Il faut que ce soit pour quelque chose qu'on se lève tous les matins, qu'on fait sa journée et qu'on se recouche, non? Ça doit soulager quelqu'un, aider? Pour qui, pour quoi je me relèverais d'ici? Juste pour ne pas avoir l'air folle? Juste pour ne pas passer pour l'errante que je suis depuis que je suis née ? "

" On va où quand on ne sait pas pourquoi on est équipé pour aller quelque part? On poursuit quoi, qui, dans ce jeu de colin-maillard qui n'en finit plus de cruauté? "

" Elle ne peut absolument pas retourner à cet endroit. Seulement y penser lui donne des envies de pont Jacques-Cartier. "

" Jalouse de ceux qui la possédaient si totalement, si follement, même si c'était peu de temps. L'extrême abandon d'Yseult à ces fulgurantes passions, l'or en fusion qui coulait loin d'elle, oui elle en était jalouse. "

" L'ennui avec la lucidité, c'est qu'il n'y a pas de contrôle de volume. "
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samedi 10 novembre 2007 Vittorio le vampire
Auteur : Anne Rice
Note : 8.7/10
Parution : 1999
Nombre de pages : 282 pages

Commentaire :

Vittorio le vampire nous raconte, à la manière d'une autobiographie, la vie de Vittorio, un vampire sans lien avec la grande famille de Lestat, mais d'abord un homme luttant sans relâche entre le bien et le mal, entre les peintures des anges et le goût du sang.  Après avoir combattu sans relâche, et à l'aide des anges, ces créatures de la nuit, il sera à son tour transformer en l'un d'eux par son amour Ursula.

Vittorio nous amène véritablement visiter la Toscane, Florence et ce château sombre et démoniaque de la cour du Graal Rubis, une cour de vampires convaincus du bienfait de leur adoration du démon et de leurs actes sanguinaires. Encore une fois, Anne Rice réussie à nous empoisonner de ses mots et de ses personnages à un point tel que rien d'autre ne peut plus exister.

«Vittorio est un jeune noble qui partage son temps entre la Florence des Médecis et les terres de son père, dont le château domine la Toscane. Une existence dorée qui lui permet de bénéficier de tous les attraits de la renaissance italienne, jusqu'au jour où sa famille est massacrée par une confrérie démoniaque. Vittorio lui-même ne devra sa survie qu'à l'intervention d'Ursula, un vampire d'une stupéfiante beauté. Dès lors, il n'aura de cesse de venger les siens. Parti à la recherche des démons pour les exterminer, il rencontre sur son chemin la guerre, les intrigues de cour et toutes sortes de mystères aussi bien sacrés que profanes. Mais attention : celui qui nous raconte cette étonnante histoire est aujourd'hui... un vampire Que s'est-il donc passé ? comment l'amateur d'art qui dialoguait avec les anges, l'adolescent assoiffé de vengeance a-t-il succombé à la séduction de la nuit ?»

Citations


"Mais je ne suis pas heureux. Ne le croyez pas. Je n'écrirais pas un livre si c'était pour vous dire qu'un vampire est heureux."

"Je contemplai leurs joues blanches, leurs bouches sombres, qui étaient bien trop souvent de la couleur d'une blessure fraîche. Je contemplai les visages blêmes et sans couleur qui me fixaient. Leurs yeux étaient-ils pleins de feu démoniaque, ou était-ce seulement que toute autre parcelle d'humanité avait quitté leur visage? "

"D'autres parlent de doutes et de ténèbres. D'autres parlent d'insignifiance et de paix. Je parle de l'or céleste indéfinissable qui brillera éternellement. Je parle de la soif de sang qui n'est jamais satisfaite. Je parle de la connaissance et de son prix."

"Il me semblait avoir des visions. Je voyais des silhouettes doubles et triples là où il n'y en avait qu'une, et même, en un éclair, une confusion brumeuse d'ailes angéliques et de visages ovales tournés vers moi, me contemplant à travers le voile du secret surnaturel."
(0)
vendredi 19 octobre 2007 Mal élevé
Livre québécois
Auteur
: Stéphane Dompierre
Note : 8.4/10
Parution : 2007
Nombre de pages : 197 pages

Commentaire 

Toujours aussi drôle, toujours aussi ironique, Stéphane Dompierre nous pond encore une fois un excellent roman rempli de bons et de moins bons moments, mais surtout chargé de réalité. Cette fois, il nous raconte la vie d'Alex, musicien rebelle et moderne, qui tombe amoureux, lui, l'homme à femmes, de Sandrine. Sans être une suite, le livre continue dans la même idée et la même ambiance que Un petit pas pour l'homme : celle de la vie des hommes de 20 à 35 ans de notre époque où sexe, musique et je-m'en-foutisme règnent en roi.

