lundi 22 mars 2010 Compostela - Nouvelle condition
L'Association Du Québec à Compostelle m'informait aujourd'hui que le pèlerin qui veut obtenir sa Compostela - le "certificat du pèlerin" - devra faire tamponner sa credencial - le passeport du pèlerin - deux fois par jour dans les 100 derniers kilomètres du chemin s'il est fait à pied, ou dans les 200 derniers kilomètres s'il est fait à vélo.
 
Quand je l'ai fait, une seule fois par jour suffisait. Mais je suis plutôt d'accord avec cette décision : ceci diminuera le nombre de personnes qui faisaient les derniers kilomètres en voiture seulement que pour pouvoir ajouter la Compostela à leur C.V. Peut-être ainsi cette partie du chemin retrouvera-t-elle l'ambiance du véritable camino.
 
Comme c'est une information intéressante pour les futurs pèlerins, autant la partager!
(1)
mardi 22 décembre 2009 Canción del peregrino – L’hymne du pèlerin
L'hymne du pèlerin, normalement chanté en espagnol, mais ici traduite en français pour vous. Il ne s'agit pas d'une chanson officielle, seulement d'un hymne inventé par deux pèlerins lors de notre pèlerinage. Je me demande, même si j'en doute, si elle a survécu et si on la chante toujours...
 
Aussi, plus bas, un extrait - à notre arrivée à Compostelle - pour vous donner une idée! C'est sur l'air de La Bamba.
 
Para ser peregrino
Para ser peregrino
Se necesita unos buenos zapatos
Unos buenos zapatos y andar y andar
Hasta el fin del camino
Hasta el fin del camino
Por sendas y desvíos
Hasta el fin del camino
Caminaré, caminaré, caminaré

Coro
Peregrinos (x4)

Los pies me están matando
Los pies me están matando
Y tengo una ampolla
Que me voy curando
Que me voy curando con betadine
Y que me va de cine el alcohol de romero
Y el ibuprofeno
Y el ibuprofeno
Me curaré, me curaré, me curaré

(Coro)

Si no das donativo
Si no das donativo
Tendrás que dormir debajo de un pino
Debajo de un pino
Tendrás que pagar el menú peregrino
El menú peregrino
Va ya sablazo para el bolsillo
Para el bolsillo
Yo donaré, yo donaré, yo donaré

(Coro)

A las diez de la noche
A las diez de la noche
Se apagan las luces y sufren mis oídos
Sufren mis oídos
Y ni los tapones paran los sonidos
Son los ronquidos de los peregrinos
Cansaos del camino
Cansaos del camino
No dormiré, no dormiré, no dormiré

(Coro)

Llegando a Compostella
Llegando a Compostella
Recordaras todo lo que has vivido
Todo lo que has vivido
Junto con otros muchos peregrinos
¡Buen camino, buen camino, buen camino!

Pour être pèlerin
Pour être pèlerin
Il faut de bons souliers
Il faut de bons souliers et marcher et marcher
Jusqu'à la fin du chemin
Jusqu'à la fin du chemin
Par les sentiers et détours
Jusqu'à la fin du chemin
Je marcherai, je marcherai, je marcherai

Refrain
Pèlerins (x4)

Mes pieds sont en train de me tuer
Mes pieds sont en train de me tuer
Et j'ai une ampoule
Que je suis en train de soigner
Que je suis en train de soigner avec du betadine
Et qui me va de ciné, l'alcool de romero
Et l'ibuprofène
Et l'ibuprofène
Je me soignerai, je me soignerai, je me soignerai

(Refrain)

Si tu ne donnes pas de donativo
Si tu ne donnes pas de donativo
Tu devras dormir sous un pin
Sous un pin
Tu devras payer le menu du pèlerin
Le menu du pèlerin
Te donne un gros coup dans le portefeuille
Dans le portefeuille
Je donnerai, je donnerai, je donnerai

(Refrain)

À dix heures de la nuit
À dix heures de la nuit
Les lumières se ferment et mes oreilles souffrent
Mes oreilles souffrent
Et pas même les bouchons n'arrêtent les sons
Ce sont les ronflements des pèlerins
Fatigués du chemin
Fatigués du chemin
Je ne dormirai pas, je ne dormirai pas, je ne dormirai pas

(Refrain)

En arrivant à Compostelle
En arrivant à Compostelle
Tu te souviens de tout ce que tu as vécu
De tout ce que tu as vécu
Avec beaucoup d'autres pèlerins
Bon chemin, bon chemin, bon chemin!

 
Un aperçu
 
 
À noter, je ne garantis pas l'impécabilité de l'espagnol, ni de la traduction française! Aussi, c'est une des versions de la chanson, je sais qu'il peut exister des variantes!
(2)
dimanche 20 décembre 2009 Compostelle, jusqu’au bout du monde : troisième partie
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Vers Santiago en Galice, l'atteinte du but

À partir de Léon, nous nous approchions lentement de la Galice, mais, surtout, nous sortions de la Mesa. Le jaune n'était plus infini, doucement il se faisait envahir par les autres couleurs. Nous retrouvions notre cher vert, vert végétaux, vert montagnard, vert sentiers forestiers. Puis le bleu rivière, le violet floral... même le gris brouillard nous l'accueillions avec une immense joie. Difficile en fait d'exprimer ces retrouvailles avec les paysages plus colorés, un mélange de pétillement, d'effervescence et de motivation renouvelée. Disons seulement qu'après plusieurs jours en teintes jaunâtres, ces toiles vivantes étaient plus que bienvenues. Et nous savions que nous entamions la dernière partie de notre pèlerinage vers Santiago, ce qui ne pouvait que participer à l'euphorie du moment.

En marchant vers la Galice, nous savions aussi que les risques de pluies abondantes augmentaient en flèche. Si la Meseta est un territoire sec et aride, la Galice est son contraire : végétation luxuriante, rigoles, montagnes et forêts. C'était le prix à payer pour récupérer les couleurs et les panoramas à couper le souffle. Nous étions conscient de tout cela, mais - peut-être vraiment cette étoile reçue à Carrión de los Condes nous protégeait-elle sur notre chemin - jamais nous ne recevrions une seule goutte de pluie sur la tête. Nous en sommes en fait venus à croire qu'il s'agissait d'une légende, et que jamais il ne pleuvait sur le chemin. Parce que ni l'un ni l'autre n'avions vu de pluie lors de nos deux pérégrinations.

À Hospital de Orbigo, l'intérieur se joignait à la beauté de l'extérieur. Dominique tenait particulièrement à s'y arrêter, pour que nous logions dans une petite auberge dont elle avait souvenir. Elle me fit donc entrer dans ce refuge magnifique, et je compris rapidement son désir d'y poser à nouveau son sac. Une cour intérieure présentant ses façades de chaux et de bois peint en bleu et une muraille magnifique exposant un pèlerin en pleine ascension donnait accès aux diverses salles communes et chambres. Un puit trônait au centre de cette cour, et on pouvait y trouver des fleurs et des fruits à partager entre pèlerins. Pour plus de soleil encore, nous pouvions nous rendre à la cour extérieure, assez vaste pour que des dizaines de pèlerins s'y étendent. C'était tout simplement magnifique.

À Astorga, alors que nous étions impatients de voir arriver Michèle, Patrick, Maurice et Carmen - nous leur avions laissé un mot sur un énorme carton sur le chemin, et nous avions hâte de voir s'ils l'avaient trouvé! - nous apprenions une très mauvaise nouvelle. Carmen n'était pas avec eux, car elle avait reçu un appel concernant son père qui l'avait obligé à renoncer au chemin pour retourner chez elle. Elle qui était partie de si loin, beaucoup plus loin que nous tous, avait du quitter à quelques jours seulement du but. Nous étions atterrés, tous les cinq, mais Maurice plus particulièrement, car il l'avait rencontrée en France et marchait avec elle depuis. Le chemin serait différent sans elle, mais nous décidions de continuer en son nom.