Bien qu'un peu plus maigre en rebondissements humoristiques et en dialogues que son prédécesseur, Mal élevé est sans aucun doute le livre à lire cet automne. Feuilles oranges, vertes et jaunes : l'éther parfait pour ce type de roman, assis à l'extérieur emmitouflé dans une couverture de laine.

Synopsis

« Avec sa jolie gueule de chanteur rebelle, Alex accumule les conquêtes féminines beaucoup plus facilement que les succès radiophoniques. Amoureux pour la toute première fois, il emménage avec Sandrine, une chanteuse qui pourrait bien l'aider à connaître le succès qu'il espère depuis longtemps. Si seulement il pouvait perdre l'habitude de démolir ses guitares sur scène en hurlant et se mettre plutôt à écrire des chansons d'amour. Mais le couple et la musique pop, ça fait beaucoup de compromis d'un seul coup. Et puis un but est-il vraiment atteint si on doit, pour y parvenir, abandonner sa vraie nature en chemin?

Drôle, grinçant et définitivement très Dompierre, ce roman a également des vertus pédagogiques. Vous apprendrez à:
- Survivre dans les soupers chez la belle-famille
- Négocier avec un producteur ambitieux
- Écrire des chansons à succès
- Réussir un solo de guitare
- Charrier de la brique
   Et
- Vivre en couple »

Citations


" Les filles gagnent toujours. Pour qui veut vivre avec une d'entre elles, c'est la seule chose importante à savoir."

" Amoureux. Je ne lui ai dit que quelques jours plus tard, le temps de m'assurer que ce n'était pas qu'un virus passager."

" Choses auxquelles nous ne pensons pas quand, dans une ruelle, nous embrasons une fille de qui nous tomberons amoureux : 1 - Elle a des parents. 2 - Un jour, il faudra bien les rencontrer."

" Cette situation le rendait malade; les gentils ne comprennent pas qu'on puisse ne pas les aimer. "

" J'étais d'humeur irritable, alors ça m'a fâché. Sous l'impact, un des morceaux du téléphone est resté coincé dans le mur. J'ai déclaré solennellement, à haute voix, qu'après une rupture il est légitime de péter sa coche à tout moment. "

" La peine d'amour est une énergie renouvelable."
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mercredi 05 septembre 2007 Un petit pas pour l'homme
Livre québécois
Auteur
: Stéphane Dompierre
Note : 8.6/10
Parution : 2004
Nombre de pages : 227 pages

Commentaire

Stéphane Dompierre nous a écrit un livre rafraîchissant qui malgré tout, porte à réfléchir. Ce n'est pas une grosse histoire à tout casser ni une thèse de philosophie ou encore un roman à suspense. C'est seulement un récit tout simple, celui d'un homme dans la trentaine qui se cherche et qui cherche à savoir où il va. Mais c'est avec une plume fantastique que l'auteur nous livre cette histoire où ironie et observation crue s'entremêlent, menant à maintes reprises à des fous rires incontrôlables.  Je ne peux que vous conseiller ce livre léger, à savourer préférablement dans un hamac l'été.

Synopsis

« À 20 ans, pour Daniel, il n'y avait rien de plus cool que d'être gérant d'une boutique de disques. À 30 ans, c'est autre chose. Sans fric, sans amour, sans projet, Daniel a la désagréable impression de ne pas être adulte, assis sur son banc derrière la caisse enregistreuse à regarder dans le vide. Pour remédier à la situation, il décide d'agir de la façon qu'il connaît le mieux: courir très vite dans tous les sens, sans réfléchir. »

Citations


" L'amour a-t-il toujours une date d'expiration? "

" Je ne suis plus un mec de trente ans dans une Écho grise surchauffée, parti acheter soixante-huit rouleaux de papier cul quadruple épaisseur, jumbo, molletonné, nouveau et amélioré, écologique, biologique, recyclé, recyclable, hypo-allergène, anti-bactérien, non testé sur les animaux, doux comme un petit chat tout blanc tout mignonTM."

" Je me sens aussi ridicule avec ce sourire décoratif que si je l'avais découpé dans du carton pour me le coller sur la gueule."

" Les gens deviennent fous quand on ne les aime plus. "

" Je m'en souviens très bien, l'avantage des traumatismes d'enfance c'est qu'ils nous collent au fond du crâne jusqu'à notre dernier jour. "

" J'ai l'émotivité en panne. Mon coeur est devenu vide et froid. J'ai le charisme d'une momie et l'entrain d'un cactus. Je suis un film d'horreur. Je suis le village fantôme d'un film western."

" Le bonheur, c'est un gros chien qui nous lèche la face."

" Je constate avec embarras une chose simple et terrifiante : mes parents m'ont donné une vie et je ne m'en suis pas servi encore. Elle jaunit dans son emballage plastique."