Après s'être arrêtés à Rabanal del Camino à l'Albergue El Pilar, nous traversions la noirceur puis la brume matinale pour tomber sur la Cruz de ferro, la croix de fer mythique du chemin. Selon la coutume, le pèlerin s'y arrête pour y laisser des pierres - ou tout autre objet symbolique qu'il porte sur son dos depuis le début de son pèlerinage - qui représente ses soucis et ses problèmes. En les laissant là, il recommence à neuf sa vie et laisse ses tourments derrière lui. La présence de cette croix ce jour là tombait bien, car j'étais dans un drôle d'humeur, me détestant pour des raisons qu'il serait trop long d'expliquer ici. Mais de la voir devant moi m'apaisait et me redonnait un peu de bon sens et d'espoir. Moi et Dominique nous étions préparé chacun quelque chose à y laisser, suivant la tradition. Comme je ne me sentais pas capable de me débarrasser d'un objet symbolique, j'avais écrit une lettre que je laissais entre deux pierres. Cette lettre parlait de ma quête, mais surtout me souhaitait courage et réponses. Dominique, elle, clouait la sienne sur la croix. Non sans un dernier regard à ce qui marquait une étape importante de notre camino, nous redescendions de la petite butte de cailloux et poursuivions notre chemin.

Vint la ronde des soupers communs. À Molinaseca, nous déposions nos sacs à l'auberge paroissiale où nous étions accueillis par un drôle de bonhomme qui ne nous fit payer que pour une seule personne, car, disait-il, il aimait bien les Québécois. Comme cet hôte avait quitté son poste dès lors que nous nous étions installés, nous nous retrouvions à convaincre les pèlerins passants devant l'auberge de s'y arrêter, tout le monde croyant que c'était fermé. À la fin de la journée, nous étions toujours très peu, et nous convenions tous de se préparer un bon souper à déguster ensemble. À la table, la Russie (Vicka) qui nous préparait de fabuleuses « Blim Chickies » - l'équivalent russe des crêpes -, la Hongrie (Sylard), l'Italie (Élisa), quatre cyclistes espagnols (Pablo, Guillermo, Carlos et Tony), deux Belges et leur bébé de dix mois - une histoire merveilleuse que la leur - , un Suédois (Pear) et le Québec, bien entendu. Comme tout le monde fêtait ensemble, chantant chacun à tour de rôle son hymne nationale, l'hôte nous offrit de fermer nous même l'auberge lorsque la fête serait terminée. Nous passâmes une mémorable soirée. À Vega de Valcarce, nous répétions l'expérience en préparant une pizza maison pour nous deux, Michèle, Patrick et Vicka. Nous profitions des dernières journées pour se retrouver entre amis, car tous le sentaient, cela tirait à sa fin, et personne au fond n'avait vraiment envie que cela se termine.

Le lendemain, nous montions O'Cebreiro, la deuxième plus importante dénivellation du chemin après les Pyrénées et entrions enfin en Galice. Malgré les difficultés physiques évidentes de cette journée, celle-ci aura toujours une place spéciale dans mon cœur. Suite à la vue de paysages d'une beauté et d'une grandeur inouïe, nous retrouvions avec surprise nos amis cyclistes au sommet, et, malgré le froid, déjeunions avec eux. Nous n'aurions pas dû les revoir, en tant normal, car les cyclistes sur le chemin sont beaucoup plus rapides que les randonneurs, mais les choses avaient ainsi été faites. Je me sentais touché par les dieux, au sommet de l'Olympe, et si j'avais été un peu morose les derniers jours, je regardais maintenant l'horizon avec le sourire et les yeux étincelants. Cette journée là, nous faisions plus de kilomètres que jamais - trente-quatre pour être exacte - tellement nous étions motivés et enchantés.

Rapidement, il ne restait plus que les derniers cent kilomètres à parcourir. Ces derniers efforts se déroulaient dans une ambiance tout autre que celle dans laquelle nous baignions précédemment. Les petits groupes de pèlerins s'étaient transformés en troupeau, car ces derniers kilomètres étaient fréquentés en masse par les touristes espagnols. Pour en rajouter, comme seuls les derniers cent bornes sont nécessaires pour obtenir la Compostella - le certificat du pèlerin -, s'ajoutait à cela des centaines de marcheurs - je n'oserais pas les appeler pèlerins - venu pour mettre un plus à leur curriculum vitae. L'achalandage était tel que nous devions partir encore plus tôt qu'à notre habitude pour s'assurer d'avoir une place à la prochaine auberge devant ce qu'on appelait les tourigrinos qui étaient arrivés en taxi ou en autobus et pour éviter d'avoir l'impression de faire partie d'une excursion scolaire. Heureusement, il y avait aussi sur ces dernières étapes la mascotte des auberges municipales à trois euros qui nous donnait l'opportunité de rire un peu. Semblant avoir été conçu par un enfant de quatre ans, ce bonhomme, que nous avions baptisé Jacobeo, était imprimé sur des pancartes tout au long du sentier. Chaque fois que nous le voyions, nous lui faisions dire des âneries enfantines... vraiment nous devions avoir l'air de deux fous, mais cela nous amusait beaucoup.

Finalement, les derniers jours de marche arrivèrent. Inconsciemment, nous les comptions, et le décompte à l'envers nous faisait peur. Nous finîmes quand même par atteindre Santiago. Santiago de Compostella, ou Saint-Jacques-de-Compostelle en français. J'aurais beaucoup de mal à vous décrire ce que j'ai pu ressentir lorsque j'ai franchi la frontière de la ville. Je crois que seuls ceux qui l'ont fait pourraient réellement comprendre. Une joie énorme, de se retrouver tous là ensemble, après tant d'efforts et après avoir imaginé ce moment des milliers de fois. Mais aussi une peine certaine que cela se termine. Devant la cathédrale, point final du pèlerinage, nous retrouvions nos amis, et, pour une dernière fois, entamions la chanson du pèlerin (que je publierai dans un billet à venir). J'étais ému, triste, béat, confus, désorienté... et la messe du pèlerin n'aiderait en rien, car elle signifiait vraiment la fin, apposait un sceau à notre histoire. Nous allions chercher notre Compostella au Bureau des pèlerins et profitions du reste de la journée pour nous balader dans la ville avec Patrick et Michèle. Car, certes, nous étions épuisés, comme à la fin de chaque jour de marche, mais l'adrénaline du moment nous poussait à vivre pleinement cette journée magique. Nous nous couchions tout de même tôt, car le lendemain matin, nous poursuivions notre marche. Ce n'était pas vraiment terminé, non. Un autre chemin bien spécial nous attendait...


À suivre...

En images

(1) La Cathédrale de Santiago de Compostella!
(2) On part t'y tôt, ou on part t'y pas tôt? Mais c'est merveilleux...
(3) Juste avant Vega de Valcarce, les couleurs font rêver...
(4) Au pied de la Crux de ferro.
(5) Plus que 195 km! Du moins selon cette pancarte là...
(6) Le vert commence à reprendre sa place.
(7) La cour intérieure du refuge paroissial d'Hospital de Orbigo.
(8) La Cruz de ferro, j'y étais!
(9) Souper entre amis à Vega de Valcarce. On voit en ordre Patrick, Michèle, Vicka et Dominique.
(10) La montée d'O'Cebreiro.
(11) Quelques indications pour ceux qui passent par Chibougamau pour se rendre à Rome ou autre lieu de pèlerinage.
(12) On arrive à Molinaseca.
(13) Santiago, youhou!!!!!!!!
 
En vidéo
 
Le fumero, lors de la messe des pèlerins : un énorme encensoir qui était utilisé à l'époque pour purifier les pèlerins... et cacher leurs mauvaises odeurs! Et oui, imaginez l'odeur de centaines de pèlerins du Moyen-Âge qui ne se sont pas lavés depuis des semaines! Nous avons eu la chance de le voir en action!
 