" Et voilà une autre journée qui se lève, amère comme la première gorgée de jus d'orange après s'être brossé les dents."

" C'est surprenant, parfois je peux penser que j'ai atteint le fond et puis hop, je découvre une petite porte et un escalier que je n'avais pas repérés au départ, et je m'enfonce un peu plus dans ma déprime."

" Ce moment mérite tout plein d'adverbes."

" Jenn se penche dans le frigo et trouve un sac de mini-carottes préparées, sélectionnées, lavées, miniaturisées, désinfectées, antibactériennes, douces pour les mains, blanchissant les dents et combattant la mauvaise haleine dans le tiroir de légumes."
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dimanche 19 août 2007 Les Coloriés
9782070308057.jpgAuteur : Alexandre Jardin
Note : 8.5/10
Parution : 2004
Nombre de pages : 338 pages

Commentaire

Une société sans adultes. L'idée d'Alexandre Jardin ne pouvait être meilleure. C'est cette société qu'il a imaginé que l'auteur nous propose de découvrir. Un peuple de grands enfants n'ayant aucune notion du temps, de la fidélité ou encore du travail, se contentant de « zouaver » (jouer) perpétuellement.

Les Coloriés est un livre fabuleux. Il porte à réfléchir sur les tendances grises de l'adulte d'aujourd'hui et nous mène à rêver d'une façon de vivre moins lourde, plus près de notre enfance. Comme je l'ai déjà dit, « Si j'étais professeur de philosophie, Les Coloriés ferait très certainement parti des livres que mes étudiants auraient à lire!».

Synopsis

« Est-il possible de vivre sans adultes ? De dire non a l'univers raisonnable et sérieux des grandes personnes ? Ecoutez plutôt. Il était une fois une île dans le Pacifique où vit un peuple qu'aucune carte n'a jamais répertorié : les Coloriés. Turbulents, sincères et gobeurs d'instants, ils vivent dans un univers sans adultes où l'enfance et le jeu sont devenus une culture à part entière. En 2003, l'ethnologue Hippolyte Le Play rencontre à Paris Dafna, une jeune et ravissante représentante du peuple colorié. Imprévisible, gouvernée par ses émotions et ses désirs fantasques, cette " grande petite fille " le bouleverse immédiatement. Mais les Coloriés ne sont pas oiseaux que l'on apprivoise facilement. Et voilà Hippolyte embarqué dans une course-poursuite imprévue qui l'entraînera bien loin de chez lui.

Avec ces Coloriés et leur fantaisie tendre et espiègle, l'auteur du Zubial et dru Zèbre nous offre là son roman le plus déroutant et le plus drôle. Une véritable invitation à se hisser à la hauteur si dépaysante de l'enfance.
»

Citations


" Dès qu'on te parle d'un truc, si tu veux passer pour une grande, il faut y voir un problème à régler."

" Oui, le jeu s'appelle le mariage. Ça consiste à vivre toujours la même chose à deux et à le reprocher à l'autre."

" C'est en se moquant de l'assentiment de la réalité et des tristes usages que l'on élargit le monde."

" Avoir envie est un verbe qui se conjugue mal à l'impératif."

" Après tout, la vie valait d'être vécue si l'on avait la maturité de la colorier."
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mercredi 25 juillet 2007 Passion simple
Auteur : Annie Ernaux
Note : 8/10
Parution : 1991
Nombre de pages : 77 pages

Commentaire

Passion simple, bien que très court, nous fait devenir cette femme obsédée par un homme. Comme elle, il nous semble impossible de faire quoi que ce soit d'autre que d'attendre son appel (dans notre cas, attendre sa prochaine apparition dans le roman). La façon d'écrire de l'auteure fait en sorte que l'on comprend parfaitement cette femme, comme si nous avions vécu la même chose qu'elle, ce qui n'est pourtant pas toujours le cas.

Ce livre d'Annie Ernaux reste quand même un roman - est-ce vraiment un roman? - léger, parfait pour les heures d'étés (quoique je devrais plutôt dire les minutes d'été). Ce n'est pas un bouquin à grande histoire, ni à suspense ou à passion. Ce n'est pas l'un de ceux auxquels on s'accroche profondément. Mais c'est un livre qui nous rapprohe du quotidien et qui nous fait vivre quelques temps une relation amoureuse fictive mais vive.

Synopsis

« À partir du mois de septembre l'année dernière, je n'ai plus rien fait d'autre qu'attendre un homme : qu'il me téléphone et qu'il vienne chez moi.»

Citations


" Je n'avais pas d'autre avenir que le prochain coup de téléphone fixant un rendez-vous."

" On épuisait un capital de désir. Ce qui était gagné dans l'ordre de l'intensité physique était perdu dans celui du temps."

" J'aurais voulu arracher la douleur mais elle était partout."
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