 
Voir aussi

- Compostelle, jusqu'au bout du monde : première partie
- Compostelle, jusqu'au bout du monde : deuxième partie
(1)
vendredi 11 décembre 2009 Compostelle, jusqu’au bout du monde : deuxième partie
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
La Mesa, l'infini

La Mesa, terres et champs à perte de vue, huit jours de marche sur un sentier qui semble faire tourner le paysage en boucle. Dominique était déjà prête à devenir folle, se souvenant de la dernière fois où elle avait traversé la zone maudite. Elle n'avait pas tord, il est vrai que la Mesa peut donner une impression de désert sournois à celui qui n'y est pas préparé. Presqu'aucune dénivellation mises à part les quelques butes recouvertes du jaune des champs de céréales, ce jaune partout. Peu de fontaines pour remplir ses gourdes et étancher sa soif - un tronçon de dix-sept kilomètres, même, où des ambulances de la Croix Rouge passent pour distribuer de l'eau. Le son des balles de fusil des chasseurs de petites bêtes des champs - la vue, parfois aussi, de ces balles, passant un peu trop près de nous - , des éoliennes au loin qui paraissent vous narguer - non, vous n'arriverez jamais à nous! - et encore ce jaune, toujours ce jaune. La couleur du blé prend un autre sens, englobante, emprisonnante - Dominique dirait empoisonnante -, éternelle. Mais alors qu'elle y voyait un cauchemar, je profitais plutôt du sentiment de plénitude et de grandeur que me procurait la vue de ces infinies vagues dorées. Du moins au début. J'avançais vers l'inconnu après tout.

À peine avions nous quitté Burgos que les ampoules se mettaient de la partie. Je marchais depuis treize jours et jamais elles ne s'étaient invitées - la première fois non plus d'ailleurs -, mais je ne pouvais pas y échapper, semblait-il. Les fameuses souffrances du pèlerin. Je n'avais pas à me plaindre toutefois, avec mes toutes petites ampoules, d'autres avaient les pieds en sang et des tendinites jusqu'au dernier des muscles. « C'est parce que vous avez du coureur des bois dans les gênes », disaient les pèlerins français. Étions-nous immunisés par notre histoire? Cela nous fît bien rire.

Nous marchions 25 kilomètres par jour, parfois plus, parfois moins. La chaleur intense du midi nous poussait à prendre la route plus tôt pour profiter de la fraîcheur du matin. Il n'était pas rare que nous sortions alors que le jour n'était pas encore levé, et nous profitions, ces fois-là, de levés de soleil à couper le souffle - les herbes et les prairies brillaient pour nous d'une toute autre lumière. Pour passer le temps, moi et Dominique, outre penser, jouions. Nous nous inventions une histoire rocambolesque où nous transportions le stricte nécessaire - un divan, un pot à fleur énorme en céramique, une laveuse, une sécheuse, un douche téléportante supersonique, des grappins et un ascenseur pour traverser les montagnes, une centaine de ballots de foin pour nous construire une maison lors de nos arrêts, etc. rien de bien superflu... - , devenions les animateurs du populaire quiz télévisé « Mais que se cache-t-il derrière la colline !!!?? » et avions même composé un équivalent « compostellien » le l'Arbre est dans ses feuilles intitulé Le chemin est dans ses flèches. Nous nous amusions follement.

À Carrión de los Condes, nous découvrions le plaisir des souper-partage, une tradition perdue du chemin. Ce souper nous était proposé par l'auberge : une traditionnelle soupe à l'ail nous était d'abord servie, puis le second plat se composait de victuailles et de plats divers apportés par les pèlerins eux-mêmes dans un esprit de partage. Une période de chants était aussi prévue par les sœurs - nos hôtes -, rencontre entre pèlerins de diverses nations, l'idée étant de faire connaissance avec les autres marcheurs. Lors de cette réunion, nous reçûmes une étoile de papier colorée par les religieuses qui allait nous porter chance jusqu'à Santiago. Nous participions, bien sûr, à toutes ces activités, en plus de passer une après-midi complète à préparer près d'une centaine de crêpes pour le repas du soir. Nous allions avoir de très bons souvenirs de ce refuge et de cette journée passée dans le vrai esprit du chemin. L'étoile de papier, aujourd'hui accrochée à mon mur.

Enfin, avant d'arriver à Léon, plusieurs rencontres encore, dont une qui prend aujourd'hui beaucoup de place dans nos cœurs - je crois que Dominique serait d'accord pour exprimer cela ainsi. Celle de Michèle et Patrick qui furent avec nous jusqu'à la fin et avec qui nous passâmes de très bons moments. Nous allâmes même les visiter à Saint-Loup, leur petit village magnifique dans le Beaujolais en France. Quand je pense à eux aujourd'hui, cela me fait sourire. Ils sont un peu comme notre famille française - Michèle qui nous appelait affectueusement « mes petits ».

À suivre...

En images

(1) La Mesa et son immensité...
(2) La croix-épée de l'Ordre de Chevalerie de Santiago (Cruz de Compostela).
(3) Castrojeriz.
(4) Une ambulance de la Croix Rouge qui distribue de l'eau aux pèlerins.
(5) Réaction de tous les pèlerins quand ils arrivent à cette auberge : "Quoi, ça ouvre juste à 13h00?" et, quelques secondes après à peine "QUOI, ya pas d'ombre!!!???", sous entendant ainsi que la fin est proche s'ils doivent attendre jusqu'à 13h00 au gros soleil...
(6) Une traditionnelle borne sur le chemin.
(7) Bercianos del real Camino au coucher du soleil.
(8) Léon, enfin!
 
Voir aussi

- Compostelle, jusqu'au bout du monde : première partie
- Compostelle, jusqu'au bout du monde : troisième partie
(5)
vendredi 27 novembre 2009 Compostelle, jusqu’au bout du monde : première partie
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En été 2007, je commençais quelque chose de grand et de fort, sans vraiment alors en comprendre toute l'importance : la marche du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. El camino de Santiago. J'allais de Saint-Jean-Pied-De-Port en France à Burgos en Espagne avec mon bâton de pèlerin et mon sac, et bien sûr mon amie Mélissa qui m'accompagnait. Je traversais ces 300 kilomètres de montagnes et de champs, sans me douter alors que ce n'était que le début d'une entreprise qui - j'en suis certain aujourd'hui - se poursuivrait toute ma vie.

Parce qu'il y a quelque mois de cela à peine, j'ai décidé d'à nouveau emprunter cette route. Pourquoi? Et bien il y avait quelque chose d'inachevé dans ma première expérience. Je n'avais pas vu la somptueuse cathédrale de Santiago, mes jambes n'avaient pas connu les 800 kilomètres nécessaires pour s'y rendre, mon être se souvenait et il voulait revivre le chemin. J'allais revenir, m'étais-je dit la première fois, je ne savais simplement pas quand. Et bien ce quand, j'ai fini par décider que ce serait en août 2009.

Ne vous y trompez pas, le chemin pour moi n'a rien à voir avec l'Église. Si vous avez pris connaissance de ma marche de 2007, vous le savez déjà. Les gens le marche pour plusieurs raisons, l'un pour la foi, l'autre pour le sport. Je le fais pour ni l'un ni l'autre. Je le fais pour moi, pour croire que je peux dépasser même les limites qui m'ont toujours semblées inatteignables, physiques ou mentales, et pour réfléchir, surtout, faire le point et répondre aux questions qui ne semblent avoir aucune réponse. Et, bien sûr, je le fais pour les rencontres, avec les gens mais aussi avec l'ambiance du chemin, qui est unique, distincte de tout.

Cette fois-ci, j'ai choisi de ne pas me demander d'écrire chaque jour, de ne pas traîner de calepin. Peut-être pour mieux vivre le présent, m'éloigner du quotidien au maximum. Je n'ai donc pas de journal d'étapes à vous présenter, mais je ne pouvais quand même pas passer sous silence ces six semaines si spéciales qui ont fait partie de mon « tour d'Europe ». Voici donc le récit de mon chemin, un aperçu seulement de la marque qu'il a créé en moi.

De Saint-Jean-Pied-De-Port à Burgos, revenir aux sources
J'allais refaire les 300 premiers kilomètres parcourus en 2007. La question ne s'est même pas posée : si j'étais pour marcher jusqu'à Compostelle, c'était depuis Saint-Jean-Pied-De-Port. Le 8 août, accompagné de Dominique, j'ai donc retrouvé ce village qui avait marqué ma mémoire et où je rêvais de retourner depuis la première fois où j'y avais posé les pieds. Ses toits rouges, ses ruelles étroites en dalles anciennes, ses petites boutiques, ses auberges de pèlerins, ses collines verdoyantes et ses bruits - le plus vivant, le tic du bâton de pèlerin frappant le sol. Des pèlerins convergeant de tous les coins du monde vers ce lieu-porte d'Espagne. J'étais ravi, et, comme je m'y attendais, Saint-Jean-Pied-De-Port me donnait la volonté et la force dont j'aurais besoin dans les jours à venir.

Parce que - et je m'en souvenais - les premiers jours allaient être difficiles, avec la traversée des Pyrénées et le mauvais temps annoncé. Pourtant, quand j'arrivais à Roncesvalles, après avoir parcouru les 27 kilomètres de montagnes dont j'avais les plus beaux souvenirs, j'étais loin de me sentir aussi alangui que lorsque je l'avais fait la première fois. Au contraire, je me sentais prêt à continuer. C'était un bon début, surtout que le mauvais temps annoncé n'avait pas eu lieu et n'aurait jamais lieu que par de très fines gouttelettes plus près d'une brume rafraichissante que d'une pluie torrentielle.

Je revis des villages et des lieux dont j'avais un souvenir clair. Les vaches et les chèvres perdues dans le brouillard épais des Pyrénées, le champ où nous avions manqué d'eau, la petite auberge de Larrasoaña, Pamplona, l'Alto del Perdón, la fontaine d'eau et de vin Irache, la beauté de Los Arcos ou encore de Viana. D'autres coins aussi qui subitement me revenaient à l'esprit en les voyant. Les galets posés en étages et peints de jaune, les gigantesques champs de tournesols, la première flèche jaune... Je me faisais un plaisir, à tout moment, de m'exclamer à Dominique que telle histoire s'était passée à tel endroit, et que nous avions rencontré un tel lors de cette étape X. Je m'amusais à essayer de replacer mes souvenirs en ordre, parfois surpris de rencontrer tel village avant tel autre - avaient-ils changé de place? Avais-je passé par ce même chemin la dernière fois? Malgré le meurtrissement de mes épaules par mon sac, la chaleur intense et mes muscles fatigués, je ne pouvais que sourire à l'idée de revivre tout cela, mais aussi de faire de nouvelles découvertes.

Je marchais trois jours seul, entre Los Arcos et Nájera, Dominique ayant dû s'arrêter pour donner un peu de repos à ses genoux qui s'étaient transformés en tendinites, le mal le plus connu du pèlerin après les ampoules. Nous faisions beaucoup de rencontres, plus que lorsque j'avais marché le chemin à 17 ans, la différence d'âge amoindri aidant probablement, parce qu'encore les jeunes pèlerins étaient rares. Que ce soit Cécile, une Française avec qui nous avons formé une amitié sincère, Andrea l'Italien, Louisa la Mexicaine, Gontran le Belge, Olivier l'explorateur ou encore ces deux jeunes de 17 ans, français, qui me faisaient penser à moi et Mélissa sur cette même route quelques années plus tôt, tous avaient des choses extraordinaires à dire et à faire vivre. Mais après Burgos, malheureusement, nous allions en perdre plusieurs de vu.

Au bout de ces treize jours de marche, de nouveau à Burgos deux ans après, je ne pouvais pas croire que j'avais fait, une seconde fois, tout ce chemin. C'était quelque chose d'extraordinaire pour moi, autant que la première fois sinon plus. Et surtout, j'étais impatient de poursuivre, d'aller vers l'inconnu avec Dominique qui, elle, avait déjà parcouru les prochains sentiers.

À suivre, dans un prochain billet...

En images

(1) Ça y est, c'est la deuxième fois que je marche Saint-Jean-Pied-De-Port - Burgos!
(2) Un bar pour pèlerin sur l'Alto del Perdon? Décidemment ces Espagnols... :P
(3) Paysage typique d'Espagne.
(4) Des moutons à n'en plus finir!
(5) Souriez!
(6) Hum... nous ne sommes pas les premiers arrivés à cette auberge. ^^
(7) Saint-Jean-Pied-De-Port!!!!
(8) Les vaches se reposent tout bonnement en plein milieu du chemin...
(9) La place centrale de Viana.
(10) Les pèlerins, ce sont des artistes!

Voir aussi

(6)
samedi 18 août 2007 Notre pèlerinage de Compostelle


De Saint-Jean-Pied-De-Port à Burgos. Près de 300 kilomètres. C'est ce que moi et Mélissa Proulx avont parcouru cet été, tout en visitant un peu Paris. Je vous propose ici de vous raconter ma vision de notre pèlerinage, mes émotions et notre découverte de l'Espagne et de la France. Je base ces écrits sur mon cahier dans lequel j'ai écris tout au long de notre cheminement. Cela débute par un atterissage à Paris et se termine par un retour au Canada. Entre les deux, 13 jours de marches qui nous auront fait découvrir toute la culture espagnole, la beauté de l'Espagne et qui, immanquablement, nous auront fait apprendre sur nous-même.

Voici donc ces pages dans lesquels je vous racontre notre périple. Sachez que toutes les photos, près de 70, peuvent être agrandies en cliquant simplement dessus :

Attention! L'ordre des billets sur le blogue fait en sorte que les jours sont présentés à l'envers. C'est pourquoi il faut cliquer sur "Jours 1 et 2 - Fatigue et stress" plus haut, puis utiliser par la suite les flèches "suivant" et "précédent" visibles en haut à droite sous le titre de chaque billet.

Buen camino!
(3)
mercredi 15 août 2007 Jour 20 - Au dessus de l'océan atlantique
Un verre d'eau sur la tablette en face de moi, Méli à côté, sur l'autre banc, les nuages et l'océan à travers le hublot à ma droite. Nous sommes dans l'avion, nous quittons Paris, nous quittons l'ambiance européenne et mon rêve. 

Ce matin, moins stressant que prévu. Après le petit-déjeuner de petit pain, beurre et chocolat chaud désormais devenu inévitable et habituel, nous réussissons à nous rendre à l'aéroport Charles-De-Gaulle à l'aide de différentes lignes de Métro et du RER B. L'enregistrement et l'embarquement se passent bien aussi, malgré un retard de plus de 2 heures.

Dans l'avion, Méli écoute sa musique, je lis une revue Science et Vie que je me suis achetée. Puis, après le repas chaud très bienvenu de poulet, pomme de terre en purée, pâtes au basilic et fèves, je relis mon petit cahier de voyage. Je revis chaque moment et chaque jour. Je me rends compte à quel point j'ai adoré notre pèlerinage et notre séjour à Paris et à quel point ce voyage a été et sera à jamais un élément essentiel de ma vie.

Je suis heureux. Et je ne vois pas comment terminer ce cahier autrement que par ces trois mots, car c'est réellement ce que je ressens après avoir vécu tout ce que j'ai vécu les 3 dernières semaines. Merci Méli de m'avoir permit de vivre cela avec toi.

Je suis heureux.

(4)
mardi 14 août 2007 Jours 18 et 19 - Derniers jours à Paris
Les deux derniers jours furent époustouflants et m'enlevèrent complètement le goût de retrouver au Canada. Ce soir, je serais prêt à rester encore une semaine! 

La première journée, après le réveil et un petit-déjeuner de pains, beurre et chocolat chaud, nous sommes allés visiter Paris. Je vous propose de découvrir cette journée en photos:

   
  

Dans l'ordre de présentation :

(1)Le musée du Louvre, avec ses pyramides de verres impressionnantes.

(2)L'imposant panthéon où reposent des personnes importantes à la France. « Aux grands hommes, la patrie reconnaissante. »

(3)Notre-Dame-De-Paris, où nous sommes entrés pour admirer la formidable architecture et les tableaux de cette cathédrale.

(4)La place de la Concorde avec son obélisque égyptien, l'obélisque de Louxor.

(5)La place de la Bastille et son monument commémoratif de la révolution.

Le Quartier latin où nombre de librairies et d'éditeurs on prit place, dont une librairie Canadienne.

L'énorme et majestueux hôtel de ville, témoin d'un autre temps.

Nous avons également vu la Conciergerie, le jardin des tuileries et le Palais Royal. Tous ces endroits sont des lieux que nous avons observés sans y entrer, puisque cela nous aurait coûté une fortune. Méli avait raison.

(6)Le soir, nous sommes allés voir la tour Eiffel. Je ne croyais pas trouver cela extraordinaire : pour moi, la tour a toujours été un amas de fer. Mais je dois avouer que, à 10h00 du soir, lorsqu'elle a commencé à scintillé, j'ai ouvert grand les yeux et profité du beau moment que ce monument de lumière nous proposait. Ce fut d'ailleurs notre plus belle soirée à Paris.

Puis le lendemain, même petit-déjeuner. Cette fois, nous allons à Versailles. Je meurs d'impatience car c'est un endroit que je rêve de visiter depuis des années. Le château et son domaine sont magnifiques et énormes, mais ce n'est pas selon moi le plus beau château de France – Élise serait d'accord avec moi. Par contre, d'un point de vue historique, j'ai été totalement satisfaits et mes attentes ont été plus que comblés : en plus de visiter les différentes salles du château où Louis XIV, Louis XV, Louis XVI, le dauphin ou encore Marie-Antoinette ont posé les pieds – c'est-à-dire leurs appartements, la galerie des glaces, leurs bureaux, la salle des ministres, etc., des salles beaucoup plus étonnantes que l'extérieur du château -  un audio-guide nous soufflait à l'oreille l'histoire de ces pièces et de leurs occupants. J'ai été particulièrement intéressé par la période du règne de Louis XVI et de la révolution, car je connaissais déjà certains détails, ayant lu plusieurs livres sur Marie-Antoinette et ayant écouté plusieurs documentaires sur cette période.

Le soir, nous avons fait une tentative ratée de sortie dans une rue où les boutiques sont abondantes, sous la pluie. Toutes les boutiques était fermés, seul restait les restaurants.

Et maintenant, de retour à l'auberge, je m'apprête à dormir ma dernière nuit en Europe. Je regarde la tour Eiffel scintiller une dernière fois et je m'endors.

(0)
dimanche 12 août 2007 Jour 17 - Paris, premier jour
Paris. À nouveau. De la fenêtre de notre auberge de jeunesse, la même qu'au début à Clichy, nous pouvons apercevoir un bout de la tour Eiffel. Aujourd'hui, après être arrivé à Paris vers 6h00 du matin, avoir mangé un croissant de chez Paul et s'être rendu à l'auberge, nous avons visité quelques secteurs du centre-ville : les champs Élysées, la place Charles-de-Gaulle avec son arc de triomphe et son rond-point étoilé puis le secteur Montmartre avec son cimetière impressionnant et sa basilique Sacré-Cœur. C'était bien, mais je crois que nous étions trop fatigué pour réellement apprécié et comprendre que nous étions en France.

 Méli vient de me dire quelque chose à propos de la ville lumière : pour réellement sentir la ville et les différences européennes, il faut de l'argent. Pour véritablement visiter ce qui vaut la peine à Paris, il faut encore de l'argent. Si on voulait vraiment se mettre dans l'ambiance Parisienne, il faudrait admirer les œuvres du Louvre, monter la tour Eiffel, dîner dans les restaurants et les cafés, etc. Je suis d'accord. C'est comme ça à Paris. C'est tout le contraire de l'Espagne et des plus petites villes de France : un pèlerinage comme le notre, nécessitant le strict minimum, était la seul manière de vivre le pays.

Et donc voilà, je n'écris déjà plus car je suis fatigué, je n'ai pas réussi à dormir beaucoup dans le train. J'en dirai plus sur Paris dans les jours à venir.










En photos

Dans l'ordre de présentation :
(1) L'arc de triomphe.
(2) Vue depuis le haut de l'arc de triomphe.
(3) Le moulin rouge dans le quartier Montmartre.
(4) La basilique du Sacré-Coeur.

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samedi 11 août 2007 Jour 16 - Dernière étape et réflexion
Distance parcourue : 26 km
Trajet : De San Juan de Ortega à Burgos

Un train de la RENFE nous amène de l'Espagne à la France, à Hendaye, puis un autre nous amènera à Paris. Cela fait drôle d'avancer sans efforts, sans que mes jambes aient à souffrir. Aujourd'hui, j'ai marché la dernière étape de notre chemin, celle menant à Burgos. Plaine sur le haut d'une montagne, champs, cercle de pierres construit par les pèlerins, coquilles. À Burgos, après avoir traversé pendant plusieurs heures la moitié de la ville un peu plus moderne, je me retrouve devant la cathédrale grandiose de la ville, où, comme point final à mon pèlerinage, je décide de donner de la monnaie à une femme pauvre, assise sur le mur de la cathédrale. Je ne sais pas si elle est vraiment démunie, mais peu importe, le geste compte. Je trouve Méli de l'autre côté de l'énorme édifice religieux. Nous nous racontons nos rencontres, expériences et fous rire des deux derniers jours. Nous allons chercher le sceau d'arriver à Burgos pour le faire étamper dans notre Credencial, acte symbolique, puis nous marchons jusqu'à la gare pour prendre, à 4h44, le train dans lequel nous nous trouvons en ce moment.

C'est étrange de quitter ce pays que j'ai découvert à pied, cette culture que j'ai vécue plus que n'importe quel voyage touristique aurait pu me le permettre. Dans le train, on devine une bonne dizaine de pèlerins retournant chez eux. Coquilles et bâtons. Qu'est-ce que ce chemin m'aura apporté? Qu'ai-je retenu de ce périple européen?

Quelques changements, petits et grands, se sont opérés en moi, je le crois. J'ai redéfini mon statut de solitaire. Je ne vois plus le concept de solitude comme avant. Marcher seul, pendant près de 10 jours, devait donner ce résultat, et c'est ce qui est arrivé. Je ne crois plus que si c'était nécessaire, je pourrais vivre sans relation, seul chez moi. Avant le chemin, je ne croyais pas à l'énoncé qui dit que l'homme est un être de relation. J'y crois maintenant, et je sais que je ne pourrais pas exister sans amitiés, sans amour, sans liens avec autrui, tout comme je ne pourrais pas le faire sans solitude. Solitude et relation sont à présent complémentaires à mes yeux.

Je pense être un peu moins timide, dans le sens où je suis plus ouvert à aller parler aux gens. Durant le voyage, encore plus dans les deux derniers jours, j'ai du parler en anglais, français et même espagnol pour demander de l'information ou parler avec d'autres pèlerins. J'ai rencontré des gens de toutes langues et de toutes cultures. J'ai, pour la première fois, dû me forcer à aller voir les gens pour leur parler. Maintenant, j'ai moins « peur ». Pourtant, je sais qu'il me reste encore des pas à faire pour améliorer cet aspect de ma personnalité, et j'espère les faire dans l'avenir, j'espère que ce voyage aura servi de lancée.

J'ai aussi découvert en moi une force de volonté extraordinaire. J'ai fait mon chemin jusqu'au bout, c'est là un fait indéniable. J'ai réussi, malgré certains jours de découragement, certains jours où j'aurais voulu suivre Méli en bus. Malgré les hauts et les bas – car c'est bien ce que fut le chemin : une dénivellation non constante de hauts et de bas – je suis allé au bout de mon défi. Et ce défi, c'était un défi à aspect physique, le pire défi que je pouvais me donner, car contraire à toutes mes forces. Et j'ai réussi. Tout ça m'aura certainement apporté une plus grande confiance en moi. J'y crois en tout cas, et cela se vérifiera dans les mois à venir. Je suis fier.

Et puis j'ai appris à vivre de petits moments magiques, d'instants de joie. Le chemin n'est pas une extase. Il est difficile tant physiquement que moralement. Il faut savoir s'accrocher aux instants de bonheurs qu'il nous apporte pour avoir la volonté d'aller jusqu'au bout : un paysage divin, un repas entre pèlerin, une rencontre, un échange, un symbole, un bonjour. Plus concrètement encore : aller à l'épicerie avec Méli ou lui faire découvrir ce que j'ai acheté seul, arriver à notre ville destination, porter fièrement la coquille, parler français avec un pèlerin, découvrir notre refuge de la journée, trouver un livre français dans une commode. À l'avenir, je saurai que moments difficiles ou pas, j'ai une ficelle de petits bonheurs à laquelle je peux m'accrocher.

J'ai grandi tout simplement. Je me demandais qu'est-ce que le chemin change à la vie d'une personne, pourquoi tant de gens disent avancer autrement dans la vie après avoir marcher ce chemin. Maintenant je sais. Le chemin nous oblige à nous rapprocher de nous-mêmes et de cette façon il réussi à changer ce que nous percevons de nous et du monde. Certains le font pour trouver des réponses à des questions. Moi je l'ai fait sans question, en laissant le chemin faire son travail sur moi. Le Camino de Santiago est bénéfique que vous cherchiez quelque chose ou pas, car immanquablement, il vous apportera beaucoup. J'ai 18 ans, je suis jeune et lorsque j'ai décidé de faire le chemin, j'étais heureux, je n'avais pas réellement de gros problèmes. Le contexte est totalement différent de celui d'un homme ou d'une femme qui déciderais de marcher le chemin pour trouver un nouveau sens à sa vie. Pourtant, il m'a beaucoup donné.

Je ne reviendrai pas au Canada saint. Je ne serai pas non plus plus sage ou plus intelligent. Je serai simplement davantage moi et j'aurai grandi. Enfin, c'est ce que je perçois aujourd'hui. J'écris le jour même de mon arrivé au point final sur les résultats de mon voyage. Peut-être ais-je tords, peut-être y-a-t-il des choses qui ne sont que façades, des choses que je ne vois pas ou des changements mal évalués. J'en saurai davantage plus tard, avec le recul. Alors je pourrai réellement définir ce qu'est devenu Maxime suite à ce pèlerinage.

On m'a souvent demandé si je pensais continuer le chemin pour aller jusqu'à Santiago. Je ne le sais pas, seul le temps me le dira. Ce que je sais, c'est que si je le fais, ce sera que j'ai des réponses à trouver, que je voudrai me retrouver moi, le vrai moi, si jamais je me perds. Et si je le continue, ce sera à l'âge adulte.

Je suis content et fier d'avoir fait ce chemin. J'en garderai à jamais un souvenir impérissable. Dans les prochains jours, nous allons découvrir Paris. Ce sera pour moi des jours de repos, tant mentaux que physiques, pour laisser retomber la poussière qui a été déplacée sur le chemin. Puis nous retournerons au Canada. J'ai hâte de retrouver tout le monde et de raconter le voyage. Les derniers instants à Paris je les passerai avec Méli, et je compte bien les rendre le plus merveilleux possible, afin que ces quelques jours puissent rester pour elle comme d'excellent souvenir de notre voyage, à l'instar de tous les mauvais surement apportés par son genou.

Direction Paris. Dodo dans le TGV nous y menant. D'ici demain je repose mon stylo.

Avec du recul

Il est encore trop tôt pour dire si les changements que j'ai notés dans ce cahier ce jour là sont réels et tangibles. Mais je vois une différence mineure dans mon attitude, il me semble que je suis plus calme et que le degré d'importance de certaines choses ont changé. Je vois autrement.

En photos

Dans l'ordre de présentation :
(1) Le matin, sur le chemin.
(2) Une fontaine d'eau potable pour les pèlerins, probablement dans le village d'Atapuerca.
(3) Un champs de tournesols assez impressionnant.
(4) Un cercle de pierres construit par chaque pèlerin passant sur la plaine, située en haut de la montagne à monter dans cette étape.
(5) Une photo de moi avec à l'arrière une pancarte prouvant mon arrivée à Burgos. Je fais une face de drogué, mais j'étais fatigué et j'avais le soleil dans la figure.
(6) La cathédrale de Burgos, étonnant monument religieux.

(2)
vendredi 10 août 2007 Jour 15 - Village et monastère
Distance parcourue : 24 km
Trajet : De Belorado à San Juan de Ortega

La preuve que tout est relatif : alors qu'hier et aujourd'hui je devais marcher le même nombre de kilomètres, la marche d'hier m'a semblé beaucoup plus longue que celle d'aujourd'hui.  Les villages, la dénivellation changeante – plus particulièrement la montée d'une haute montagne -, les paysages divers et le froid m'ont aidés à marcher le chemin sans trop m'ennuyer. J'ai atteint San Juan de Ortega à midi, à ma grande surprise, car le village n'est visible qu'à la dernière minute en sortant de la forêt. Cette forêt qui d'ailleurs a rendu la deuxième moitié du chemin fort longue, de part son environnement monotone n'apportant rien de nouveau.

San Juan de Ortega n'est qu'un petit village, un amas de maisons entourant un monastère dans lequel on retrouve l'auberge de pèlerins. Bien que ce bâtiment religieux soit sublime, San Juan et son refuge n'apporte pas grand-chose. Dans la ville, pas d'épicerie, pas de restaurant, pas de pharmacie, uniquement 4 ou 5 maisons, le monastère, un bar et le refuge. Dans le refuge, pas de salle de lavage – il faut laver son linge dans la fontaine du village -, pas d'eau chaude pour la douche – la galère, car l'eau n'est pas juste froide, elle est gelée – et n'offrant aucun repas pour combler l'absence de restaurant ou d'alimentacion. Résultat : je mange un sandwich et des biscuits achetés au bar pour souper, et demain matin je mangerai la banane et les arachides que je me suis forcé à ne pas manger ce midi, car normalement ces deux choses faisaient parti de mon dîner. J'espère que demain il y aura une épicerie ouverte à Atapuerca, un village sur ma route, sinon j'aurai du mal à dîner.

Heureusement, j'ai rencontré ici l' « ami » américain de Méli, James, et j'ai retrouvé un Canadien de Yellowknife, ex-québécois, a qui nous avions parlé il y a quelques étapes. J'ai également fait la rencontre d'un nouveau français, qui trouvait cela très impressionnant que nous faisions le chemin à notre âge. Je ne suis donc pas réellement seul. D'ailleurs la solitude n'est pas si lourde que je l'aurais pensé, malgré le fait qu'après avoir jouer aux cartes, vaquer à mes tâches quotidiennes et lu – car j'ai trouvé un livre français, Liberty, dans un meuble de chevet au refuge -, je ne sais plus trop quoi faire. Il reste que j'ai hâte de retrouver Méli demain à Burgos, ma dernière destination sur le chemin, et d'avoir accompli mon défi déjà presque terminé.

Il est 6h45, je vais me coucher à 8h00. D'ici là, je vais probablement lire, même si je sais que je ne vais jamais finir le livre, puisqu'il est trop gros pour que je l'amène avec moi. Mais avant de serrer ma plume, je veux écrire que je suis fier et fort heureux d'avoir décidé de continuer et de finir le chemin, mon chemin, seul.

Et non, je n'avais pas terminé d'écrire, je veux rajouter quelque chose avant de me coucher, car de nouveaux évènements se sont produits. Après la messe, le refuge a servi, dans la salle commune, une soupe à l'ail à tous les pèlerins. C'était magique comme moment, car tous les pèlerins se sont réunis autour d'une longue table. L'hôte nous a fait un discours en espagnol - sur les raisons amenant à faire le chemin – ce qui a donner lieu à quelques rires entre les français, dont moi, car nous ne comprenions rien du tout. Puis, après les applaudissements, nous sommes allez chercher une deuxième part de soupe. Je n'oublierai jamais ce moment qui, à mon avant-dernière étape, m'aura rempli de joie. J'ai hâte à demain.

Avec du recul

Cette journée fut fabuleuse, je me souviens très bien à quel point je me sentais bien, assis à l'extérieur en train d'écrire dans mon cahier. Ce fut l'une des plus belles journées.

En photos

Dans l'ordre de présentation :
(1) Sur le chemin.
(2) Une partie du monastère, là où se trouve le refuge.
(3) Après la soupe à l'ail, certains restent pour discuter.

(0)
jeudi 09 août 2007 Jour 14 - Petit refuge, grandes décisions

Distance parcourue : 23 km
Trajet : De Santo Domingo de la Calzada à Belorado

La marche d'aujourd'hui était ordinaire. Heureusement qu'il y avait souvent des villes, car sinon je me serais ennuyé. J'ai quand même pensé à mettre une roche pour chaque personne de ma famille, ainsi que pour certains amis comme Méli, Mélissa Jetté et Marc-Antoine, lorsque je rencontrais un de ces amas de pierres situés sur les « totems » signalisant le chemin. C'était très significatif pour moi que le chemin leur apporte quelques choses à eux aussi.

Demain, Méli ne peut pas me suivre en autobus à San Juan de Ortega, car il n'y a pas de ligne qui s'y rend. Ce qui m'a demandé de prendre une décision :

1° Soit je marche les deux prochaines étapes seul. Je serais donc 2 jours complètements seul, même à l'auberge.

2° Soit je marche jusqu'à Villafria, une ville au milieu de l'étape de demain, et après-demain je prends la bus avec Méli.

D'un côté, je préfère la deuxième option, car je suis un peu exaspéré de marcher seul, car cela fait tout de même 6 ou 7 jours en ligne. D'un autre côté, je sais que si je ne choisi pas la première option, je vais regretter de ne pas avoir marché jusqu'au bout, celui que nous nous sommes donnés, Burgos. Pour l'instant, je pense marcher les 2 prochains jours seul. J'espère ne pas changer d'idée. Cela ne me tente pas vraiment, mais je me suis donner un défi et je serais déçu de moi-même de ne pas l'accomplir par lâcheté. Car ce serait de la lâcheté pure et simple, puisque je ne suis pas blessé physiquement. Rien ne m'empêche donc de continuer. J'espère seulement que le chemin de demain, long – 24 km – et difficile – car il monte beaucoup –, sera un peu plus éblouissant et nouveau.

Pourtant, même si j'ai hâte de retourner à Paris, puis éventuellement au Canada, l'Espagne va me manquer avec ses différences de culture, ses toits rouges et sa langue – très loin dans mon esprit. Le chemin aura été plus dur moralement à marcher que je ne l'aurais cru, à cause de la solitude, mais je ne regretterai en rien mon expérience.

Ce soir, nous avons mangé au refuge pour 8 euros, car il n'y a pas de cuisine disponible pour les pèlerins ici. Nous avons mangé un très bon repas – soupe au poulet et œuf, salade, viande de porc, crème glacée et pain – en compagnie de deux allemands. C'était bien agréable, nous avons réussi à tenir une conversation en anglais. Nous avons parlé des raisons de faire ce pèlerinage. Ils nous ont expliqué qu'ils avaient besoin de faire le point sur leur vie, et que c'est pour cela qu'ils sont ici. Nous leur avons dit que nous voulions quant à nous vivre quelque chose de différent, rencontrer des gens et réfléchir un  peu.

Je sens que je vais me coucher de bonne heure, car je suis assez fatigué. Je me demande à quoi ressembleront les deux prochains jours. Vais-je réussir à passer de belles journées malgré l'absence de Méli? Que vais-je faire une fois au refuge, seul?

Il est 8h00, je vais cesser d'écrire et tenter de dormir, malgré la lumière – le soleil se couche à 10h00 - et le bruit. Demain, un autre jour, un jour de solitude.

En photos

Mélissa avait l'appareil photo cette journée là. Les photos que je publie ici sont donc celles de sa journée, principalement en autobus. Je ne peux pas les commenter.








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mercredi 08 août 2007 Jour 13 - Odeurs d'Espagne
Distance parcourue : 21 km
Trajet : De Najera à Santo Domingo de la Calzada

Aujourd'hui fut une journée magnifique. Terminée la déception d'hier. De Najera à Santo Domingo de la Calzada, les paysages de champs, vignes et villages étaient à couper le souffle. Les verts, les jaunes, les bleus et les rouges étaient… comment dire… tellement vifs, tellement coloriés! Et puis je suis passé à travers deux villes, ce qui aide à la motivation, car marcher 20 kilomètres dans les champs donne une impression de longueur assez prononcée. L'une des villes, Cirueña, m'a toutefois déçue : des blocs de condos et d'appartements tous modernes mais surtout tous identiques! Sinon, je me suis perdu dans mes pensées davantage que les jours précédents, car j'ai osé quitter la beauté de mon environnement de marche pour les tréfonds de mon crâne. À mon arrivée à Santo Domingo de la Calzada, j'ai reconnu l'odeur des villes d'Espagne, une odeur si particulière, ressemblant à celle du pain, mais pourtant indescriptible dans son ensemble.

Aux portes de la ville, première auberge, personne. À la deuxième, je retrouve Méli. Sourire de se retrouver. Après de tumultueux- et oui, tumultueux -  problèmes pour se retrouver dans le même dortoir, nous réussissons finalement à avoir deux lits côte à côte. Douche, lavage, jeux de cartes. Nous allons à l'épicerie ensemble, ce qui est miraculeux.  Nous y retournerons plus tard pour acheter du pain, une baguette bien sûr. Nous passons de bons moments ensemble en parlant. Elle me dit avoir apprit beaucoup sur elle-même durant ce voyage, surtout sur ses faiblesses. J'ai beaucoup appris sur des forces que je ne croyais pas avoir. Je peux avoir plus de volonté que je ne l'aurais cru. Je découvre aussi que physiquement, je peux si seulement cela m'intéresse un tant soit peu et s'il y a un but intelligent derrière. Et puis, je me rends compte que je me débrouille beaucoup mieux en anglais que je ne l'aurais cru.

Maintenant, il est 8h20 et tout le monde mange. Évidemment, car les européens mangent beaucoup plus tard que nous. Hier soir, j'ai terminé Les Coloriés. J'ai adoré ce livre. J'en garde deux leçons fondamentales que j'essaierai de maîtriser :

1° Ne jamais refouler ses sentiments. Donc pleurer, chialer, sourire si l'on en a envie.
2° Dire la vérité, être honnête, peu importe les conséquences.

Si j'étais professeur de philosophie, Les Coloriés ferait très certainement parti des livres que mes étudiants auraient à lire!

J'ai proposé à Méli de s'écrire mutuellement une lettre à la fin du voyage pour se dire ce que l'on a appris de l'autre. Elle a accepté.

Il ne reste que 3 étapes. Demain, destination Belorado, 23 kilomètres.

En photos

Dans l'ordre de présentation :
(1) Sur le chemin, on voit au loin d'autres pèlerins.
(2) L'une des églises de Santo Domingo de la Calzada.
(3) Méli, qui ne s'attendait pas du tout à ce que je la prenne en photo.

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mardi 07 août 2007 Jour 12 - Montagnes russes
Distance parcourue : 17 km
Trajet : De Navarrete à Najera

Aujourd'hui, encore sous la menace de la pluie qui ne tomba finalement jamais (je vais commencer à croire aux miracles), le chemin était entièrement dans la nature. Je ne passais dans aucune ville, ce qui, malgré le fait que je ne devais marcher que 16 kilomètres, donnait l'impression que je cheminais pendant beaucoup plus longtemps. La solitude pendant la marche commence à me peser. Ce que je vois et découvre est magnifique, mais à quoi bon voir tout ça si je ne peux le partager! Non vraiment marcher seul devient de plus en plus pénible. Heureusement qu'il ne reste que quatre étapes, car maintenant ce qui est le plus intéressant dans la journée c'est lorsque je retrouve Méli, et non plus le chemin.

C'est dommage, mais bien que parcourir le chemin seul me donne plus de temps pour réfléchir, j'ai besoin de compagnie. J'apprécie toujours le paysage, mais je trouve le temps long. Un peu avant d'arriver à Najera, notre destination, deux fauteuils étaient déposés en pleine nature. C'était la seule surprise de la journée. En plus, nous avons définitivement « perdu » tous les amis que nous nous étions fait, car nous avons fait 2 étapes en 3 étapes, au contraire de ces derniers.

Je sais, je sais, je m'en rends compte, mes écrits sont maussades, mais je me sens déçu par la tournure des évènements. Je ne suis pas déçu du voyage, car j'aurai passé de très bons moments, mais je sens que les journées de solitude à suivre seront difficiles. Quoiqu'il en soit, cela aura été l'une des plus belles expériences de ma vie, même si pour la vivre j'ai du souffrir physiquement et mentalement.

À ma grande surprise, la soirée m'a réconcilié avec le chemin. Moi et Méli avons passé une bonne soirée. Après le moment excitant où je lui ai fait découvrir ce que j'ai acheté à l'alimentacion, nous avons fait cuir des raviolis et les avons mangés en discutant avec un couple de français. C'était bien intéressant. Nous avons parlé du chemin, des différences de culture entre la France et le Québec, des choses à voir à Paris et même du débarquement de Normandie, ce qui fut un moment émouvant. Nous avons ensuite discuté sur nos lits, moi et Mélissa. Je suis prêt et motivé pour demain.

Il est 8h15, je vais terminer Les Coloriés.

P.S. :  Il y a pleins de canadiens ici! Pas de québécois par contre.

Avec du recul

Tout au long du pèlerinage, ces genres de montagnes russes morales ont eu lieu à plusieurs reprises. La solitude me pesait un jour et me réjouissait l'autre. Le matin j'étais motivé et l'après-midi non ou vice-versa. J'ai compris qu'il n'y avait rien de plus normal, surtout lorsqu'on se sent éloignés de nos proches.

En photos

Dans l'ordre de présentation :
(1) Une fidèle flèche jaune, signalisation pèlerine.
(2) Vous ne rêvez pas, je suis bien assis sur un fauteuil en plein milieu de nul part. Il semble que quelqu'un ait voulu créer un espace de repos pour les pèlerins. Merci au cycliste qui m'a pris en photo!
(3) Un amas de roche formé par les pèlerins. On trouve de ces montagnes de pierres partout sur le chemin. Il s'agit souvent de pierres amenées du pays d'origine. Ces roches représentent les problèmes et les maux du pèlerin, et lorsque celui-ci place l'une des ses roches sur l'un de ces monticules, ses problèmes, selon la légende, restent à cet endroit. Le pèlerin peut donc continuer le chemin en paix. On peut également voir un symbole rouge et blanc, qui signifie que nous sommes dans la bonne direction.
(4) Un paysage de vignes et de terre.

(2)
lundi 06 août 2007 Jour 11 - Nuages noirs

Distance parcourue : 22 km
Trajet : De Viana à Navarrete

Je me réveille du haut de notre lit à trois étages et j'entends la pluie. J'essais d'écouter mieux pour savoir si j'hallucine, mais comme d'habitude les gens sont déjà en train de faire leur sac et tout leur brouhaha m'empêche d'entendre.  Pourquoi se lever à 5h30 aussi? J'ai envie de leur dire de se taire, j'ai dû me lever du pied gauche. Je n'ai d'autre choix que de me rendormir.

À mon deuxième réveil, vers 6h10, je vais voir à la porte fenêtre. Il fait encore trop noir, je ne peux pas voir si le ciel est nuageux. Néanmoins, je sais qu'il ne pleut plus. Je ramasse mes affaires et mange une barre de survie pour déjeuner, n'ayant pu aller à l'épicerie hier. Plus tard, je vais laisser Méli qui ira prendre le bus et je continuerai le chemin.

Heureusement, sauf quelques gouttes avant d'arriver à Logroño - ville séparant mon point de départ et ma ville destination, Navarette – il n'a pas pleut du tout. Au début, je ne pensais qu'à la pluie, mais j'ai fini par me dire que j'étais en Espagne et que ce n'était pas important s'il pleuvait ou non. Ce qui l'était par contre c'était de vivre le moment présent. Et cette tirade souvent entendue m'a fait réfléchir sur l'importance du moment présent.

Je crois que les gens qui disent qu'il nous faut vivre seulement dans le présent on tord. Ils occultent deux parties aussi importantes que le présent de leur vie : le passé et le futur. Je crois que la clé, c'est de savoir maintenir un certain équilibre entre passé, présent et futur. Il est primordial de laisser une place au passé dans notre existence pour éviter de répéter constamment les mêmes erreurs et pour faire un arrêt sur image de ce que nous étions avant en regardant ce que nous sommes aujourd'hui. Le passé nous apprend, il est le témoignage de notre évolution. L'avenir est tout aussi obligatoire, car penser le futur c'est tout simplement se donner un but, une ligne de mire, un sens. Vivre tout au présent, sans penser à demain, c'est agir sans réfléchir aux conséquences à long ou court terme, c'est ne pas se donner de chances d'une vie comme nous la désirons. Le futur est donc lui aussi important. Le présent quant à lui est, bien que n'existant pas selon moi (chaque millisecondes fait parti du passé du moment que l'on y pense), autant nécessaire que les deux autres. Vivre le moment présent nous permet de savourer pleinement ce qui nous arrive, de ne pas vivre qu'en tons de gris, qu'en souvenirs et en projets. Je dois avouer que le présent est le temps que j'ai le plus de mal à gérer. J'y pense rarement. C'est ce que j'essai de faire ici : trouver l'équilibre entre les trois temps.

Pour passer le temps, moi et Méli avons parlé du tout et de rien, une fois que je suis arrivé. Nous avons mangé des saucisses, du maïs, du pouding au chocolat, du popcorn et une barre tendre. Des aliments que nous avons acheté ensemble, car l'épicerie était, pour une fois, près du refuge. Ce fut une belle soirée.

Maintenant, il est 8h00 et je vais lire.

En photos

En ordre de présentation : 
(1) Sur le chemin, il est fréquent de rencontrer des lettres cloués au sol par des bouts de bois ou des pierres. Celle dit dit approximativement (vu mon espagnol plus ou moins bon) : "Cher pèlerins, il est temps pour nous de retourner en France. Nous sommes très heureus de vous avoir rencontrer. Bon chemin à tous. Nous pensons particulièrement à Victor, Jule, Giorgio, Maria... les autres français. Ultréia! (ce qui ne se traduit pas vraiment)".
(2) Durant le trajet, je me suis en quelque sorte perdu dans un cimetière. Les flèches jaunes ne sont pas toujours très précises!
(3) Durant une bonne partie du chemin, on longe une grille de métal. Ce qui est exceptionnel, c'est que du début à la fin, cette grille est remplie de croix de bois faites par les pèlerins. C'est très impressionnant. J'ai d'ailleurs ajouté la mienne au lot.
(4) Une énorme affiche de taureau surplombe la ville de Navarette.
(5) Navarette, enfin!

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